Abonné

Négociations de l’OMC Peter Mandelson met la pression

- - 5 min

Le commissaire européen au commerce, Peter Mandelson, considère que, pour débloquer le cycle de Doha avant fin juin, date à laquelle expire l’autorisation de négociation du président américain, il faudra trouver des convergences d’ici la fin avril. Estimant de même que les Etats-Unis, l’UE, le Brésil et l’Inde ont « la responsabilité de mettre les chiffres sur la table », il fait preuve maintenant d’un certain optimisme. Du côté français, on fait mine de s’étonner que, dans ces pourparlers multilatéraux, l’UE « semble vouloir courir après une espèce de leadership alors que personne ne lui a rien demandé ».

« Nous arrivons maintenant dans des limites de temps très étroites à l’approche de l’expiration des pouvoirs accordés aux négociateurs américains à la fin de juin », a souligné Peter Mandelson le 20 mars avant de participer à Djakarta à une réunion du G-33, qui regroupe les pays en développement « amis des produits spéciaux ». « Si nous voulons obtenir le type d’accord que nous visons en juin, le processus multilatéral qui précède prendra environ deux mois», a précisé le lendemain le commissaire européen au commerce. « Cela signifie que toute convergence à laquelle nous voulons parvenir doit se produire d’ici la fin avril. C’est le genre de calendrier que nous envisageons ».

Dans cette perspective, le principal négociateur de l’UE a estimé que « nous devrions désormais être plus confiants » au vu des résultats des discussions dans la capitale indonésienne.

Le G-33 resserre sa liste des produits spéciaux

La ministre indonésienne du Commerce, Mari Elka Pangestu, qui exerce la présidence du G-33, a fait part d’une avancée de taille à l’issue de la réunion de Djakarta : les pays en développement membres de ce groupe ont en effet accepté de « réviser» leur liste de produits spéciaux (l’équivalent des produits sensibles pour les pays développés, c’est-à-dire des produits exemptés des baisses tarifaires imposées par un accord multilatéral) et de « la réduire à une liste plus transparente et simplifiée ». Son homologue indien, Kamal Nath, chef de file des pays émergents du G-20, a lui aussi estimé que cette réunion devrait « donner le signal que les pays du G-33, un groupe de pays avec un secteur agricole de subsistance très vulnérable et une large population agricole, sont disposés à s’engager de manière constructive ». Le chef de la diplomatie brésilienne, Celso Amorim, a, de même, jugé « essentiels» les résultats de la rencontre de Djakarta.

Le G-4 doit « mettre les chiffres sur la table »

Pour débloquer le cycle de Doha d’ici fin juin, « nous avons besoin de voir (les) chiffres » sur les réductions du soutien interne agricole et des droits de douane agricoles ou industriels, a affirmé Peter Mandelson devant un parterre d’hommes d’affaires, le 16 mars à Bruxelles. « C’est la responsabilité du G-4 de mettre ces chiffres sur la table», a-t-il déclaré en référence aux Etats-Unis, à l’UE, au Brésil et à l’Inde.

« Avec les flexibilités que nous avons offertes, je pense que nous sommes à même de répondre à toutes les demandes raisonnables, je dis bien raisonnables», a ensuite indiqué le commissaire européen à la presse, à propos des chiffres de l’UE dans la négociation agricole.

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.

La Réunion
Suivi
Suivre

« Nous nous rapprochons d’un accord sur l’accès au marché et dans une moindre mesure sur les subventions agricoles internes », a-t-il ajouté.

La France « redoublera de vigilance »

Les ministres de l’Agriculture de l’UE et la commissaire à l’agriculture, Mme Mariann Fischer Boel, ont eu, le 19 février à Bruxelles, un échange de vues relativement bref sur l’évolution des négociations de l’OMC, à l’issue duquel la présidence allemande de l’Union a conclu qu’une information régulière et exhaustive du Conseil sur ce dossier était essentielle et que le mandat de la Commission européenne restait celui qui lui avait été donné en octobre 2005 et juin 2006.

Dominique Bussereau, le ministre français, a tenu, au cours de cette discussion, à mettre en garde contre toute discrimination à l’encontre des produits agricoles méditerranéens dans les pourparlers de Doha, tandis que sa nouvelle homologue néerlandaise, Gerda Verburg, a souligné que le bien-être animal était une priorité particulière de son gouvernement qui devait être reflétée dans la position de l’UE à l’OMC sur les préoccupations non commerciales.

« Les éléments d’information donnés par la commissaire (à l’agriculture) ne répondent pas à nos demandes d’information », a ensuite regretté M. Bussereau devant la presse. « Nous craignons que les choses ne bougent pas dans le sens de nos intérêts », a-t-il dit, avertissant que la France, malgré l’approche de l’élection présidentielle, « redoublerait de vigilance ». « Il ne faut pas que certains s’imaginent qu’on pourrait passer en douce en mai-juin en profitant de regards français tournés vers d’autres théâtres », a poursuivi le ministre français, ironisant sur le fait que, dans les négociations de l’OMC, « l’Union européenne semble vouloir courir après une espèce de leadership alors que personne ne lui a rien demandé ».