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Commerce international Petits pas à Genève, Paris temporise

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Face à la détermination de Peter Mandelson, le commissaire au Commerce, de poursuivre la négociation à l’OMC sans remise en cause de sa stratégie, Paris tente d’éviter un isolement européen et joue la carte de l’apaisement. Une façon pour la France d’attendre de voir si la stratégie du commissaire au Commerce sera un total échec ou non. D’autant que même a minima, les membres de l’OMC semblent bien décidés à faire de Hong Kong un succès.

Un accord a minima faute de mieux. C’est ce que pourraient accepter les pays émergents comme l’Inde ou le Brésil dans les pourparlers de Doha, à l’OMC pour la libéralisation du commerce mondial. De petites concessions des pays occidentaux sur l’agriculture et de petites contreparties des pays en développement sur les produits industriels et peut-être les services.

Réunis le 8 novembre à Genève et la veille, en comité restreint à Londres, sous l’égide de Pascal Lamy, le patron de l’organisation internationale, les négociateurs pourraient revoir leurs exigences à la baisse et « reformater » la conférence ministérielle prévue à Hong Kong du 13 au 18 décembre. « Il y a une prise de conscience que les exigences doivent être reformatées, a reconnu le ministre du Commerce indien, Kamal Nath à sa sortie de la réunion de Genève.

Une semaine de retard

Car, même sur le dossier agricole, les discussions ont pris du retard par rapport au calendrier prévisionnel : le négociateur de l’OMC pour ce dossier, l’ambassadeur Falconer, estime qu’une dizaine de jours lui est nécessaire pour rédiger les premiers contours de ce que pourrait être un accord agricole à Hong Kong. Et les négociateurs souhaitent avoir le document un mois avant le rendez-vous asiatique. Une chose dorénavant impossible.

Mais Pascal Lamy multiplie les initiatives pour coûte que coûte obtenir un résultat le mois prochain. « Je pense que les gens se rendent compte qu’un échec serait terrible et sont convaincus que nous devons réussir », menace-t-il, dans une interview à un quotidien britannique.

S’il l’obtient, le consensus entre les 148 membres de l’OMC ne sera pas sans laisser de traces. « Je me demande parfois si certains des objectifs suivis par l’UE sont authentiques ou seulement un prétexte pour ne pas faire de concession en matière agricole », s’énerve le ministre brésilien, M. Amorim.

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Mandelson ne parle plus agriculture

Car dorénavant, Peter Mandelson refuse de discuter des sujets agricoles sans que n’aient été abordés les autres versants de la négociation. Si, selon les termes de Pascal Lamy, les mastodontes du commerce mondial ont « réduit leurs divergences », à Londres, le 7 novembre, il n’en reste pas moins que l’attitude de l’Europe a irrité les pays émergents. Peter Mandelson est passé en force pour obtenir, avec le soutien des Etats-Unis, une « discussion approfondie sur les services et les produits industriels », en l’échange des concessions faites sur le dossier agricole.

Une attitude vue positivement par Paris qui semble ces derniers jours laisser de côté son agressivité même si Philippe Douste Blazy a rappelé à ses homologues européens, le 7 novembre lors d’un Conseil à Bruxelles, la détermination de la France à refuser toute nouvelle concession à l’OMC qui entraînerait une modification de la Pac telle qu’elle a été réformée en 2003.

Mme Lagarde à Washington

Toutefois, il se dégage des discussions avec certains diplomates que Paris veut désormais des contreparties aux efforts qu’elle devrait demander à ses agriculteurs en cas d’accord à l’OMC. C’est d’ailleurs le message délivré par Christine Lagarde, la ministre française du Commerce extérieur lors d’une visite aux Etats-Unis. « A ce stade, la position du gouvernement français est : il y a un mandat, il y a une référence à la politique agricole commune, s’il vous plaît, restez dans ce mandat », a-t-elle expliqué. Tout en soulignant que Paris examinera l’ensemble de l’accord avant de faire usage de son veto, comme l’a menacé le président de la République, Jacques Chirac.

Mme Lagarde aux Etats-Unis, en écho au ministre des Affaires étrangères à Bruxelles, a tenté d’apporter la preuve du non-isolement de la France en Europe. La Grèce et l’Irlande seraient toujours dans son sillage. Et bien d’autres pays européens encore, soucieux de préserver le Pac tel qu’ils l’ont déclaré dans un mémorandum remis à la Commission européenne, rappellent les responsables français. Ils ajoutent de concert qu’« il ne faut pas traiter le Ghana de la même manière que le Brésil » dans les négociations OMC.