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Marché Peut-on parler de crise de la restauration ?

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Difficile d’estimer la santé du marché de la restauration. NPD Group annonce cette année encore un recul de la fréquentation, même si la dépense moyenne par personne reprend des couleurs. Gira Conseil, qui avait annoncé une croissance de l’activité en 2009, malgré un mauvais premier semestre, se refuse pour sa part à parler de crise de la restauration et table à nouveau sur un bilan 2010 positif (l’étude sortira en avril). Une chose est sûre, la restauration rapide, portée par des modes de consommation de plus en plus nomades, voit foisonner les initiatives et les concepts. En témoigne par exemple le Red Hippo lancé par Groupe Flo qui décline Hippopotamus en restauration rapide. Ce marché en pleine ébullition se consolidera certainement dans les prochaines années, sans qu’un modèle apparaisse déjà clairement.

NPD Group a sorti son bilan 2010 de la restauration commerciale (panel NPD CREST France 2010, cumul janvier-décembre). Après une année 2009 en recul tant en fréquentation (- 1,2 %) qu’en dépense moyenne par personne (- 0,6 %), le secteur a connu une année 2010 morose, même si la situation a eu tendance à s’améliorer au fur et à mesure de l’année. La fréquentation continue à baisser (- 0,5 %), tandis que la dépense moyenne par personne augmente (+ 0,5 %). La province s’en sort mieux que l’Ile de France, avec une fréquentation en hausse de 1,6 %. « Les visites de week-end ont été moins sacrifiées que celles du midi, très développées en région parisienne, que l’on peut plus facilement remplacer », commente Christine Tartanson, directrice foodservice France de NPD Group. La bonne nouvelle pour le secteur, c’est qu’il se porte mieux que chez nos voisins européens (NPD mène son étude au Royaume-Uni, en Allemagne, en Espagne et en Italie). La France avait mieux résisté en 2009, et sa situation est meilleure en 2010. « Nous constatons d’après nos panels que la France semble mieux positionnée avec une fréquentation à -0,5%, les autres pays terminent en-dessous de -2 % en 2010 », explique Christine Tartanson.
Si Bernard Boutboul, de Gira Conseil, récuse l’idée de crise de la restauration, il reconnaît que le marché va se redessiner. « Les consommateurs attendent un bon produit, pour un prix raisonnable et un service de qualité. Il y aura une sélection naturelle », assure-t-il.

La restauration à table à la peine selon NPD Group

« La situation s’est améliorée en termes de fréquentation. Le marché a touché le fond en 2009 dans un contexte de crise. Mais il y a un besoin structurel de manger, notamment le midi, qui représente le gros du marché, et la restauration rapide propose une offre attractive en termes de prix », note Christine Tartanson, directrice foodservice France de NPD Group.
La restauration à table accuse un recul de 2,3 %, après une année 2009 en recul de 4,2 %. « Tout le secteur a vu sa fréquentation baisser, mais c’est la restauration non thématique qui est le plus à la peine, explique Christine Tartanson. Sur 2009 et 2010, elle a vu sa fréquentation baisser de 8 %. » L’enjeu consiste donc pour la restauration à table à faire revenir les clients perdus depuis 2008. « Les clients attendent une offre commerciale avec des promotions. Il ne s’agit pas forcément de prix bas, mais d’une offre attractive pour les faire revenir au restaurant où ils peuvent ensuite se faire plaisir. » Un challenge de taille dans un contexte de matières premières inflationniste. Pour 2011, la spécialiste table sur une stabilisation de la fréquentation. L’évolution s’est en effet améliorée au cours de l’année.

Divergences d’estimations sur les dépenses en restauration rapide

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La restauration rapide, dont la fréquentation n’avait reculé que de 0,1 % en 2009, voit sa fréquentation augmenter de 0,2 % et la dépense moyenne par personne augmenter de 0,4 % selon NPD Group. « La restauration rapide, même si elle a fonctionné au ralenti ces deux dernières années, est portée par l’évolution des modes de vie, commente Christine Tartanson. Si elle représente la moitié des dépenses, elle pèse 72 % des visites, une part qui ne cesse d’augmenter. Pour 2011, la dynamique devrait se rapprocher de celle de 2007/2008. « Les acteurs de la restauration rapide doivent être vigilants au niveau des prix. Certaines offres commencent à devenir assez chères, y compris en GMS », analyse Christine Tartanson. Le constat de Gira conseil est légèrement différent : « La restauration rapide semble souffrir avec un nombre de repas/prestations toujours en hausse mais un chiffre d’affaires marquant le pas à cause d’une contraction de la dépense moyenne des clients ».

La restauration rapide en plein foisonnement

Gira Conseil, dans une étude réalisée en exclusivité pour le Sandwich & Snack Show qui s’est tenu les 2 et 3 mars, estime néanmoins que le marché de la restauration rapide a crû de près de 60 % entre 2004 et 2010, passant de 19,7 Mds EUR à 31,2 Mds EUR. Elle pèse 38 % de la consommation hors domicile. Si le sandwich représente toujours le poids lourd du secteur avec 6,4 Mds EUR de chiffre d’affaires, sa croissance a tendance à se tasser, à cause notamment d’une valorisation moindre liée à la croissance des volumes en GMS. Plus largement, la restauration rapide bouge. « Nous avons recensé pas moins de 180 nouveaux concepts ces 24 derniers mois, explique Bernard Boutboul de Gira Conseil. Le sandwich reste un pilier. Les offres de salade et de hamburger progressent. Il y a beaucoup d’autres offres qui se développent avec les sushis, les pâtes, les soupes, les bagels, les kebabs, le bio encore les produits ethniques. Pour l’instant c’est la pleine ébullition et on n’y voit pas encore très clair sur le modèle de demain. »
« Le secteur est très dynamique et très concurrentiel, avec l’apparition de nombreux nouveaux acteurs et la progression de la GMS, confirme Lara Barreteau, responsable communication de La Mie Câline. Depuis 2005, on assiste à un véritable foisonnement. Il va certainement y avoir une consolidation du marché. Nous misons sur nos positionnements en centre-ville et la qualité de nos produits, tout en restant une enseigne démocratique en termes de prix malgré le renchérissement des matières premières. »
Dans ce marché en pleine ébullition, les Français conservent un modèle alimentaire qui leur est propre. La baguette reste ainsi un incontournable du sandwich. « Mc Donald’s réussit depuis qu’il adapte ses produits, note Bernard Boutboul. La liste est longue des chaînes qui sont reparties parce qu’elles n’ont pas su adapter leur modèle aux spécificités de la consommation des Français. »
Signe des perspectives de croissance du secteur, la prolifération des concepts de proximité lancés par la GMS, qui font la part belle aux produits de snacking. Carrefour est même allé plus loin, avec l’ouverture d’un point de vente uniquement dédié à la restauration rapide à Bordeaux. Une ouverture est également programmée à Paris.