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Conseil agricole exceptionnel du 7 septembre Phil Hogan prêt à faire le minimum

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À quelques jours du Conseil agricole extraordinaire de l'UE qui se tiendra le 7 septembre à Bruxelles sur fond de manifestations syndicales et sera consacré aux graves difficultés des secteurs du lait et du porc, le commissaire européen Phil Hogan « reconnaît qu'il y a des défis à court terme nécessitant des réponses à court terme », surtout dans certains États membres particulièrement affectés. Le commissaire européen reste toutefois très prudent sur les mesures qui pourront être proposées ou prises à cette occasion, compte tenu des « limites » budgétaires, mais aussi de la nécessité de ne pas contrecarrer « l'orientation de la Pac vers le marché ».

Phil Hogan reste très prudent sur les mesures qui pourraient être proposées ou prises lors la réunion extraordinaire des ministres de l'agriculture que la présidence luxembourgeoise du Conseil de l'UE a décidé, dès le 24 juillet, de convoquer le 7 septembre à Bruxelles suite, précise-t-elle, « à la crise économique qui frappe notamment les secteurs du lait et de l'élevage dans un certain nombre d'Etats membres » (1). En phase d'écoute et de consultation, le commissaire européen a préférer parler, lors d'une conférence de presse le 26 août, de « défis à court terme » face à la volatilité des prix et à l'embargo russe sur les produits agroalimentaires de l'Union, plutôt que de « crise ».

Une « grande manifestation de 2 000 agriculteurs » se tiendra le 7 septembre à Bruxelles sous l'égide des organisations et coopératives du secteur (Copa-Cogeca), l'European Milk Board (EMB) ayant lui aussi lancé un appel à ses membres.

Des États membres prioritaires

Le Conseil agricole exceptionnel sera consacré « en priorité » aux secteurs du lait et du porc où « les prix sont les plus volatils », a confirmé Phil Hogan. Selon lui, ce sont « surtout » les États baltes et certains pays membres d'Europe centrale et orientale qui connaissent la situation la plus problématique car ils sont les plus touchés par l'embargo russe, qui a été prorogé jusqu'au 5 août 2016, et enregistrent un prix du lait inférieur aux coûts de production.

Le 24 août, le commissaire européen a d'ailleurs reçu successivement les chefs de gouvernement et le ministre de l'agriculture lituaniens, qui lui ont demandé un soutien de 32 millions € pour le secteur laitier national, puis ceux de la Lettonie, qui ont réclamé dans le même but une enveloppe de 50 millions €.

« Nous avons en Europe un prix moyen de 30 centimes le litre de lait, c'est un prix raisonnable mais certains pays connaissent des prix très inférieurs. Je pense surtout aux nouveaux États membres et aux États baltes, mais la Belgique voit aussi une réduction des prix », a observé Phil Hogan devant les journalistes.

« Je n'ai pas dit que je ne voulais pas apporter une aide aux autres États membres », a-t-il toutefois tenu à préciser.

Lait : pressions pour l'augmentation du prix d'intervention...

La Commission européenne est soumise, avant le Conseil extraordinaire du 7 septembre, à nombreuses pressions pour un relèvement du prix d'intervention dans le secteur laitier. Des demandes en ce sens sont formulées notamment par l'Espagne, le groupe de Visegrad (République tchèque, Hongrie, Pologne, Slovaquie), avec le soutien de la Belgique, la Bulgarie, la Roumanie et la Slovénie.

En France, le président de la Fédération nationale des coopératives laitières (FNCL), Dominique Chargé, assure que le gouvernement a « bon espoir » de relever le prix d'intervention.

De même, le président de la commission de l'agriculture du Parlement européen, le démocrate-chrétien polonais Adam Siekierski, juge qu' « un bon point de départ serait de revoir nos prix d'intervention ».

Le Copa-Cogeca affirme également que « le prix d'intervention doit être augmenté pour contenir le marché, la dernière fixation de ce prix remontant à 2008, et celui-ci étant désormais bien inférieur aux coûts de production ».

En revanche, l'EMB considère que « soutenir les prix de manière artificielle ne ferait que stimuler la production et empirer la situation. C'est pourquoi la proposition d'augmenter le prix d'intervention, sans diminuer simultanément les volumes produits, est contre-productive ». Selon lui, « seule la mise en place d'un mécanisme de gestion de crise basé sur la réduction des volumes produits peut aboutir à une situation de marché permettant aux producteurs laitiers d'obtenir un prix équitable ».

... auxquelles Phil Hogan tente de résister

À ce stade, la Commission a seulement convenu de prolonger jusqu'à fin septembre 2016 l'intervention automatique et jusqu'à fin février 2016 l'aide au stockage privé pour les produits laitiers, mesures qui devaient venir à échéance fin septembre 2015.

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Questionné par la presse sur une éventuelle augmentation du prix d'intervention dans ce secteur, Phil Hogan a déclaré « ne rien exclure ». « Mais je serai très réticent à passer de nouveaux accords qui nuiraient à l'orientation de la Pac vers le marché. Placer des produits à l'intervention, cela peut nuire à la recherche de nouveaux débouchés », a-t-il expliqué, soulignant aussi que les quotas laitiers « sont morts et bien morts ».

Relever le prix d'intervention nécessiterait un accord à la fois du Parlement européen et du Conseil qui ont décidé en 2013 de le maintenir à son niveau actuel, a également remarqué le commissaire européen.

Celui-ci s'est voulu optimiste pour l'avenir, même s'il faut faire face à un certaine volatilité à court terme. Selon lui, « les perspectives sont excellentes, car en Extrême-Orient, les gens consomment de plus en plus de produits laitiers ».

Par ailleurs, répondant à une demande du Copa-Cogeca, il a souligné que les recettes tirées du super-prélèvement laitier ne peuvent être placées dans un fonds destiné spécifiquement à ce secteur mais permettront en partie de financer la Pac en général et l'aideront à obtenir de la Commission les moyens de prendre des mesures à court terme.

Les organisations et coopératives agricoles de l'UE font valoir que « le secteur laitier va perdre quelque 700 millions €, conséquence de la facture du super-prélèvement 2014/2015 alors que les producteurs ont un besoin urgent de liquidités ». Elles estiment que, « pour aider les producteurs à surmonter leurs problèmes de liquidités, ces sommes doivent donc retourner au secteur ».

Porc : d'autres mesures que le stockage ?

Pour la viande porcine, dossier particulièrement sensible en France, Phil Hogan a rappelé que le régime d'aide au stockage privé mis en œuvre au printemps dernier n'avait pas vraiment permis « d'adapter les prix ». « D'autres mesures » sont-elles possibles ?, s'est-il seulement demandé.

Xavier Beulin, le président de la FNSEA, syndicat agricole majoritaire français qui a annoncé la mobilisation d'un millier de tracteurs à Paris le 3 septembre, avait affirmé le 24 août être tombé d'accord avec le gouvernement sur les « demandes à formuler à Bruxelles » le 7 septembre, notamment la levée de l'embargo russe, sur le porc surtout, et le financement de mesures de stockage dans ce secteur, ainsi que l'étiquetage de l'origine des viandes dans les produits transformés.

Quelques jours auparavant, le ministre français de l'agriculture, Stéphane Le Foll, avait promis des « discussions solides et sérieuses » avec ses partenaires de l'UE pour tenter de venir à bout de l'embargo que la Russie applique au porc européen pour des raisons sanitaires. De même, le Copa-Cogeca appelle Bruxelles à « intensifier les négociations avec la Russie afin d'obtenir la levée des restrictions sanitaires imposées sur la viande porcine au début de l'année 2014 ». « Ceci permettrait de relancer les exportations de certains produits vers la Russie, comme les abats comestibles et le lard, qui n'étaient pas inclus dans la liste internationale des produits interdits, conséquence du différend politique entre l'UE et la Russie », souligne-t-il, ajoutant que, « si la situation ne s'améliore pas, les États membres doivent pouvoir être autorisés à négocier leurs certificats d'exportation avec les autorités russes afin de rétablir le commerce de la viande porcine le plus rapidement possible ».

Sur ce dernier point, le commissaire à l'agriculture a regretté que la « solidarité » entre les Vingt-huit « fasse parfois défaut ».

À moyen terme, nouveaux débouchés et « réformes structurelles »

Pour le moyen terme, Phil Hogan a encore une fois insisté sur les nouveaux débouchés qui s'ouvrent ou vont s'ouvrir pour l'agriculture de l'UE. Outre la politique de promotion européenne, il a cité les négociations fructueuses d'un accord de libre-échange avec le Vietnam (2) ainsi que les opportunités pour les exportations de produits laitiers et de viande porcine offertes par l'accord avec le Japon qui pourrait être conclu début 2016.

Le commissaire européen a aussi remarqué que « des réformes structurelles sont nécessaires dans beaucoup d'États membres », notamment « des adaptations » au sein de la chaîne d'approvisionnement alimentaire afin d'alléger « la pression exercée par les distributeurs et d'autres » sur les producteurs.

(1) et (2) Voir même numéro