Les travaux dans les champs n’ont pas été les seuls à avoir été chahutés par la météo ces derniers mois : les unions d’approvisionnement des coopératives et négoces aussi. Symphonie, Actura et Inoxa, les trois réseaux qui occupent le podium national, dressent le bilan de la campagne, et leurs préconisations.
Les années se suivent et ne se ressemblent pas dans le monde des phytos. « Nous sommes sortis d’une campagne 2022/2023 où les stocks en produits phyto étaient importants, chez les agriculteurs et les distributeurs, rappelle Alexandre Hallier, animateur grandes cultures pour l’union d’appro Symphonie (500 M€ de chiffre d’affaires en phytos, six membres). Cette année, les achats ont été plus faibles en morte-saison et ont été réalisés, en dernière minute, à l’utilisation ».
Conséquence : certains produits sont en rupture comme plusieurs spécialités fongicides pommes de terre, rapporte-t-il. « Cette pénurie n’est pas due au manque de matières premières mais aux stratégies des fournisseurs qui ne veulent pas prendre le risque de fabriquer sans être sûrs de vendre, analyse l’animateur. Et ce, dans un contexte où stocker coûte cher, où le risque de dévaluation des stocks est élevé et où pèsent des incertitudes réglementaires autour de certaines molécules (flufenacet par exemple). » À l’avenir, Alexandre Hallier plaide pour « travailler sur une supply chain plus intégrée pour mutualiser la prise de risque et partager les relais de croissance entre chaque maillon de la filière. »
Le chiffre d’affaires phytos de Symphonie devrait « baisser significativement cette année et ce, même si les ventes se sont consolidées », confie-t-il. « Ce bilan traduit une stratégie d’anticipation, à l’achat, réalisée il y a deux ans. Une telle stratégie ne fait plus sens aujourd’hui. » Constat similaire chez Inoxa (425 M€ de chiffre d’affaires en phytos, 22 adhérents). Son directeur Emmanuel Frémy confirme que cette année encore, il a fallu faire preuve d’agilité sur ce marché. « La campagne 2023/2024 se présentait à la baisse en achats, mais le printemps pluvieux, la pression des maladies sur les céréales et sur les cultures industrielles ont déclenché de fortes demandes de réapprovisionnement. Celles-ci se poursuivent d’ailleurs à l’heure actuelle. »
Restez au courant en temps réel !
Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.
Ventes en baisse en grandes cultures
Globalement, les ventes se sont tassées en grandes cultures. « Sur ce marché, même si nos clients ont gardé une logique d’engagement en morte-saison, les difficultés et le retard dans les semis et le désherbage des céréales à l’automne, le recul des surfaces (de près de 10 % à l’échelle nationale) et l’incertitude sur l’état sanitaire des cultures en place ont compliqué les stratégies d’application des traitements », résume Gaël Vincent, chef marché santé des plantes pour Actura, le réseau national au 447 M€ de chiffre d’affaires en phytos et aux 140 adhérents. Chez Symphonie également, les ventes sont en recul en grandes cultures ; on y enregistre une très forte baisse en herbicides céréales à l’automne (-25 %), non compensée par les herbicides de printemps. « Et malgré les baisses de surfaces, les segments fongicides céréales et anti-limaces restent très dynamiques, du fait des conditions météo, précise Alexandre Hallier. Le marché fongicide pommes de terre devrait quant à lui doubler. »
Gaël Vincent confie que l’une des incertitudes actuelles porte sur le marché herbicides maïs. « Malgré une hausse de 10 à 15 % de nos ventes de semences, le marché herbicide est, pour l’heure, annoncé en baisse. » Une tendance également confirmée par Alexandre Hallier. Plusieurs hypothèses : soit les agriculteurs ont anticipé le retrait prochain du S-métolachlore en réalisant d’importants stocks, soit les semis tardifs ont limité le salissement des parcelles car les levées ont, elles, été très rapides, soit les herbicides appliqués ont très bien fonctionné et n’ont donc pas nécessité de rattrapage. « Dans tous les cas, il est encore un peu tôt pour identifier les raisons précises de ce phénomène », constate Gaël Vincent.
En vigne, les commandes ont été passées au dernier moment du fait de trésoreries tendues chez les viticulteurs : « Pour ces deux marchés, tout s’est débloqué en mars-avril, constate Gaël Vincent, chez Actura. En vigne, les attaques précoces de mildiou ont contraint les viticulteurs à traiter avec près de trois semaines d’avance : le réappro a, lui aussi, été plus précoce que les autres années. » Le marché fongicides vigne enregistre une progression à deux chiffres, tout comme celui des fongicides pommes de terre, stimulé lui aussi par de fortes pressions mildiou. « À l’inverse, une baisse est attendue en fongicides céréales, du fait du recul des surfaces mais également du prix de certaines molécules du marché, indique Gaël Vincent. Et ce, même si les utilisations ont été importantes en fin de cycle, pour contrôler la forte pression maladies. »