Depuis 2022, le FIVP indemnise des victimes de pesticides pour des expositions prénatales. L’un des deux dossiers vise un produit à base de glyphosate
En 2022, le Fonds d’indemnisation des victimes de pesticides (FIVP) a retenu le lien entre les malformations congénitales d’un adolescent et l’exposition de sa mère enceinte au glyphosate, a indiqué celle-ci à l’AFP, soulignant qu’il s’agit d’une « première ». Théo Grataloup, 16 ans, est né avec de graves malformations du larynx et de l’œsophage. Après avoir subi 54 interventions chirurgicales, il « parvient à manger par la bouche, à respirer par trachéotomie et à parler par voie œsophagienne », explique sa mère Sabine Grataloup. Depuis mars 2022, il perçoit 1 000 euros par mois du Fonds d’indemnisation des victimes des pesticides qui a retenu le lien possible entre son handicap et l’exposition de sa mère pendant sa grossesse. « Au niveau mondial, il y a eu des procès gagnés aux États-Unis dans des dossiers de cancers, mais pour les malformations, à ma connaissance, on est les premiers » à obtenir une telle reconnaissance officielle, a souligné Sabine Grataloup.
À ce jour, huit dossiers ont été déposés auprès du FIVP pour des enfants exposés pendant la période prénatale du fait de l’activité de leurs parents. Comme celui de Théo Grataloup, un autre dossier a été accepté en 2022, a précisé à l’AFP Christine Dechesne-Ceard, qui pilote le fonds d’indemnisation, géré par la MSA (Mutualité sociale agricole). Et de préciser que dans les deux cas, « il y a une reconnaissance du lien entre la pathologie de l’enfant et l’exposition de la mère à des pesticides, mais la nature du pesticide n’est pas notifiée ». Pour Sabine Grataloup, il n’y a toutefois aucun doute : elle travaillait dans un centre équestre et n’utilisait que rarement des pesticides, et uniquement du glyphosate, pour désherber sa carrière pendant l’été.
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Expertise de l’Inserm
Créé en 2020, le FIVP est doté d’une instance ad hoc, la Commission d’indemnisation des enfants victimes d’une exposition prénatale aux pesticides, chargée de statuer sur les demandes. « Juger de la présomption du lien entre l’exposition prénatale à des pesticides et ces malformations n’a pas toujours été facile, explique au journal Le Monde Béatrice Fervers, membre de la commission et chef du département Prévention cancer environnement du Centre Léon-Bérard à Lyon. En l’absence d’un tableau de maladie professionnelle, ou d’une classification de tératogénicité, nous avons dû revenir à l’examen de la littérature scientifique, notamment à l’expertise collective de l’Inserm » (Institut national de la santé et de la recherche médicale, parue en juin 2021). Certains des travaux utilisés ne sont pas retenus dans le cadre de la réévaluation du glyphosate.