Abonné

Angélique Delahaye Phytosanitaires : « Ne nous trompons pas de combat »

- - 5 min

Angélique Delahaye, présidente de Producteurs de légumes de France, appelle ses membres à ne pas se tromper de combat à propos des phytosanitaires. La tentation est grande chez les producteurs de penser que les interdictions de molécules phytosanitaires sont une fausse voie car elle fera perdre de la compétitivité aux fruits et légumes français. La présidente de Producteurs de légumes de France veut les détromper. Elle insiste sur l’importance d’être en phase avec les consommateurs sur la question des phytosanitaires en cultures légumières, car la qualité – et non pas seulement le prix – est un élément de la compétitivité, et en outre, la « médecine douce » des plantes progresse réellement.

Il est tentant pour les producteurs de dire que les interdictions françaises de molécules actives pour le traitement des plantes rajoutent des distorsions de concurrence et que la France se tire ainsi une balle dans le pied. Face à ce trouble chez les producteurs, quelle est votre position ?

Je pense qu’il faut leur tenir le langage de la vérité. Il faut déjà arrêter d’opposer les méthodes alternatives et les méthodes curatives. Nous avons besoin des unes et des autres. Faisons l’analogie avec le slogan sur les médicaments : « Les antibiotiques, c’est pas automatique ».

Les impasses techniques ne sont-elles pas un véritable problème ?

Si, mais d’abord pas toujours, et ensuite il faut arrêter de leurrer les producteurs en leur faisant croire qu’ils obtiendront toutes les dérogations de la terre. On n’obtient une dérogation (pour utiliser des molécules interdites -ndlr) que quand on apporte la preuve que l’on ne peut pas faire de production sans la molécule incriminée. Dans ce cas, c’est aux pouvoirs publics d’assumer. Mon rôle n’est pas de faire de la politique, mais dès lors qu’une décision politique conduit à l’impasse, je demande alors aux hommes politiques d’assumer leur choix.

Si l’on n’a pas d’alternative à l’interdiction, on prend contact avec la DGAL (la Direction de l’alimentation du ministère de l’Agriculture) et le ministre. Nous avons fait 30 demandes de dérogations. Les dérogations sont écrites. Il reste au ministre à les signer.

Certains dans nos rangs disent que nous nous trompons de combat. Je cherche à les détromper. Car qu’on le veuille ou non, nous devons être en phase avec les attentes des consommateurs.

Justement, quelles sont les attentes des consommateurs : « du prix », ou plutôt des légumes sans phytos ?

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.

Quand on observe les actes d’achat des consommateurs, on remarque que c’est surtout une catégorie de la population qui « demande du prix », mais ce n’est pas toute la société, loin s’en faut. Il suffit de voir l’engouement pour le bio pour s’en convaincre. La question du prix des fruits et légumes, qui est par ailleurs traitée par notre interprofession Interfel, ne doit pas nous empêcher de progresser dans la qualité. Il n’y a pas si longtemps, avant de traiter, on ne se posait pas la question de savoir quel est le champignon parasite : on pulvérisait systématiquement. Or, il n’est pas question de revenir en arrière dans nos modes de culture, en ne visant que le rendement sous prétexte qu’il faut être compétitif.

J’ajouterai que si l’on veut tout ramener à la seule question du prix et de la compétitivité, traiter avec des moyens chimiques pèse lourd dans nos coûts de production : 70 euros le litre par exemple pour le Prévicur, un fongicide. Nos charges ont beaucoup augmenté ces dernières années, notamment celles de main-d’œuvre. Nous ne pouvons pas économiser sur la main-d’œuvre, par contre nous pouvons le faire sur la chimie.

Enfin, la terre est notre outil de travail, et il est aussi de notre intérêt d’agriculteurs de respecter notre environnement. Comme vous le voyez, tout ne se résume pas à la question du prix, loin de là.

Les solutions alternatives sont-elles vraiment au point ?

De plus en plus, oui. C’est déjà le cas les productions sous serres : tomates, concombres, aubergines, poivrons. La quasi-totalité des cultures sous serres sont protégées par la lutte intégrée. Maintenant, il faut que nous nous donnions les moyens de le faire dans les champs.

Il faut pour cela que l’Inra nous oriente vers des solutions avec moins de phytos aux champs. Nous mobilisons déjà 14 chercheurs de l’Inra, pour les sept thèmes du programme Picleg (Programme intégré en cultures légumières). Mais nous n’allons pas nous arrêter là. Nous sommes en train de mettre en place des groupes de progrès, rassemblant des producteurs, pour qu’ils mutualisent leurs expériences, venant des 35 espèces de légumes que nous représentons, multipliées par des dizaines de situations pédo-climatiques différentes, pour qu’ils les confrontent avec les travaux des chercheurs.