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Pierre Martinet : " Nos nouveaux actionnaires nous aiderons à prendre des décisions"

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Le groupe Pierre Martinet a choisi d’annoncer l’arrivée des fonds Sofiproteol et Agro Invest dans son capital à l’occasion du lancement de l’extension de son site de production de Saint-Quentin-Fallavier (Isère). Outre l’apport de fonds pour financer les travaux, booster la croissance à l’international et développer de nouveaux produits, Pierre Martinet entend également profiter des compétences de ses nouveaux actionnaires sur le secteur agroalimentaire pour mieux se développer. Les fonds restent minoritaires à hauteur de 16 % du capital. Aucune précision n’est donnée sur les modalités financières de l’opération.

En mars 2018 (1), Agra Alimentation se faisait l’écho de votre intention de céder environ 10 % de votre capital. Aujourd’hui, deux investisseurs, Sofiproteol et Agro Invest, arrivent effectivement aux côtés de votre famille, mais un an après cette annonce et à hauteur de 16 %. Les négociations ont-elles été difficiles ?

En mars dernier, nos discussions avec des investisseurs n’étaient pas encore très précises et ne concernaient pas des fonds spécialisés. À partir de mai 2018, nous avons commencé à échanger avec Sofiproteol et Agro Invest, qui eux en revanche, le sont. Nous avons conclu un accord fin 2018-début 2019. Nous nous sommes liés à ces deux fonds, qui souvent s’engagent ensemble, parce qu’ils connaissent très bien les marchés agroalimentaires. En nous permettant un benchmarking, nos nouveaux actionnaires nous aideront à prendre des décisions. Sofiproteol, par exemple, est très présent dans l’huile et peut nous apporter une meilleure connaissance de ce marché. Ils seront des investisseurs actifs, comme tous ceux qui ont un jour siégé au conseil d’administration.

Quant au passage de 10 % à 16 % pour cette part minoritaire de notre capital, il est le résultat d’un mouvement d’actionnaires : un investisseur qui était présent à hauteur de 10 % est sorti et se trouve remplacé par ces deux fonds, qui montent ensemble à 16 %. Moi-même et ma famille restons majoritaires avec 84 % du capital.

Vous avez déjà, par le passé, accueilli des investisseurs au tour de table, avant de racheter leurs parts. Concevez-vous ce nouvel actionnariat également comme provisoire ?

Il est effectivement prévu pour quelques années. L’apport de ces fonds va nous permettre de financer notre croissance interne, de renforcer la communication, d’approcher des cibles de croissance externe en France et en Europe, et de poursuivre le développement de nouveaux produits.

En matière de croissance interne, il s’agit d’un plan d’investissement de 19 millions d’euros sur deux ans – dont 5 millions d’euros dès cette année – pour l’extension de notre site de production de Saint-Quentin-Fallavier (lire l’encadré), qui sera accompagné de 20 à 30 créations de postes (2).

Quant à notre développement à l’étranger, nous n’avons pas de dossier en cours, mais c’est dans la péninsule ibérique que nous avons le plus la volonté d’accroître notre activité, par un partenariat industriel ou autre. Nous avons actuellement en Espagne une société commerciale, qui emploie sept personnes et c’est déjà là que nous réalisons le plus de volumes à l’export : nos ventes à l’étranger assurent actuellement 5 % de notre chiffre d’affaires, dont 70 % dans ce pays. C’est un marché neuf, avec un potentiel extraordinaire : le marché de la salade traiteur en hypermarchés et magasins de proximité y est de 15 000 t/an, contre 200 000 t en France. Un accord avec un partenaire espagnol interviendra très certainement en 2020. Ce qui ne nous empêchera pas de nous intéresser aux opportunités pouvant se présenter, en Allemagne, par exemple.

À 165 millions d’euros, votre chiffre d’affaires en 2018 est en hausse de 3,7 % par rapport à 2017. À quoi attribuez-vous principalement cette croissance ?

Nous avons connu des aléas certaines années et avons parfois plafonné autour de 100 millions d’euros. Mais depuis 2010, notre activité est en croissance régulière. Celle-ci est due à un élargissement de nos gammes, mais surtout à une réorientation vers des produits mieux valorisés. Fin 2017, nous avons abandonné les premiers prix et des produits de MDD, pour développer plutôt ceux à marque propre. La production de quelque 8000 t a ainsi été arrêtée fin 2017. Grâce à cela, notre rentabilité, sur laquelle je préfère rester discret, a bien progressé. Suffisamment, en tout cas pour nous permettre d’attirer de nouveaux partenaires.

Quelles sont ces gammes de produits mieux valorisés et constituent-elles votre unique axe de développement ?

Ces gammes, qui constituent le cœur de notre stratégie, concernent d’une part le bio, d’autre part celles à base de végétaux protéinés (quinoa, boulgour, etc.) et destinées aux flexitariens (lire l’encadré). C’est sur elles que nous mettons l’accent. Quand nous voyons d’une part les jeunes qui manifestent pour la protection de la planète, d’autre part les recommandations faites pour la santé de manger moins de viande, nous constatons que nous sommes dans le sens du vent.

Sur un autre segment comme le snacking, nous n’avons pas forcément fait ce qu’il fallait à un moment donné. Mais c’est un marché où quatre ou cinq entreprises se livrent une concurrence féroce pour 20 % du marché global. Les produits protéinés et le bio nous paraissent bien plus porteurs.

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(1) Agra Alimentation n° 2463 du 29 mars 2018

(2) L’effectif total du groupe est de 700 personnes

 

Le site isérois agrandi sera la vitrine du groupe

Alors qu’il ouvre son capital à deux fonds d’investissements minoritaires, Pierre Martinet a annoncé le lancement du chantier d’extension de son site de production de Saint-Quentin-Fallavier, dans le nord de l’Isère. Celui-ci accueille également son siège social et sera la vitrine du groupe. Les travaux s’achèveront début 2020.

Cet agrandissement, de 20 000 à 24 500 m2, va permettre à l’entreprise d’augmenter ses capacités de production de salades traiteur (plus 1 800 m2 de lignes de fabrication et de conditionnement) et de stockage (plus 2 000 m2). Les espaces d’accueil de l’entreprise vont aussi être réaménagés, afin de recevoir des visiteurs dans 700 m2 de bureaux et salles de réunion, plus un amphithéâtre.

Le groupe (165 M€ de CA en 2018) dispose au total de cinq sites de production en France, pour ses trois marques : Martinet (salades traiteur pour GMS, rayons coupe, RHD et grossistes), Randy (pâtisseries salées et charcuterie lyonnaise pour rayons traiteur, frais emballé et coupe) et La Belle Henriette (salades traiteur pour RHD et libre-service région Ouest et rayons coupe). En 2018, il a produit 73 000 t de salades, 2 500 t de pâtisserie salée et 400 t de charcuterie. Ces volumes sont vendus à 91 % en GMS et 4 % au secteur RHD-grossistes en France, et, à 5 %, à l’international.

Des nouveautés bio, végétales et exotiques

Porté par sa réussite dans le taboulé (26 500 tonnes produites en 2017), Pierre Martinet lance un format familial de 400 g de ce produit, à la menthe douce, qui sera disponible le 1er avril en GMS. Mais la particularité de cette nouveauté est surtout son label bio : elle fait partie de la gamme certifiée AB lancée en octobre 2017, « dont les débuts sont prometteurs », se contente-t-on de dire au sein du groupe.

Lancée au même moment, la gamme végétale – qui fait référence aux protéines végétales des céréales et légumineuses –, riche déjà de six références, s’enrichit, elle aussi au 1er avril 2019, d’une salade de boulghour aux cranberries et aux noisettes conditionnée en 250 g.

Enfin, le traiteur, qui avait échoué à lancer une gamme halal, tente aujourd’hui les saveurs du monde : une recette thaï de pâtes et poulet rôti, et une autre, berbère, de semoule et légumes sont lancées le 1er avril sur le marché de la RHD.