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Évènement Plan « France 2030 » : une promesse à 2 Mrd€ pour l’agriculture

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Le président de la République a annoncé un plan d’investissement public dans l’innovation à 30 milliards d’euros d’ici cinq ans, dont 2 milliards seraient réservés à l’agriculture et l’alimentation. Après le milliard d’euros du Plan de relance essentiellement utilisés pour subventionner la « modernisation » des outils (épandeurs, abattoirs…), ces nouveaux fonds devraient être utilisés plus en amont pour financer la recherche et développement des filières agricoles et agroalimentaires. Côté agriculture, l’accent sera mis sur la robotique, le numérique, la génétique et le climat ; et côté agroalimentaire, sur la « nutrition » et la « relocalisation ». Une enveloppe de 500 millions d’euros est également annoncée pour des investissements en fonds propres dans des exploitations de jeunes agriculteurs ou des entreprises agri- et foodtech. À condition que le président soit reconduit au printemps.

C’est un symbole qu’ont retenu, chacun de leur côté, la présidente de la FNSEA et le ministre de l’Agriculture. Ce 12 octobre, la présentation du plan d’investissement public dans l’innovation, France 2030, a été introduite par une étudiante de l’Agrocampus de Rennes. Une attention remarquée dans le secteur agricole et agroalimentaire qui se dit souvent injustement perçu comme peu innovant.

Et à l’heure des annonces sonnantes et trébuchantes, le secteur n’a pas non plus été oublié. Sur les 30 milliards d’euros sur cinq ans annoncés – dont « trois à quatre » engagés dès 2023 –, deux milliards sont réservés à l’objectif intitulé « Mieux manger ». La mission assignée au secteur : atteindre « une alimentation saine, durable et traçable » d’ici 2030. Il figure aux côtés de dix autres objectifs, tels que la « relance du nucléaire » ou de l'« hydrogène vert ».

Quelle accélération cela représente-t-il pour la recherche et développement du secteur ? L’OCDE offre un repère : les dépenses publiques françaises dans la recherche et développement agricole sont estimées à un peu plus de 1,5 milliard de dollars par an au début des années 2010, selon les chiffres de l’organisation rapportés par le Sénat. Le plan France 2030 représente un effort annuel de 400 millions d’euros pour l’agriculture et l’agroalimentaire.

Mais il s’agira d’un bonus à condition que les Programmes d’investissements d’avenir (PIA), lancés tous les trois-quatre ans depuis 2010 et dont l’objet est très proche de France 2030, soient maintenus à leur niveau de dépense durant le prochain quinquennat présidentiel. C’est ce qu’a promis Julien Denormandie lors d’une conférence de presse le 12 octobre : « France 2030 arrive en sus de ces politiques. »

D’ailleurs, le quatrième PIA (PIA 4), qui court sur la période 2021-2025, a été lancé en janvier, pour 20 milliards d’euros. Il comporte 800 millions d’euros qui seront dédiés à l’agriculture et l’agroalimentaire, a annoncé le ministre de l’Agriculture le 12 octobre. Preuve de la proximité des deux dispositifs, ce volet agricole du PIA 4 sera dépensé en partie selon les mêmes axes que le volet agricole de France 2030, mais plus rapidement car préparé de plus longue date, a-t-il expliqué.

« La troisième révolution agricole »

Une première enveloppe d’un milliard d’euros (dont 400 M€ du PIA 4) sera consacrée à la « troisième révolution agricole », après celles de la mécanisation et de la chimie. « Il s’agit à la fois de financer les innovations dans les pratiques agronomiques comme dans les équipements pour doter les agriculteurs de solutions innovantes sur le numérique, l’agro-robotique et la génétique », a expliqué le ministre.

Mais pas seulement : il s’agira aussi « d’accentuer les innovations face au changement climatique, en finançant qui de projet de recherche, qui de projet de développement et d’innovation. Je pense particulièrement aux enjeux du méthane dans le secteur de l’élevage. »

Les agriculteurs ne doivent peut-être pas en attendre autant de retombées directes qu’avec le Plan de relance (2020-2022), qui avait largement financé l’achat d’équipements agricoles dans les fermes. Malgré son intitulé, ce premier axe de France 2030 vise d’abord à soutenir des projets des entreprises ou institutions du para-agricole. « La priorité sera donnée au financement de projets de recherche et développement, d’innovation jusqu’au stade d’industrialisation, mais nous financerons aussi des équipements innovants – très peu diffusés – pour les agriculteurs », explique le cabinet de Julien Denormandie.

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« Santé nutritionnelle » et « relocalisation »

Une deuxième enveloppe de 850 M€ (dont 450 M€ issus du PIA) est tournée vers l’aval des filières. L’objectif est de « faire émerger des solutions pour notre alimentation nutritive – j’insiste sur ce terme – en approfondissant la recherche sur les ferments ou les microbiomes », mais aussi de « relocaliser et d’innover en soutenant des projets structurants de chaînes alimentaires territoriaux », a présenté le ministre. Ces dépenses seraient similaires à celles engagées dans le cadre du plan protéines (Plan de relance 2020-2022), que Julien Denormandie veut reproduire « encore plus massivement sur le sujet des fruits et légumes, qui doivent avoir une place importante ».

Le troisième volet est plus original : 500 M€ seront dédiés à des investissements en fonds propres – par opposition aux subventions ou avances remboursables – « pour aider les entrepreneurs du vivant », a annoncé Julien Denormandie. Ces prises de participation visent à « aider l’installation des jeunes agriculteurs », mais aussi les coopératives (en « quasi-fonds propres »), des PME, ETI, start-up, ou « groupes de plus grosse taille ». Elles s'ajoutent au 200 M€ annoncés il y a quelques semaines pour les start-up agritech et foodtech dans le cadre du PIA4

Les investissements dans l’installation des jeunes agriculteurs devraient recouvrir un projet de portage de foncier en lien avec la FNSafer, que Julien Denormandie a déjà annoncé pour la fin de l’année. « Ce n’est que certaines pistes, peut-être qu’il y en aura d’autres », a-t-il précisé. L’agriculture, regrette-t-il, est « un des derniers secteurs économiques où l’on doit s’endetter avant de s’installer, ce qui empêcher d’investir dans des matériels innovants ».

Nouveaux matériaux et « plan cellulose »

Enfin une enveloppe de 500 millions d’euros sera dédiée aux « nouveaux matériaux », a annoncé Julien Denormandie. Elle sera exclusivement dédiée au bois, précise son cabinet à Agra Presse. Ce volet intégrera un « plan cellulose » et des actions en faveur de la construction de bâtiments en bois.

Beaucoup de choses restent à éclaircir. En premier lieu, le calendrier. Sur les « trois à quatre milliards » du plan France 2030 annoncés pour 2023, il n’a pas été précisé combien seraient fléchés vers l’agriculture et l’agroalimentaire. « Il faut aller vite, a promis Julien Denormandie. Nous allons nous organiser au ministère pour être au rendez-vous. »

De même, la gouvernance de ce plan n’est pas encore claire, et sa présentation a été repoussée par l’Élysée à la fin de l’année. « Nous aurons un sujet très important, pour s’assurer à la fin des fins que l’on va arriver à procéder à ces innovations », a expliqué Julien Denormandie.

MR

FNSEA et Coopération satisfaites, la Conf' en plein « cauchemar »

Après avoir elle-même assisté à la présentation de France 2030 par Emmanuel Macron, la présidente de la FNSEA a été satisfaite de la place confiée au secteur agricole et de la façon dont il a été évoqué par le chef de l’État, confie-t-elle à Agra Presse. « L’agriculture a été citée comme un des secteurs stratégiques, notamment au titre de l’export, c’est une bonne nouvelle. Nous sommes loin de la décroissance prônée chez certains », se félicite Christiane Lambert. « L’agriculture s’inscrivait vraiment dans une vision globale, celle de créer davantage de richesses pour préserver le modèle social. » De même, le président de la Coopération agricole, Dominique Chargé, est satisfait de voir l’agriculture et l’agroalimentaire intégrés aux « secteurs où les innovations de rupture sont prioritaires ». Il se félicite par ailleurs de « l’ambition » annoncée et des défis mis en avant, au rang desquels la démographie. Celui qui est aussi vice-président de Terrena se dit particulièrement « attentif » à la question du « transfert de l’innovation », notamment l’accompagnement des agriculteurs. À la Confédération paysanne, le ton est tout autre. « C’est un cauchemar », estime son porte-parole national Nicolas Girod : « Entre les lignes, cela veut dire : on développe les OGM, on garde les pesticides, on robotise, on méthanise… et on fait disparaître les paysans et paysannes ! » Selon l’éleveur, « les paysans vont donc continuer à perdre leur autonomie décisionnelle, technique et financière, devenir de plus en plus dépendants aux différentes firmes amont et aval ».