Si Interfel, l’Anifelt et le CTIFL se sont globalement réjouis du contenu du plan souveraineté, la filière pomme fait grise mine tandis que la Confédération paysanne et la CFDT Agri-Agro affichent leur dépit.
« On a pu coconstruire ce plan, c’est une chose importante », s’est réjoui le président du CTIFL Jacques Rouchaussé à l’issue du lancement du plan de souveraineté fruits et légumes le 1er mars (voir notre article) au Salon de l’agriculture. « Le grand défi qui nous reste, c’est la réduction des pesticides […] Nous allons planifier, anticiper, et mettre les moyens nécessaires pour trouver des alternatives » a-t-il promis, conformément à ce que prévoit le plan en accord avec les annonces d’Elisabeth Borne le 27 février. Le président de l’interprofession des fruits et légumes frais (Interfel) Laurent Grandin a également salué les annonces du ministre, estimant que le plan de souveraineté devra durer « 10 à 15 ans » pour bien accompagner la filière. « Il sera important de maintenir cet effort, de manière constante, avec pour les professionnels quelque chose de déterminant qui sera le guichet unique pour faire converger l’ensemble des moyens », a-t-il souligné.
Même son de cloche du côté de l’interprofession des fruits et légumes transformés (Anifelt), qui salue aussi « la démarche de co-construction » et « les objectifs » du plan, dans un communiqué diffusé dans l’après-midi. L’Anifelt distingue néanmoins quelques « points de vigilance », notamment le fait de « développer durablement les moyens de recherche » et de mettre « des moyens à la hauteur de leurs enjeux ». Elle remarque aussi qu’il faudra « des investissements considérables » dans les usines de transformation pour « moderniser » les outils tout en les adaptant à « la transition agro-écologique ; pour « décarboner » la consommation d’énergie et « optimiser les usages de l’eau ». Elle rappelle ainsi attendre « des mesures fortes » dans le cadre du plan de soutien aux industries agroalimentaires prévu par le gouvernement.
L’ANPP veut un plan de sauvegarde
En coulisses cependant, des professionnels du maraîchage avouaient être déçus du manque de détails sur les premières actions qui seront engagées, et sur la résolution de problématiques sanitaires déjà connues aujourd’hui. Côté arboriculture, quelques heures à peine après la présentation du plan, l’Association nationale pomme poires (ANPP) s’est fendue d’un communiqué pour demander « un plan de sauvegarde de la pomme française ». Si les objectifs du plan sont louables, il est « peu ambitieux » et il « ne répond pas aux difficultés immédiates » des pomiculteurs, affirme l’ANPP.
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L’association requiert trois grandes mesures « pour les 24 prochains mois ». Pour garantir la « viabilité économique » des entreprises du secteur, et alors que les coûts de production « ont augmenté de plus de 20 % entre 2021 et 2022 », l’ANPP demande « la réactivation pour deux ans d’un dispositif de prêts garantis d’État » afin de « garantir le financement de l’avance aux cultures ». Elle exige aussi d’avoir « accès aux mêmes moyens de production que les producteurs européens, en matière de solutions phytopharmaceutiques, d’eau et de main-d’œuvre ». Enfin, elle requiert l’étiquetage « obligatoire » de l’origine des pommes, en frais sur les étals et dans les produits transformés, avec une mention additionnelle spécifiant que « des produits phytosanitaires interdits en France sont utilisés » le cas échéant.
La Conf’ critique, la CFDT déçue
Du côté des syndicats d’exploitants, la Confédération paysanne (Conf') estime que le plan de souveraineté fruits et légumes « manque complètement sa cible » en misant sur la « compétitivité » au lieu de prendre à bras-le-corps la problématique de la rémunération des producteurs, selon un communiqué le 1er mars. La Conf’ proposait en effet d’instaurer un « prix minimum d’entrée » sur les fruits et légumes importés pour lutter contre « le dumping européen », et de mettre en place une « sécurité sociale de l’alimentation ». Deux mesures qui n’ont pas été retenues.
Côté salariés, la CFDT Agri-Agro « regrette de ne pas avoir pu développer ses propositions » pour une filière fruits et légumes plus « durable ». Dans un communiqué le même jour, le syndicat estime que le dispositif TO-DE (exonération de cotisations sociales) « maintient le secteur dans un état de sous-développement avec un recours subventionné à de la main-d’œuvre précaire ». Il soutient qu’à l’inverse, « les financements publics doivent soutenir l’édification de filières plus équitables, plus rémunératrices, avec de fortes exigences sociales et environnementales ». Il propose aussi « d’intégrer des critères sociaux dans les cahiers des charges des signes officiels de qualité et d’origine ».