Le succès du moratoire amazonien et l’échec du moratoire Cerrado peuvent s’expliquer par la crise économique que le pays a traversée au début des années 2010, estime le chercheur du Cirad Plinio Sist. Alors que le président en place, et l’état des finances du pays, ne laissent pas présager de politique environnementale ambitieuse dans l’immédiat, la France et l’Europe ont tout de même intérêt à conserver des postures ouvertes, au risque de perdre leur influence sur de futurs mécanismes de protection.
Pourquoi, après une telle réussite du moratoire amazonien, les initiatives échouent-elles sur le Cerrado ? « Au début des années 2000, l’économie brésilienne a une croissance de 6 à 7 %, et cette richesse a permis de faire des progrès, notamment environnementaux », rappelle Plinio Sist, directeur de l’unit Forêts et sociétés au Cirad. C’est grâce à cette croissance que le gouvernement Lula avait fait de la lutte pour l’Amazonie l’une de ses priorités, avec l’espoir, en montrant patte blanche à la communauté internationale, d’accéder à un siège au conseil de sécurité de l’Onu. Et cette fermeté, matérialisée par la menace des amendes, avait encouragé l’investissement de tout le secteur agricole, dont les traders.
Cargil au début des années 2000, était même perçue comme une entreprise proche des associations. Les ONG sont donc encore plus sévères aujourd’hui avec les hésitations de cet importateur sur le moratoire Cerrado, ne comprenant pas pourquoi une entreprise si volontaire il y a quelques années a perdu son allant sur les enjeux environnementaux au détour des années 2010.
La récession de 2014
L’une des raisons se trouve sans doute dans la perte de vitesse de l’économie brésilienne. Le ralentissement de la croissance dès 2012, et la récession qui a suivi en 2014 pour se poursuivre jusqu’en 2016, ont conduit le gouvernement à faire des choix, et à baisser la garde sur les sujets environnementaux. Le soutien du gouvernement à l’enjeu amazonien se faisant plus discret, le secteur agricole a donc eu moins d’incitations à se mobiliser sur l’enjeu de la déforestation. L’élection de Jair Bolsonaro en 2018, autre résultat de la récession selon certains analystes, aurait alors accentué la tendance, en assurant un soutien sans réserve au secteur agricole.
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La politique du nouveau président, et ses hésitations sur l’accord de Paris, ont conduit Emmanuel Macron à décrire, fin août 2019, les feux en Amazonie comme « une crise internationale », et à mobiliser les membres du G7 sur cet enjeu. Une position par laquelle Emmanuel Macron a revendiqué, aux yeux des Brésiliens, des droits de propriétaire sur l’Amazonie. Or, prévient Plinio Sist, « si la France se positionne en donneuse de leçon, elle se mettra à dos l’opinion brésilienne ».
Aujourd’hui, l’indignation est donc aussi séduisante que risquée. Pour toutes leurs futures démarches, qu’elles soient diplomatiques ou économiques, la France et l’Europe devront garder à l’esprit que la politique du début des années 2000 a renforcé l’attachement des Brésiliens pour l’Amazonie, explique le chercheur. Il vaudrait donc mieux inclure le Brésil, que ce soit au niveau fédéral ou régional, dans toutes les discussions, au risque d'être contraints de renoncer à tout levier réel sur la protection de ses forêts.
« La France se mettra à dos l’opinion brésilienne »