Générations futures estime que 12 % des substances actives de pesticides autorisées en Europe sont des polluants éternels. Elle demande leur intégration dans le champ de la réglementation Reach sur les produits chimiques.
Au moins 37 substances actives de pesticides actuellement autorisés en Europe sont des per- et polyfluoroalkylés (PFAS), ce qui représente 12 % des substances synthétiques autorisées, a indiqué Générations futures en conférence de presse le 9 novembre. L’association a fait cette découverte à partir d’une liste « non exhaustive » de 47 substances actives pesticides PFAS élaborée par les cinq États membres auteurs du projet de restriction dans le cadre de la réglementation Reach sur les produits chimiques, paru en début d’année.
En France, l’association épingle 30 substances actives dans lesquelles « les chimistes ont introduit délibérément le groupe trifluorométhyle dans la structure moléculaire afin de renforcer leur efficacité » (soit 13 % des substances synthétiques autorisées), après croisement avec les données E-Phy et du BNV-D. « Depuis 2008, les quantités vendues de ces substances pesticides PFAS ont été multipliées par plus de 3 – on est passé de 701 t en 2008 à plus de 2 000 t en 2021 », a indiqué la toxicologue de l’association Pauline Cervan. Généralement associés aux rejets industriels, les PFAS (ou « polluants éternels ») ont la particularité d’être persistants dans l’environnement. Dans les cas des pesticides PFAS, ils peuvent aussi générer des métabolites « également très persistants ».
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Flufenacet et diflufenican
Les plus utilisés en France sont les herbicides flufenacet (804 t en 2021) et le diflufenican (561 t), notamment sur cultures de céréales. Tous deux sont « particulièrement problématiques ». Le flufenacet produit le métabolite TFA (acide trifluoroacétique) qui est « extrêmement persistant » et « à la capacité de contaminer les eaux souterraines de façon très importante ». Tandis que le diflufenican est considéré « persistant, bioaccumulable et toxique (PBT) par l’État membre rapporteur qui est en charge de sa réévaluation à niveau européen », a expliqué la toxicologue.
Face à ce constat, l’ONG demande d’inclure ces substances dans le champ de la révision du règlement Reach car elle estime que le règlement spécifique aux pesticides ne permet pas de « gérer » et « limiter » les risques des pesticides PFAS dû à plusieurs « failles ». Contrairement à Reach, « la persistance et l’extrême persistance [dans l’environnement] n’est pas un critère d’exclusion dans la réglementation sur les pesticides », déplore Pauline Cervan. Elle pointe aussi une « mauvaise » évaluation des métabolites et des propriétés de perturbation endocrine des substances actives, l’absence d’évaluation des effets cocktails et la prolongation d’autorisation sur le marché de substances qui répondent pourtant à des critères d’exclusion comme « le flurochloridone ».