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PRODUITS LAITIERS/QUOTAS Plusieurs capitales expriment leurs inquiétudes dans la perspective de la fin des quotas

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Lors du Conseil agricole du 16 mars à Bruxelles, plusieurs ministres ont exprimé leurs préoccupations en considérant que la fin du système des quotas laitiers fin mars prochain pourrait déclencher une crise dans le secteur du lait. A leurs yeux, même les instruments actuels de la Pac réformée pourraient s'avérer insuffisants.

Lors du Conseil agricole du 16 mars à Bruxelles, la Commission européenne a été invitée à présenter aux ministres l'état des lieux sur la situation et les tendances du marché des produits laitiers, notamment dans le contexte de l'embargo russe décrété sur les produits laitiers européens. Elle devait également les informer sur les mesures actuelles et futures qu'elle compte prendre au lendemain de l'abolition du système des quotas laitiers à la fin du mois de mars 2015. À la suite de cette présentation, de nombreux ministres, dont Stéphane Le Foll, ont exprimé leur préoccupation en considérant que la fin du système des quotas laitiers pourrait déclencher une crise dans le secteur du lait et que les instruments disponibles dans la Politique Agricole Commune réformée pourraient s'avérer insuffisants. En revanche, d'autres comme la ministre néerlandaise de l'agriculture, Sharon Dijskma, ou encore le sous-secrétaire d'État à l'Alimentation britannique, George Eustice, par exemple ont estimé que cette approche axée sur le marché représentait au contraire « une opportunité » et, qu'à leurs yeux, « le secteur devrait être en mesure de s'adapter au changement en 2016 en utilisant les instruments disponibles dans le cadre des paiements directs et des dispositifs prévus en faveur du développement rural ». D'autres représentants, notamment des nouveaux Etats membres, ont souligné que la volatilité des prix pourrait avoir un effet significatif sur les producteurs de lait, et que la Commission se devait donc de suivre de très près la situation par le biais de l'Observatoire du marché du lait et présenter des propositions appropriées pour résoudre les problèmes qui pourraient survenir au lendemain de l'abolition des quotas laitiers.

LOURD IMPACT DE L'EMBARGO RUSSE

Dans son exposé, le commissaire européen a aussi souligné les effets importants de l'embargo russe sur les produits alimentaires européens. Si la situation favorable du marché laitier, sur lequel les prix ont atteint un niveau record au cours du premier semestre de 2014, du fait de l'envolée de la demande mondiale, ont entraîné une forte augmentation de la production laitière, en revanche, le ralentissement de la demande mondiale, aggravé par l'embargo sur les importations de denrées alimentaires imposée par la Russie en août 2014, a provoqué une baisse des prix, particulièrement importante dans certains États membres et dans certaines régions. À entendre le commissaire irlandais, à l'heure actuelle, pour les prix des produits laitiers, le pire semble être passé. Il semblerait que les prix du lait cru se stabilisent dans quelques États membres, mais que dans d'autres États membres, la tendance à la baisse se poursuit.

Concernant les produits laitiers touchés par l'embargo russe, un autre rapport de la Commission (« Short term outlook for dairy market in 2014 and 2015 ») explique que le secteur des fromages a été un des plus frappés directement par l'interdiction d'exporter décrétée par Moscou, dans la mesure où le marché russe représente quelque 30 % des exportations de l'UE. Ce rapport affirme aussi qu'en dépit de l'espoir que les exportations vers les autres destinations pourraient avoir augmenté jusqu'à 8 % en 2014, les exportations totales de l'UE devraient avoir diminué de 14 % en 2014 par rapport à 2013. A supposer que l'embargo russe reste en l'état encore une année, les auteurs du rapport estiment que les exportations en 2015 pourraient atteindre environ 736 000 tonnes soit quelque 5 % de plus qu'en 2014.

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MESURES PRISES PAR BRUXELLES

Afin de mieux suivre l'évolution du marché et de pouvoir réagir à une éventuelle détérioration des conditions du marché, Phil Hogan a tenu à rappeler que la Commission européenne a déjà adopté une série de mesures supplémentaires, par exemple le renforcement des activités de l'Observatoire du marché du lait et l'élaboration d'un acte d'exécution permettant aux agriculteurs de payer le prélèvement sur les excédents (« superprélèvement »), dû en vertu du régime des quotas laitiers, par tranches, sans intérêt, au cours d'une période de trois ans.

BRUXELLES CONFIANT DANS L'APRÈS-QUOTAS LAITIER

Dans son exposé devant les ministres, le commissaire européen à l'agriculture, Phil Hogan, a expliqué que depuis plus de trente ans, le secteur agricole européen est régi par le système des quotas laitiers, qui a été instauré en 1984 et qu'il sera supprimé à la fin de ce mois de mars 2015. Il a rappelé que la décision de supprimer le système des quotas a été prise par les ministres de l'agriculture de l'UE en 2003, qui avaient souhaité que l'agriculture obéisse davantage à une logique de marché. Cette décision s'est accompagnée d'une réduction progressive des prix institutionnels fixés pour le beurre et le lait écrémé en poudre (partiellement compensée par des paiements directs). Depuis lors, toujours selon Phil Hogan, il y a eu une convergence entre les prix des produits laitiers de base européens et mondiaux, qui a entraîné une amélioration de la compétitivité du secteur laitier de l'UE et permis de ce fait d'exporter environ 11% de la production laitière de l'UE, sans aucune subvention à l'exportation. Selon le commissaire européen, la suppression des quotas laitiers intervient à un moment opportun pour permettre au secteur laitier de l'UE de bénéficier de l'augmentation de la demande mondiale de produits laitiers, qui devrait être de l'ordre de 2 % par an. Il considère que tout au long de ces dix dernières années, les agriculteurs se sont préparés afin de pouvoir tirer profit des avantages découlant du changement de politique et de la demande sur les marchés mondiaux, ainsi que pour atténuer les risques que pourrait comporter la nécessité de s'adapter aux besoins du marché. Selon lui, le secteur laitier européen a déjà montré qu'il était capable de s'adapter à l'évolution de la situation et de faire face à de nouveaux défis. À ses yeux, « il n'y a aucune raison de croire qu'il n'en sera pas de même après la fin des quotas, d'autant que les États membres ont décidé de mettre en œuvre des mesures relevant à la fois du premier et du deuxième pilier de la PAC en ciblant spécifiquement le secteur laitier ». Le commissaire a toutefois reconnu que, parallèlement, le secteur a été confronté à une volatilité importante des prix et à d'importantes fluctuations du marché. La crise du marché du lait survenue en 2009 a touché les agriculteurs européens et a débouché sur l'adoption de mesures connues sous le nom de « paquet lait » en 2012, qui visaient à renforcer la position des producteurs de lait dans la chaîne d'approvisionnement en produits laitiers et à préparer le secteur à tenir davantage compte des besoins du marché et à être plus viable. Mais, selon Phil Hogan, il est cependant trop tôt pour évaluer les incidences de ces mesures.