Les ministres de l'agriculture de l'UE ont examiné, le 13 octobre à Luxembourg, les conséquences de l'embargo russe sur les exportations de produits agroalimentaires de l'UE. La plupart des Etats membres ont reconnu la pertinence des mesures d'urgence prises par la Commission européenne sur les fruits et légumes et le secteur du lait. Toutefois, les pays se considérant comme les plus touchés par l'embargo russe, comme la Pologne notamment, ont plaidé pour des mesures supplémentaires pour atténuer la forte baisse des prix observés sur leur marché.
RÉUNIS en Conseil le 13 octobre à Luxembourg, les ministres de l'agriculture de l'UE ont discuté de l'impact et des conséquences de l'embargo décidé le 7 août dernier par les autorités russes sur les exportations agroalimentaires de l'UE. A la demande de la délégation polonaise, le Conseil a examiné la possibilité de mesures supplémentaires pour soutenir notamment les marchés du lait touchés par l'embargo russe. La Pologne estime que des mesures telles que l'introduction de restitutions à l'exportation et l'augmentation des prix d'intervention pourraient atténuer la chute des prix observée sur le marché du lait des Etats membres les plus concernés par l'embargo. Le ministre polonais, Marek Sawicki, a expliqué que l'embargo russe a considérablement intensifié les tendances à la baisse des prix des produits laitiers liée à l'augmentation de l'offre de lait.
Ainsi, par exemple, le prix du beurre aurait chuté en moyenne de près de 5 %, celui du lait écrémé en poudre de quelque 3,6 % et celui des fromages d'environ 2,4%.
DES MESURES INSUFFISANTES
Le ministre polonais considère donc que les mesures pour le secteur du lait, adoptées jusqu'à présent par la Commission européenne (aides au stockage privé pour le beurre, le lait écrémé en poudre et certains types de fromage) ainsi que l'extension de la période d'intervention publique pour le beurre et le lait écrémé en poudre jusqu'à la fin de 2014, sont insuffisantes pour faire face à l'embargo sur les produits laitiers introduits par la Fédération de Russie. Selon lui, les achats à l'intervention ne sont pas actuellement mis en œuvre en raison du trop faible niveau des prix d'intervention. En outre, le régime d'aide au stockage privé de certains fromages, mis en place par la Commission européenne le 8 septembre 2014, a été abrogé par la Commission le 22 septembre 2014. De l'avis du ministre polonais, il serait nécessaire de relancer les restitutions à l'exportation, qui, d'une manière effective et permanente, permettraient de dégager du marché européen les excédents de produits laitiers résultant de la perte du marché d'exportation important qu'est la Russie.
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DES PAYS DEMANDEURS DANS LE NORD DE L'EUROPE
D'autres ministres du nord de l'UE ont également attiré l'attention sur la situa-tion difficile de leurs pays (Estonie, Lituanie, Lettonie et Finlande), dont les exportations de produits laitiers sont très dépendantes du marché russe et qui donc sont directement affectées par les mesures d'embargo russe. Si les ministres de l'agriculture ont pris bonne note du fait que le commissaire européen à l'agriculture, Dacian Ciolos, envisage une compensation ciblée pour ces pays et pour certains produits laitiers, plusieurs d'entre eux ont toutefois demandé que l'on aille plus loin en étendant l'application de ces mesures à d'autres pays et à d'autres produits et en diversifiant les instruments employés. De nombreuses délégations se sont par ailleurs déclarées en faveur d'une augmentation du budget de promotion proposé par la Commission dans le cadre de la recherche de nouveaux marchés à l'exportation pour les produits agroalimentaires de l'UE.
À la suite de plusieurs réunions du comité de gestion de l'UE visant à examiner la situation du marché pour les produits touchés par l'interdiction russe, la Commission a décidé, le 18 août, de mettre en œuvre les mesures d'urgence de la politique agricole commune (PAC) afin de réduire l'offre globale de certains fruits et légumes périssables sur le marché européen (retraits du marché, indemnisation de non-récolte et de récolte en vert), avec un budget de 125 millions d'euros. Une première série de mesures de soutien d'urgence pour les pêches et les nectarines avaient déjà été annoncée le 11 août (29,7 millions d'euros pour les retraits et 3 millions d'euros pour la promotion). En outre, la Commission a adopté à la fin du mois de septembre des mesures d'urgence supplémentaires en vue de soutenir les marchés des fruits et légumes périssables, ce qui a fait monter le soutien total à près de 165 millions d'euros. Le nouveau dispositif couvre les agrumes (mandarines notamment) pour la première fois. Afin d'atténuer la baisse des prix des produits laitiers due à l'embargo russe, des mesures étendant la période d'intervention publique (stockage) pour le beurre et le lait écrémé en poudre ont été prises et se sont achevées le 30 septembre 2014. Le fromage étant l'un des produits les plus touchés par l'embargo, un règlement octroyant une aide au stockage privé pour le fromage a été a d o p té . Le 3 s e p te m b re, la Commission a confirmé aussi son intention de fournir un complément de 30 millions d'euros de financements de l'UE pour les programmes de promotion de la Pac débutant en 2015, en plus des 60 millions d'euros qui sont prévus annuellement dans le budget de la Pac.