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Bernard Chaud, directeur stratégie industrielle de Global Bioenergie « Plusieurs voies pour massifier »

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Pour le directeur de la stratégie industrielle chez Global Bioenergies, chacune des différentes filières candidates à la production de biocarburants aéronautiques (hydrogène, biomasse, huiles...) souffre actuellement de limites. D’où, selon lui, la pertinence des démarches du gouvernement, des filières et des compagnies aériennes pour accélérer le pas.

De nombreuses compagnies aériennes du monde entier, et en France Air France KLM, veulent remplacer les carburants d’origine fossile par des carburants durables. Quelles sont les filières techniquement viables ?

À très court terme, les biocarburants techniquement opérationnels pour les moteurs d’avion sont les huiles végétales hydrotraitées (HVO). Techniquement, la transformation des huiles végétales, même usagées, est au point. C’est une technologie de pétroliers, ceux-ci ayant la maîtrise de fabrication des biocarburants pour l’aviation, qui sont des carburants spécialement adaptés. Par exemple, le pétrolier-raffineur finlandais Neste a déjà la capacité de traiter des huiles usagées dans sa raffinerie en Finlande ainsi qu’à Rotterdam, de même le pétrolier Total dans son usine de La Mède.

Comme les compagnies aériennes ne veulent pas utiliser des biocarburants à base d’huiles végétales vierges, afin d’éviter de prélever de la ressource alimentaire, il faut compter sur le gisement des huiles usagées. Mais ce dernier est limité, il est recherché dans le monde entier. Tant que les compagnies aériennes ne voudront pas d’huiles végétales vierges, les disponibilités seront très tendues.

L’avion à hydrogène ne va-t-il pas apporter une solution de carburants durables ?

Des recherches sont en cours pour faire de l’hydrogène un carburant pour les avions. L’objectif des compagnies aériennes est que cet hydrogène soit produit à partir d’énergie qui ne soit ni fossile ni nucléaire, autrement dit à partir d’électricité solaire ou éolien. Ce sont des énergies intermittentes, et il faudra en intégrer le coût. Par ailleurs, il faut prendre en compte le temps nécessaire pour développer l’avion à hydrogène sur le plan commercial : il faudra équiper en stations de stockage d’hydrogène non seulement l’aéroport de départ de l’avion, mais aussi celui de l’aéroport d’arrivée, pour que l’avion puisse repartir ! Une station de ravitaillement d’hydrogène, ce n’est pas simple à mettre en place : l’hydrogène nécessite des consignes de sécurité sévères.

Comment massifier la production de biocarburants aéronautiques ?

Plusieurs voies sont en cours de développement pour massifier la production de biocarburants aéronautiques. L’une est la voie Fischer-Tropsch, qui est connue depuis un siècle, et qui a été développée pendant la dernière guerre mondiale à partir de charbon. Le procédé peut être alimenté avec du bois ou des déchets organiques. Il consiste à chauffer à haute température un combustible sans oxygène, pour obtenir un gaz, que l’on convertit par voie chimique en carburant liquide.

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Une autre voie est celle de la fermentation de sucres pour produire des intermédiaires, tel l’isobutène, puis des carburants. C’est sur cette voie que travaille Global Bioenergies, à travers des programmes européens comme Rewofuel ou Optisochem, dont nous sommes coordinateurs, et le projet Sweet woods dont le coordinateur est estonien et dont nous sommes partenaires. Les sucres peuvent être des sucres résiduels de betteraves ou de canne, ou des sucres de ligno-cellulose de bois ou de paille.

La voie « Fischer-Tropsch » est réputée adaptée à des usines de grandes tailles avec de grands périmètres d’approvisionnement, la voie « fermentation » se prête mieux à des échelles de production locales.

Les biocarburants aéronautiques de seconde génération sont-ils chers actuellement ?

Oui, surtout en cette période où le prix du pétrole est plutôt bas. D’une façon générale, les biocarburants aéronautiques sont actuellement deux à quatre fois plus chers que le kérosène fossile, les moins chers étant les HVO à base d’huile de palme, tout de même deux à trois plus chers.

C’est donc une bonne chose que le gouvernement incite à développer les biocarburants aéronautiques et que les compagnies aériennes commencent à en incorporer : ça génère des marchés et du dynamisme de recherche-développement dans cette nouvelle filière.

« L’hydrogène nécessite des consignes de sécurité sévères »