« L’agneau français est mis en avant, devant l’agneau néo-zélandais », assure le ministre de l’Agriculture Didier Guillaume le 8 avril. De son côté, la FNO accuse certaines enseignes de ne pas jouer le jeu de l’origine France, malgré le consensus interprofessionnel.
En cette période de Pâques, les éleveurs d’ovins ont remplacé la chasse aux œufs par la chasse à l’agneau néo-zélandais. Alors que le confinement empêche les réunions familiales autour d’un gigot d’agneau, les producteurs voient d’un mauvais œil cette concurrence, traditionnellement marquée en période pascale. « L’agneau français est mis en avant, devant l’agneau néo-zélandais », assurait le ministre de l’Agriculture Didier Guillaume, à l’issue du Conseil des ministres le 8 avril. La production française est loin de couvrir la consommation, importée à 56 %. Mais, comme le rappelle La Coopération agricole dans un communiqué le 7 avril, « le mois d’avril est le mois le plus important de l’année pour la filière, la période pascale représentant 20 % de la consommation annuelle d’agneaux en France. »
Pour stimuler la demande, Interbev (interprofession bétail et viandes) a lancé une campagne de communication. Des efforts qui semblent, pour l’heure, porter leurs fruits, selon Sophie Huby, coordinatrice de la filière ovine à La Coopération agricole Occitanie. Dans un premier temps, en semaine 13 (23 mars), elle observait « beaucoup de reports, avec 10 000 agneaux qui ne sont pas sortis » dans cette région, la première productrice française d’agneaux. « Puis les deux semaines suivantes, le marché a repris », affirme Sophie Huby, notant « une légère reprise de la consommation en semaine 14 ». La coordinatrice souligne « une bonne réponse des distributeurs au niveau national ». « Certains ont surgelé leurs gigots néo-zélandais pour passer du français, remarque-t-elle. La pression qu’Interbev a réalisée sur les distributeurs a fonctionné. » Le 8 avril, Didier Guillaume a « tenu à remercier les distributeurs, qui ont fait de vrais efforts ».
Action syndicale dans un Leclerc sur l’agneau NZ « francisé »
Mais, à en croire la FNO (éleveurs d’ovins, FNSEA), toutes les enseignes n’ont pas joué le jeu. Certaines « ont mis en priorité l’écoulement de leur stock d’agneaux d’importation, accentuant ainsi la situation délétère des éleveurs français », dénonce le syndicat dans un communiqué du 6 avril. La FNO les accuse de profiter « des moyens mis en œuvre pour valoriser l’agneau français », mais en mettant à l’encan « de l’agneau néo-zélandais vendu 2,5 fois moins cher ».
Dans le viseur des éleveurs : Leclerc, dont le magasin de Chemillé (Maine-et-Loire) a fait l’objet d’une action syndicale le 2 avril, après avoir vendu de l’agneau néo-zélandais étiqueté « origine France ». « Une erreur de balisage », s’est défendu le directeur du magasin auprès de Ouest-France. « D’autres enseignes jouent le jeu, comme Intermarché et Système U », indique Michèle Boudoin, présidente de la FNO, à Agra Presse.
En prévision de la période pascale, les éleveurs avaient « préparé les animaux », rappelle la FNO, qui estime le « stock des agneaux finis en ferme » à 450 000. De son côté, La Coopération agricole avance un chiffre de « 520 000 agneaux prêts à la consommation pour le mois d’avril ». Mais alors que la demande est en berne, « 25 % pourraient ne pas trouver preneurs », estiment les coopératives (qui fournissent 60 % de la production française). De leur côté, les distributeurs avaient aussi préparé le pic habituel de consommation à Pâques, si bien que l’agneau néo-zélandais était déjà arrivé depuis plusieurs semaines.
Initiatives nationales et régionales
« Les enseignes qui ont joué le jeu ont congelé leur viande d’agneau NZ ou l’ont passée en plats cuisinés », note Michèle Boudoin. La FNO leur a aussi proposé de réaliser des « dons en nature auprès des restaurants des établissements hospitaliers, des Ehpad, des personnels de la fonction publique ». Des actions qui, « outre l’intérêt économique lié à leur défiscalisation, auraient également permis aux enseignes d’exprimer leur solidarité », rappelle le syndicat.
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Avec ou sans regain de la consommation, la situation de la filière ovine reste fragile. « Au niveau national, on reste quand même à -30 % d'abattages en semaine 14 par rapport à la même semaine de 2019 », note Sophie Huby. En Occitanie, en plus des actions nationales, la filière a sollicité le Conseil régional et l’Irqualim pour promouvoir l’agneau local et les signes de qualité. « Nous avons aussi engagé le Label rouge dans l’appli La Coterie française pour permettre aux bouchers de faire de la vente en ligne, de la livraison à domicile ou du drive piéton », ajoute Sophie Huby. « Pour tous les points de vente qui s’engagent avant fin avril, l’ODG prendra en charge la moitié de l’abonnement. On est en phase de prospection avec les bouchers, cette action va se concrétiser après Pâques. »
Après Pâques, une rechute de la consommation plus prononcée ?
Car, habituellement, la consommation d’agneau rechute une fois Pâques passées. Un mouvement qui pourrait être plus prononcé cette année. « On l’a vu en Italie, ce qui a bien tenu, c’est le bœuf, les volailles, les saucisses, pas l’agneau. Ce n’est pas ce que les gens mangent en confinement », s’inquiète Sophie Huby. Depuis plusieurs semaines déjà, les opérateurs réfléchissent à des actions de dégagement, comme le stockage de viande congelée ou l’export en vif (1). Tout est bon à prendre pour ne pas aggraver l’engorgement du marché, alors que « les agneaux issus du bassin laitier et du Nord vont bientôt arriver », rappelle Sophie Huby. Un peu plus loin, « nos voisins espagnols, irlandais, anglais ont beaucoup de production prête, à nos frontières », prévient-elle.
« Oui, c’est compliqué, le marché est difficile, admet la responsable d’Occitanie. Mais on ne crie pas à la catastrophe, on préfère se mobiliser pour proposer des actions concrètes de dégagement, de commercialisation. Sinon, ce sont les prix qui risquent de diminuer. » Même si les cours sont encore soutenus, le risque reste présent. Comme le constate Michèle Boudoin, le 6 avril, « la cotation nationale a perdu un euro le kilo. »
(1) Voir n°3735 du 30/03/2020
« Légère reprise de la consommation en semaine 14 »
« Nos voisins espagnols, irlandais, anglais ont beaucoup de production prête, à nos frontières »