Que Choisir rapporte des analyses de la DGCCRF mettant en évidence la présence quantifiable de résidus de pesticides dans les produits végétaux labellisés « sans pesticides ». Les producteurs français de fruits et légumes s’étonnent et demandent des éclaircissements.
Des analyses réalisées en 2018 par la DGCCRF (Répression des fraudes) montrent la présence de résidus dans les produits végétaux labellisés « sans pesticides », révèle le mensuel Que Choisir dans son édition de septembre. D’après l’article mis en ligne le 24 août, la DGCCRF a effectué quatre-vingt-quatorze prélèvements sur des denrées portant des allégations du type « cultivé sans pesticide », « sans pesticides », « sans insecticide », « sans résidu de pesticides » ou encore « sans traitement après récolte », poursuit le magazine de défense des consommateurs. Or, « plus du tiers [des échantillons] présentaient en réalité des résidus de pesticides à des doses significatives », c’est-à-dire supérieurs à la limite de quantification, rapporte Que Choisir.
Ces chiffres « ne sont pas généralisables à l’ensemble du marché », précise toutefois la DGCCRF citée dans l’article, car les contrôles ont été réalisés en « ciblant les opérateurs et les produits susceptibles de présenter des non-conformités ». Alors qu’une deuxième série d’analyses a été effectuée en 2019 d’après le mensuel, Que Choisir estime que l’intérêt des labels « sans résidus de pesticides » pour l’environnement et la santé est « très incertain », car « l’absence de résidus ne signifie pas que des pesticides n’ont pas été utilisés dans les champs ».
Surprise et étonnement
Contacté par Agra Presse le 24 août, le président de la coopérative Solarenn basée en Ille-et-Vilaine et spécialisée dans la culture de tomate, Christophe Rousse, s’est dit étonné de ces révélations. Avec Savéol et Prince de Bretagne, les deux autres géants du maraîchage breton, sa coopérative a créé le label « Cultivées sans pesticides » au sein de l’Alliance nature et saveur. « Je serais surpris que Solarenn soit nommée [dans le rapport de la Répression des fraudes], nous n’avons pas été visités par la DGCCRF », affirme-t-il. Il assure que les membres de l’Alliance font « des auto-contrôles et des milliers d’analyses chaque année » et qu’il serait « surpris » que les insuffisances relevées par la DGCCRF soient volontaires.
« Un mauvais élève dans les coopératives, ça me paraît… Tenter de passer à travers les gouttes est un peu trop dangereux car si un producteur est mauvais élève il va, c’est le cas de le dire, contaminer toute la coopérative. » Sans écarter l’hypothèse que des « confrères » aient pu souffrir d’une contamination des eaux de la nappe phréatique, il s’interroge surtout sur les produits importés. « Aujourd’hui, nous sommes concurrencés par des produits marocains qui ont le label zéro résidu de pesticides. Est-ce que ça vient de là ? »
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Besoin de précisions
De son côté, le directeur du groupe maraîcher Les Paysans de Rougeline, Gilles Bertrandias, dénonce le focus fait par le magazine Que Choisir sur les labels de fruits et légumes français, et un possible amalgame. Pour lui, les données communiquées par la DGCCRF ne permettent pas de savoir précisément sur quels types de produits (espèce, origine) ont porté les contrôles. « C’est juste une fake news », lâche-t-il agacé à Agra Presse le 26 août. M. Bertrandias préside le collectif Nouveaux champs qui a créé le label « Zéro résidu de pesticides » porté par plus de 6 000 producteurs. « Je peux vous dire que s’il y avait eu des problèmes en 2018, on le saurait et nous aurions été les premiers avisés. Et nous serions tout simplement accusés de pratiques commerciales trompeuses et d’utilisation d’une allégation mensongère, avec des responsabilités lourdes. »
Selon lui, les informations obtenues par Que Choisir proviennent de « simplement quatre lignes » issues d’un rapport annuel de la DGCCRF portant sur les résidus de pesticides dans les denrées d’origine végétale. « Il n’y a aucun détail sur la nature des prélèvements – fruits ou légumes qui seraient concernés, mais aussi céréales, thé… puisque ces analyses de la DGCCRF concernent tous les produits végétaux –, ni sur leur origine (France, UE, monde). » Il a, de plus, indiqué avoir demandé à la DGCCRF, le 25 août, des précisions sur les produits mis en cause.
« Nous aurions été les premiers avisés »
« C’est juste une fake news »