Lors du débat télévisé avec Nicolas Sarkozy le 2 mai, Ségolène Royal a mis en cause les lenteurs du gouvernement dans le dossier d’une usine de biodiesel en région Poitou-Charentes. C’est faux, répond le ministre de l’Agriculture Dominique Bussereau, qui indique que les agréments fiscaux ont été obtenus dans des délais normaux. La région fait état de pressions du ministère de l’Agriculture ainsi que Sofiprotéol pour empêcher la réalisation du projet.
Dans le duel verbal qui l’a opposée à Nicolas Sarkozy, la candidate socialiste a indiqué avoir attendu deux ans pour obtenir un agrément industriel pour l’usine de biodiesel de la Sica Atlantique à La Rochelle, située dans la région Poitou-Charentes dont elle préside le conseil régional.
« Cette affirmation est parfaitement inexacte », a répondu dès le lendemain matin Dominique Bussereau. Également élu dans la région, ce dernier a voulu rectifier « cette contre-vérité ».
Les agréments industriels pour la production de biocarburants sont délivrés par le gouvernement selon une procédure d’appels d’offres, a rappelé le ministère dans un communiqué publié le 3 mai. Le ministre de l’Agriculture a indiqué que la Sica Atlantique a obtenu un agrément pour 100 % du tonnage qu’elle sollicitait, c’est-à-dire 10 000 tonnes de production pour la première tranche (celle du pilote industriel) et 50 000 tonnes supplémentaires. Cela « alors qu’un coefficient de réduction a été appliqué à la plupart des demandes d’autres opérateurs lors des mêmes appels d’offres ».
Le projet n’avance pas
Jean-Pierre Estérez, directeur général de la Sica Atlantique, a donné à son tour sa version des faits : « Le dossier est resté en sommeil pendant deux ans, mais en amont de la procédure d’agrément. Ce n’est pas la procédure d’agrément qui a été tardé ».
Le 3 mai dans l’après-midi, le conseil régional de Poitou-Charentes a apporté une précision : « Le ministère de l’Agriculture ainsi que Sofiprotéol ont fait pression sur les porteurs de projet et les agriculteurs de Poitou-Charentes pour qu’ils ne déposent pas le projet de La Rochelle, concurrent de ceux qu’ils développaient dans d’autres régions ». Résultat, selon le conseil régional : le projet, initialement de 100 000 tonnes, a été ramené à 60 000 tonnes, et prendra plusieurs années de retard, a-t-il expliqué.
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En effet, a expliqué par ailleurs Jacques Barbier, directeur général de Valagro, association de recherche & développement sur les agro-ressources en Poitou-Charentes, la tranche principale de l’usine (les 50 000 tonnes) ne pourra démarrer que si la première, c’est-à-dire le pilote industriel, entre en service. Or celui-ci ne tourne pas encore, selon M. Barbier.
Le procédé de fabrication du biodiesel est tout nouveau dans ce projet, a rappelé M. Barbier, ajoutant : « Je suis un scientifique retraité, qui cherche à développer un nouveau procédé, pour une région qui n’a pas d’autre opportunité industrielle que l’agro-industrie. Je ne souhaite pas voir le projet compromis pour des raisons politiques. Sinon on n’aura jamais de procédés innovants à ce compte-là ».
En attendant, l’usine de la Sica Atlantique ne produira pas ses premières gouttes d’ester-carburant avant 2010, a-t-il ajouté. Pendant ce temps, un million de tonnes de graines de colza et de tournesol partiront vers les usines de biodiesel de Bordeaux et de Saint-Nazaire, qui entreront bientôt en service, a-t-il conclu.
À Proléa (filière oléagineuse), on indique que les retards de l’usine de La Rochelle ont été dus aux longs délais d’obtention des permis de construire. Xavier Beulin, président de la filière oléagineuse, a récemment rappelé aux pouvoirs publics que les délais d’obtention des permis de construire sont anormalement longs, comparés aux délais pratiqués au Royaume-Uni ou en Allemagne.