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Jeanne Pahun, chercheuse spécialiste des politiques alimentaires Politique d’achat des cantines : « La Bretagne tape un peu à côté »

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Chercheuse postdoctorante à SciencePo, Jeanne Pahun a étudié les retombées de la politique d’achat des cantines de la région Bretagne, intitulée Breizh Alim. Elle démontre que cette démarche, élaborée avec la chambre d’agriculture régionale et centrée sur les filières longues, a favorisé les grands acteurs au détriment des circuits courts et de l’agriculture biologique.

Quels étaient les grands objectifs du plan Breizh Alim ?

L’objectif initial affiché par le conseil régional de Bretagne était de fournir les cantines des lycées en produits locaux et de qualité sur quatre filières : le porc, le lait, les œufs et les produits de la mer. En réaction à la crise porcine de 2015, le conseil régional s’était engagé à favoriser les marchés locaux dans les lycées et les restaurants administratifs, mais sans vraiment mettre en place une feuille d’action. En parallèle, la chambre d’agriculture régionale avait lancé une réflexion sur l’approvisionnement des cantines pour les filières longues. Elle a convaincu la région de faire alliance pour lancer la démarche Breizh Alim. Le choix de centrer une politique d’approvisionnement des cantines scolaires sur les filières longues est assez nouveau. D’habitude, ces politiques visent plutôt à favoriser les circuits courts, la vente directe ou les produits bio. Ce qui était le cas en Bretagne où la région avait une politique d’approvisionnement des lycées en partenariat avec la Frab (agriculteurs bio, ndlr).

Comment se concrétise ce plan alimentaire et quel est le rôle joué par la chambre d’agriculture ?

Breizh Alim consiste principalement en des rencontres organisées par la chambre d’agriculture entre des représentants des producteurs et des responsables des cahiers des charges dans les cantines scolaires. Le but est d’inscrire dans les cahiers des charges des caractéristiques spécifiques à l’agriculture bretonne pour que seuls les producteurs bretons puissent y répondre et ce, sans contrevenir au droit européen qui interdit le localisme pour les marchés publics de plus de 90 000 euros.

Vous démontrez dans l’article que ce sont les gros acteurs de l’agroalimentaire, notamment pour la filière porcine le groupe Cooperl, qui ont le plus bénéficié du plan, au détriment des filières courtes.

Il y a des éléments structurels du plan Breizh Alim qui empêchent les producteurs locaux d’en bénéficier, alors que c’était l’un des arguments phares de la démarche. Les achats sont restés massifiés. Il n’y a que cinq groupements d’achats qui répondent aux commandes des lycées. Il est impossible pour une exploitation de fournir un même produit au même moment pour trente lycées. Il faut donc des intermédiaires qui vont acheter à plusieurs producteurs. Sauf que rien n’oblige l’opérateur à répercuter son meilleur prix de vente aux agriculteurs.

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De plus, le conseil régional n’a pas réellement la main sur les achats des cantines des lycées car le signataire des contrats est sous l’autorité du rectorat. Dernière limite : le porc que l’on trouvait dans les assiettes des élèves était déjà majoritairement breton avant le lancement de ce plan, puisqu’il était compétitif au niveau des tarifs.

Comment ce plan aurait-il pu être amélioré ?

Le conseil régional de Bretagne tape un peu à côté. Si son souci principal était que les enfants mangent plus de produits bretons, il fallait se tourner vers d’autres filières qui étaient moins représentées dans les cantines. Le plan aurait pu aussi se concentrer sur le porc bio breton, moins présent dans les cantines. En se focalisant sur le mot d’ordre du local, on ne dit rien sur la qualité des aliments en tant que telle. Pour aller au-delà, le conseil régional pourrait mettre en avant des labels vertueux pour l’environnement, le bien-être animal ou le goût, souvent sources de meilleurs revenus pour les éleveurs, comme le Label rouge par exemple. Ce qui n’est pas du tout le projet politique principal de la chambre régionale d’agriculture qui travaille main dans la main avec le conseil régional sur ces questions.

On comprend qu’il y a eu un verrouillage dès le début de cette démarche alimentaire qui empêche une réflexion d’émerger sur la qualité des produits échangés, leur moindre impact environnemental, une meilleure rémunération pour les agriculteurs, etc. En s’engageant avec la chambre d’agriculture dans cette démarche Breizh Alim, le conseil régional a même mis fin à sa collaboration avec les structures de soutien à l’agriculture biologique sur l’approvisionnement des cantines. Les contrats n’ont pas été renouvelés.

« Les achats sont restés massifiés »

« Il y a eu un verrouillage dès le début de cette démarche alimentaire »