Les soutiens à l’agriculture dans les principales économies de la planète ont connu en 2020 et 2021 une forte augmentation (+13 % sur la période), qui s’explique au moins en partie par les dépenses publiques supplémentaires accordées pendant la pandémie de Covid-19. Mais, déplore l’OCDE dans son rapport annuel d’évaluation des politiques agricoles, les aides orientées vers la durabilité de la production (et notamment la réduction des émissions de gaz à effet de serre) ont, dans le même temps, reculé.
« Le soutien public à l’agriculture a atteint des niveaux records, mais la part destinée à stimuler une croissance durable de la productivité a diminué », constate l’OCDE dans son rapport annuel d’évaluation des politiques agricoles publié le 23 juin. Les 54 pays étudiés – pays de l’OCDE et de l’UE ainsi que onze grandes économies émergentes – ont consacré en moyenne 817 milliards de dollars par an au soutien à l’agriculture sur la période 2019-2021, contre 720 Md$ en 2018-2020, soit une hausse de 13 %, qui s’explique au moins en partie par les dépenses publiques supplémentaires accordées pendant la pandémie de Covid-19. Mais, « en plus des réponses immédiates aux crises mondiales actuelles, les politiques agricoles doivent apporter des solutions aux défis du moment et favoriser des réformes au long cours pour lutter contre le changement climatique », estime l’OCDE. Et de rappeler que les paiements basés sur la production et sur l’utilisation d’intrants, ainsi que le soutien des prix du marché, sont connus pour exercer des pressions sur les ressources naturelles et favoriser les émissions de gaz à effet de serre.
« L’assouplissement des restrictions environnementales dans le but de stimuler la production intérieure » peut avoir des effets positifs sur la réduction de la pression actuelle qui s’exerce sur les marchés alimentaires « mais aux dépens de la durabilité », prévient aussi l’OCDE. Parmi les mesures ciblées : les dérogations aux règles du verdissement de la Pac (utilisation des jachères en particulier) accordées par l’UE depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Des dérogations que le commissaire européen à l’Agriculture Janusz Wojciechowski s’est, récemment, dit prêt à prolonger une nouvelle fois en 2023.
Toujours trop de soutiens distorsifs…
Les gouvernements ont accru leurs dépenses de 55 Md$ en 2020 et de 70 Md$ en 2021, ce qui représente respectivement 10 % et 13 % du soutien budgétaire total ces deux années, constate l’OCDE. « Et encore s’agit-il là sans doute d’une estimation basse du montant effectif des dépenses supplémentaires, vu qu’elle tient compte uniquement du soutien dont le lien avec la pandémie a pu être clairement établi », précise l’organisation. Les soutiens apportés aux producteurs à titre individuel se sont donc au total élevés à 611 Md$ par an durant la période 2019-2021 ce qui représente 17 % des recettes agricoles brutes dans les pays de l’OCDE et 13 % dans les onze économies émergentes. Plus de la moitié (317 Md$ par an) a pris la forme de prix plus élevés pour les consommateurs (licences d’importation, droits de douane, contingents tarifaires, prix minimums…), et le reste (293 Md$ par an) a été financé sous forme d’aides. L’Union européenne et les États-Unis sont ceux qui, en volume, soutiennent le plus leurs secteurs agricoles avec 117 Md$ et 114 Md$ respectivement, estime l’OCDE. Et ces aides prennent encore, le plus souvent, les formes les plus distorsives. Dans l’ensemble des pays, ces politiques représentent près des trois quarts de l’ensemble des transferts aux producteurs agricoles, et plus de 9 % des recettes agricoles brutes agrégées. En moyenne, la part de ces dispositions potentiellement les plus distorsives dans les recettes agricoles brutes de la zone OCDE est légèrement inférieure à celle des onze économies émergentes, avec des taux de 8 % et 10 % respectivement.
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… et trop peu de soutien à l’innovation
À l’inverse, la part des services d’intérêt général – innovation, biosécurité, infrastructures… – est tombée à 13 % durant la période 2019-2021, contre 16 % vingt ans plus tôt, déplore l’OCDE alors que ces services sont « pourtant essentiels pour rendre la croissance de la productivité plus durable et faire baisser les émissions agricoles de gaz à effet de serre ». La faiblesse des investissements en faveur de l’innovation (26 Md$, soit 0,7 % de la valeur de la production agricole), malgré l’urgence de transformer les industries et systèmes alimentaires, est jugée particulièrement inquiétante.
L’OCDE préconise comme à l’accoutumée une série de mesures à mettre en œuvre pour corriger ces problèmes et en particulier faire baisser les émissions de gaz à effet de serre : réorienter les soutiens budgétaires vers la fourniture de biens publics et de services d’intérêt général pour rendre le secteur agricole plus performant ; cibler les soutiens du revenu sur les ménages qui en ont le plus besoin ; améliorer la boîte à outils pour faire face aux risques climatiques notamment ; mettre en œuvre un système efficace de tarification des émissions de GES d’origine agricole pour créer des incitations à opérer la transition vers une agriculture à faibles émissions. Autant de mesures que les grandes économies mondiales risquent, une nouvelle fois, de reporter, la faute au conflit en Ukraine.