Le groupe Tereos affirme qu’il est « trop tôt pour établir de quelconques liens de causalité » entre la rupture d’un bassin de décantation de sa sucrerie d’Escaudoeuvres (Nord) et la pollution fluviale constatée en Belgique et qualifiée de « catastrophe environnementale ».
« Mercredi 22 avril, Tereos a été contacté suite à la découverte de poissons morts en Belgique à plus de 30 km de la sucrerie. À ce stade, il est encore trop tôt pour établir de quelconques liens de causalité », fait valoir la coopérative dans un communiqué, disant qu’elle « assumera sa responsabilité si elle venait à être établie ».
Au total, 100 000 m3 de liquide noirâtre, essentiellement des matières organiques, se sont déversés dans la nature, conséquence d’un « incident » le 10 avril à la sucrerie d’Escaudoeuvres (Nord) dans un bassin contenant des eaux de lavage de betteraves. Selon l’Office français de la biodiversité (OFB), ces eaux de lavage ont « rapidement saturé le milieu aquatique », d’abord dans des ruisseaux des environs avant d’atteindre l’Escaut, fleuve traversant la France, la Belgique et les Pays-Bas.
La France accusée de « négligence »
La région belge de Wallonie a estimé entre 50 et 70 t la quantité de poissons morts côté wallon et regrette que la pollution n’ait « jamais été signalée par la France aux autorités belges », en infraction avec une procédure d’alerte internationale. Accusée de « négligence » par la Belgique, la France a reconnu le 24 avril que « les eaux ont également ruisselé vers l’Escaut, fleuve international, qui fait l’objet d’une gestion coordonnée entre les différentes régions traversées ».
Mais « dans le cas précis de l’incident de la sucrerie Tereos, les mesures effectuées sur le terrain (par l’exploitant, l’OFB et la Dréal) le 10 avril n’ont pas mis en évidence de pollution […] Il n’y a donc pas eu d’alerte aux régions situées en aval, en particulier côté belge », justifie la préfecture du Nord dans un communiqué. « Cependant, lorsque la mortalité piscicole est devenue significative côté français, des premiers signes de pollution ont également été mesurés côté belge. Dès lors, un échange a été instauré entre les services compétents des deux pays amis », ajoute-t-elle.
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Installation classée
Pour sa part, Tereos dit avoir « immédiatement mis en œuvre les actions nécessaires pour répondre à l’urgence de la situation et a d’emblée alerté les autorités compétentes françaises en évoquant le point spécifique de l’Escaut ». La sucrerie d’Escaudoeuvres est soumise à autorisation au titre des installations classées. Sa dernière inspection par la Dréal date du 24 décembre 2019, selon Géorisques. Mais en février, de l’eau lagunée s’était déjà déversée dans une rivière.
Le parquet de Cambrai a ouvert une enquête pour déterminer les éventuelles responsabilités et les conséquences de la rupture de la digue, car les poissons morts « ne sont que les parties visibles de la pollution ». La fédération de pêche du Nord compte déposer plainte. « Côté belge, il y aura une enquête pénale, c’est clair, qui permettra ou non d’établir la responsabilité de Tereos », assure le parquet de Charleroi. Le principe du « pollueur-payeur » pourrait valoir à Tereos une amende allant jusqu’à 1 M€ « et ce uniquement en Wallonie », selon la région wallone qui parle d’une une « catastrophe environnementale ».
Tereos dit avoir agi immédiatement