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Pomme de terre: en AG, l'UNPT s'inquiète pour 2023

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Affectés par les effets du changement climatique et l’envolée des coûts de production (intrants, énergie, matériels…) liés notamment à la guerre en Ukraine, les producteurs de pommes de terre en appellent aux pouvoirs publics afin d’assurer la pérennité de la production en France.

Lors de son assemblée générale le 10 janvier, l’UNPT (producteurs de pomme de terre, FNSEA) a souligné l’importance d’un « accès à l’eau garanti, et ce pour inciter les producteurs à poursuivre la culture de pommes de terre en 2023. Un impératif si la France souhaite maintenir son rôle de « premier exportateur mondial et de troisième producteur européen », selon Geoffroy d’Evry, président de l’UNPT. « Après l’épisode traumatisant de 2022, notre assemblée générale a été marquée par la question de l’irrigation, alors même que les régions productrices de pommes de terre étaient jusqu’à présent peu concernées par cette problématique », précise Guillaume Lidon, directeur de l’UNPT à Agra Presse.

« Nous sommes inquiets de possibles restrictions à venir », précise le communiqué de presse de l’UNPT. Et d’ajouter que « la culture de la pomme de terre […] ne pourra se faire sans une réelle gestion de l’eau dans les territoires ». Geoffroy d’Evry précise que « les chaleurs extrêmes sont un facteur limitant. La pomme de terre maintient son feuillage en l’état, mais stoppe la croissance du tubercule », entraînant de mauvais rendements dans les zones sans irrigation.

Un bouclier tarifaire pour tous

« En 2022, la production de pommes de terre a été catastrophique », s’est désolé Geoffroy d’Evry. L’année passée, à peine plus de 6 Mt de pommes de terre ont été produites en France, dont 3,1 Mt pour l’industrie, 2,6 Mt pour le marché du frais et 1 Mt pour la féculerie. Face à un recul de 39,2 tonnes par hectare des rendements de pommes de terre – le plus bas depuis 27 ans –, l’UNPT a souhaité évoquer la question du maintien des moyens de productions, parmi lesquels les produits phytosanitaires. « Nous ne voulons pas être dans la même situation que la filière betteravière, avec le retrait de matière active sans solution de remplacement », a averti le président de l’UNPT. Parallèlement, l’union syndicale en a appelé aux pouvoirs publics, et ce pour soutenir la trésorerie des exploitations « les plus fragilisées par la casse climatique de 2022 », et étendre le bouclier tarifaire à toutes les exploitations agricoles raccordées à des puissances supérieures à 36 kVA.

Selon l’UNPT, les coûts de production ont grimpé de 25 à 30 % l’année passée. « Une hausse entamée déjà fin 2021, avec l’augmentation sensible des prix des intrants avant même la guerre en Ukraine, et qui s’est amplifiée par la suite, entraînant l’envolée de l’énergie, du matériel et du gazole », a précisé Geoffroy d’Evry. Pour 2023, ce dernier estime que « les coûts énergétiques de stockage exploseront, avec une hausse moyenne de 500 % des prix de l’électricité dans les contrats proposés ». Or « le stockage des pommes de terre industrielles et de conservation est très consommateur d’électricité ». Les pouvoirs publics ne sont pas les seuls à être sollicités par l’association syndicale. Lors de son AG, cette dernière a encouragé ses partenaires aval à pratiquer une plus juste répartition de la valeur vers les producteurs, notamment ceux de pommes de terre fraîches. Avec le retour des Français dans les restaurants, la consommation à domicile a chuté, confirme le Comité national interprofessionnel de la pomme de terre de conservation (CNIPT). Aussi, l’UNPT souhaite minimiser les transferts de production du marché du frais vers l’industrie.

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Forte demande pour l’industrie

Car la filière est de plus en plus portée par la pomme de terre industrielle. Poussée par l’appétit de l’industrie de transformation, la croissance des surfaces du tubercule s’est poursuivie en 2022, a rapporté l’UNPT. Cette dernière estime notamment que 1,8 Mt de pommes de terre supplémentaires seront nécessaires d’ici deux ans en Europe. « Clarebout Potatoes s’installe à Dunkerque avec le rachat de Mydibel, Aviko a l’ambition de développer ses surfaces avec la mise en route d’une usine à Poperinge [Belgique NDLR], Intersnack avec Vico et Altho avec Bret’s continue de voir la valeur de la chips croître », a rappelé Geoffroy d’Evry, président de l’UNPT.

« Il existe une guerre entre industriels pour sécuriser leurs approvisionnements, au profit des agriculteurs », précise Guillaume Lidon, directeur de l’UNPT, à Agra Presse, et les contrats ont d’ores et déjà été revalorisés pour la campagne 2023-2024. Si Geoffroy d’Evry se félicite de cette « prise de conscience de la part des industriels », il ne cache pas ses incertitudes concernant les choix d’assolement des agriculteurs. « Il est possible que les surfaces de pommes de terre industrie augmentent étant donné les prix, mais nous ne pourrons pas être sûrs de l’information avant avril ou mai », précise Guillaume Lidon, directeur de l’UNPT.

Les producteurs demandent un « accès à l’eau garanti » pour 2023

La filière abonde la recherche et demande du soutien public

À l’occasion de l’assemblée générale du Comité national interprofessionnel de la pomme de terre de conservation (CNIPT) qui s’est tenue le 11 janvier, sa directrice générale Florence Rossillion a annoncé que le GIPT (pommes de terre industrie) et le CNIPT ont doté conjointement l’institut technique Arvalis de plus de 2 M€ en 2023. C’est 500 000 euros de plus que l’an passé. « Une grande partie des recherches visent à diminuer les intrants de synthèse », précise le rapport d’activité 2021-2022 du CNIPT. « Il convient d’anticiper les limitations progressives de produits phytosanitaires pour ne pas les subir », a précisé Florence Rossillion. « Ce n’est qu’au prix de l’anticipation que la filière pourra aborder ces défis. Mais pour cela nous devrons être soutenus par les pouvoirs publics », a ajouté Luc Chatelain, président de l’interprofession. Pour répondre à l’interdiction du chlorprophame (CIPC) en août 2020, la filière s’appuie aussi sur les recherches d’Arvalis, qui « poursuit les évaluations sur des solutions antigerminatives de remplacement avec les sociétés phytosanitaires […] », précise le rapport d’activité 2021-2022.