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Pommes de terre : la France mise sur la compétitivité « qualité »

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La filière française de la pomme de terre et les organismes publics qui l’appuient misent sur des éléments qualitatifs de compétitivité, sur le marché intérieur comme à l’export. Ces éléments, perceptibles au PotatoEurope, salon au champ organisé par Arvalis, qui s’est tenu en Picardie les 14 et 15 septembre, ce sont une segmentation culinaire plus nette pour le consommateur, le raccourcissement des délais, la levée des barrières politiques, tarifaires et sanitaires à l’export.

« La pomme de terre française étant relativement chère, nous essayons de lever les barrières politiques, tarifaires et sanitaires à l’exportation », par exemple vers la Russie, a indiqué Florence Rossillion, directrice du CNIPT, l’interprofession du « frais », lors d’une conférence. Cette volonté d’améliorer la compétitivité par le haut, c’est-à-dire en élevant la qualité plutôt qu’en baissant les prix, est présente à travers une stratégie, la segmentation culinaire. Cette formule propre à la filière française franchira bientôt un nouveau pas avec un accord interprofessionnel pour garantir au consommateur une qualité de pomme de terre « spéciale frite ».

Raccourcir les délais sanitaires

Alors que « l’Allemagne commence à nous talonner » à l’exportation, la filière française fait valoir ses atouts par la qualité du service : « Fidéliser les clients, satisfaire les demandes, pouvoir fournir des flux de qualité régulière dans des conditions adaptées », a énuméré Florence Rossillion. Or, « les conditions d’autorisations sanitaires ou douanières sont souvent des freins ». Le CNIPT, avec la fédération des négociants Fédépom, étudie les potentiels de marché, travaille à l’ouverture de certains marchés, tente de faciliter les démarches et accompagne autant que faire se peut les exportateurs. Ainsi, le CNIPT participe à la présence des pommes de terre françaises sur des salons internationaux.

La filière des plants de pommes de terre cherche aussi avec la filière des semences (Gnis) à raccourcir les délais d’obtention de certificats phytosanitaires, et à régler certains différends sanitaires, avec le Nicaragua, par exemple. Parallèlement, les exportateurs de plants affinent la qualité sanitaire face à des acheteurs d’Afrique du Nord maintenant « professionnels et exigeants », a ajouté Bernard Quéré, directeur de la Fédération française des producteurs de plants.

Plants : des acheteurs demandent la traçabilité

La demande de différenciation se poursuit : Nouri Khamassi, chercheur tunisien à l’Institut national de la recherche agronomique de Tunisie, présent à PotatoEurope, attend de la filière française des plants une traçabilité de ses lots exportés, pour les différencier des lots néerlandais, belges ou allemands, réputés moins indemnes de pathogènes. « Nous importions surtout des plants des Pays-Bas, mais nous nous sommes aussi tournés vers les plants français, notamment bretons, qui ont pris des dispositions rigoureuses face aux maladies », a-t-il témoigné. Mais « nous voudrions aller plus loin en instaurant une traçabilité des lots, du producteur français au planteur tunisien, par des codes-barres sur les sacs de plants, afin d’identifier l’origine des éventuelles maladies », a-t-il plaidé, suggérant des essais dans des « champs de contrôle » en Tunisie.

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Le millier de producteurs français de plants en produit 550 000 tonnes et en exporte 160 000, dont 19 000 tonnes en Algérie, 18 000 tonnes en Égypte, 15 000 tonnes en Tunisie et 10 000 tonnes en Turquie, a précisé Bernard Quéré.

Accord interprofessionnel imminent pour la pomme de terre « spéciale frite »

Les travaux pour élever la qualité se déroulent aussi sur le marché intérieur. L’interprofession de la pomme de terre sur le marché du « frais », le CNIPT, est sur le point de conclure un accord interprofessionnel pour garantir au consommateur une qualité de pomme de terre « spéciale frite », a indiqué Christophe Mallet, directeur de Fédépom, la fédération des négociants en pommes de terre, le 14 septembre au PotatoEurope. Producteurs, négociants et distributeurs sont appelés à s’engager sur des cahiers des charges. « Nous sommes très pro-actifs pour la conclusion d’un tel accord », a-t-il ajouté, insistant sur la volonté de la filière de mettre en place une véritable segmentation des marchés selon l’utilisation culinaire (frite, pommes de terre à l’eau ou au four). Cet accord « quasi-bouclé » contiendra des seuils de teneurs en glucose et matière sèche, a précisé Florence Rossillion.

Export : « L’Allemagne commence à nous talonner »

« La France s’accroche à sa première place d’exportateur européen (à 1,7 million de tonnes de pommes de terre fraîches), mais elle se laisse rattraper par l’Allemagne (à près de 1,7 million de tonnes) », sur le marché du frais, a indiqué Florence Rossillion, graphiques à l’appui. Les exportations françaises « restent en tête vers l’Espagne, l’Italie, le Portugal, le Royaume-Uni, la Grèce, mais se font distancer vers les pays d’Europe de l’Est où les prix sont plus disputés ». En outre, la présence exportatrice allemande est écrasante aux Pays-Bas, montre de façon éloquente un graphique : l’Allemagne a exporté plus de 900 000 tonnes de pommes de terre fraîches à son voisin néerlandais. Les exportations françaises sont certes mieux réparties, sur ses multiples marchés, mais l’Allemagne développe des positions en République tchèque, Autriche, Hongrie, et aussi en Italie.