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Pommes de terre : l’interdiction des anti-germinatifs rebattra les cartes

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L’interdiction prochaine des anti-germinatifs rebattra les cartes de la production de pommes de terre : les pommes de terre seront conservées moins longtemps, ce qui nécessitera des calendriers par région et sans doute aussi la mise en culture dans de nouvelles régions. Le congrès de Fedepom, la Fédération des négociants en pommes de terre, qui s’est tenu les 7 et 8 juin à Nantes, s’en est fait l’écho.

« Nous avons nous aussi notre “glyphosate” », a indiqué Christophe Mallet, directeur de Fedepom, au congrès de son organisation. La Commission européenne compte interdire les anti-germinatifs sur pommes de terre dans un à trois ans. Les remplacer modifiera en profondeur les façons de pratiquer les métiers de la filière de la pomme de terre non transformée. « Il faudra sortir de l’économie du frigo et avoir plus de technicité », a commenté Christophe Mallet. Les moyens de s’adapter sont multiples.

De nouveaux calendriers de récolte, de nouvelles régions de production

Il faudra d’abord recourir à des produits alternatifs à ceux de la chimie. Il faudra ensuite que les obtenteurs sélectionnent des variétés qui ont plus de dormance et moins d’énergie germinative. Cela ne manquera pas de conséquences pour les producteurs : si les pommes de terre germent moins dans les rayons des magasins, elles germeront moins aussi dans les champs. Il faudra également que le consommateur comprenne que les tubercules vont germer un peu plus qu’auparavant quand il les stockera chez lui. « La germination est un processus naturel », a fait remarquer Marc Morellato, président de Fedepom. La filière devra aussi songer à développer la primeur. Celle-ci est cultivée principalement en Bretagne et en Vendée.

On pourra voir surtout émerger une production de pommes de terre qui, sans être des primeurs, seront appelées à être consommées plus vite après la récolte et à moins stationner dans les frigos. Deux leviers sont possibles : un levier variétal et une nouvelle distribution régionale de la culture de la pomme de terre en France. Sur le levier variétal, des calendriers devront être aménagés pour étaler la production selon la précocité des variétés tout au long de la saison. Il pourra en résulter davantage de débouchés de proximité, a évoqué Christophe Mallet. Sur le levier régional, d’autres régions que la Picardie, qui est le bassin traditionnel de la pomme de terre de conservation, pourront se développer pour que les calendriers soient plus étalés : la Bretagne, le Sud-Ouest, le Sud-Est.

Un plan de relance de consommation de la pomme de terre fraîche

Au-delà de la suppression des anti-germinatifs, la filière cherche à réduire les traitements phytosanitaires en général. Mais elle se heurte aux demandes contradictoires du consommateur : il voudrait des produits qui soient moins traités et qui soient bons et beaux en même temps. « Beaucoup de traitements sont effectués pour assurer la qualité visuelle », a indiqué Marc Morellato. Or « le premier critère de l’agréage, c’est la qualité visuelle ». « Nous devons gérer toutes ces demandes contradictoires », a conclu Marc Morellato.

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Sans attendre ces perspectives de plus grande naturalité des produits, Fedepom a annoncé un plan de communication pour la fin de l’année dans le but de capter les sous-consommateurs de moins de 45 ans. Au-delà de ce plan de communication, Gilles Fontaine, nouveau président d’Europatat, la Fédération européenne des négociants de pommes de terre, a présenté un plan stratégique de relance de la consommation de pommes de terre fraîches.

Une des solutions, étaler la production selon la précocité des variétés tout au long de la saison

« Beaucoup de traitements sont effectués pour assurer la qualité visuelle »

Des investissements en perspective, nécessité de recettes stables

La profession devra encore investir en équipements. Les producteurs demandent « l’agréage objectif des lots » de pommes de terre. Il s’agit de se doter d’équipements évaluant de façon incontestable tout ce qui fait souvent l’objet de discussions entre négociants et producteurs : le taux de terre dans les lots, de sucre dans les tubercules, le taux de déchets, leur qualité visuelle, etc. Mais ces instruments sont onéreux. « C’est une raison de plus qui nous incite à demander la mise en place de la contractualisation » entre négociants et distributeurs, a commenté Marc Morellato, président de Fedepom. « Si nous avions une vision à trois, quatre ou cinq ans, chacun d’entre nous pourrait investir dans ces nouveaux outils. Mais les distributeurs ne sont pas chauds pour s’engager sur plusieurs années ».