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Pommes de terre : un débouché de 500 000 tonnes est en train de s’ouvrir

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Un débouché de 500 000 tonnes, voire 600 000 tonnes, est en train de s’ouvrir pour les pommes de terre de transformation (pour les frites et chips et pour la fécule), a indiqué l’Union nationale des producteurs de pommes de terre (UNPT), le 7 janvier, en préparation de son congrès, qui se tiendra le 26 janvier à Arras. Cette perspective donnera plus de latitude au secteur, qui cherche à maîtriser l’importance de sa production en réduisant les surfaces emblavées.

À l’horizon de quatre à cinq ans, les industriels belges et néerlandais de la frite et de la chips sont susceptibles de demander « au moins 300 000 tonnes supplémentaires », a signalé Alain Dequeker, secrétaire général de l’UNPT, lors d’une rencontre avec la presse, avant le congrès du 26 janvier.

Les industriels ouvrent des lignes de production

Plusieurs de ces industriels ont ouvert des lignes de production supplémentaire : c’est le cas d’Ecofrost dans le Hainaut belge, de Clarebout Potatoes, spécialisée dans la transformation de pommes de terre en produits surgelés, de la compagnie américaine Lamb Weston dans le nord des Pays-Bas, qui indique exporter « dans cent pays du monde », et de Lutosa, entreprise belge (rachetée par le groupe canadien McCain), qui revendique sa présence « dans 125 pays ». Ces industriels rencontrent un marché en croissance, et exportent de plus en plus vers la Chine et l’Amérique du Sud, grâce à un euro qui a baissé.

« Le comble serait que l’on engorge les marchés saturés et qu’on ne soit pas capables d’approvisionner les segments qui ont une croissance à deux chiffres »

Dans le même temps, l’industrie de la fécule devrait demander « 200 000 à 300 000 tonnes de plus chaque année », notamment pour les utilisations alimentaires de la fécule pour la fabrication d’ingrédients, a précisé Alain Dequeker.
Après la campagne « catastrophique » 2014/2015, avec des cours effondrés de la pomme de terre, l’UNPT lance un appel à la modération des emblavements.

Une maîtrise plus qualitative des superficies

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Mais alors que, jusque là, l’objectif était « pas plus de 100 000 - 110 000 hectares » de pommes de terre, l’UNPT a opté pour une maîtrise plus qualitative des superficies de pommes de terre. « Produisez pour votre marché », tel est le mot d’ordre. Le pied est mis sur le frein pour les surfaces de pommes de terre destinées au marché du frais, et sur l’accélérateur (avec modération) pour les surfaces destinées à la transformation. « Le comble serait que l’on engorge les marchés saturés et qu’on ne soit pas capables d’approvisionner les segments qui ont une croissance à deux chiffres », a commenté Arnaud Delacour, président de l’UNPT.
Cela signifie emblaver moins de variétés à chair ferme pour le marché du frais, plutôt saturé parce que ces variétés sont sorties en même temps des laboratoires des obtenteurs. Et emblaver davantage en variétés destinées aux frites, chips et fécule, plus demandées qu’avant.
Les surfaces de pommes de terre de conservation (frais + transformation en frites et chips, et excluant la pomme de terre de plants et de fécule) étaient de 121 400 hectares en 2014, année de récolte historique et de campagne pléthorique. Elles sont descendues péniblement à 119 000 hectares en 2015. « Nous sommes dans un contexte agricole négatif : les cours du sucre de betterave sont en berne, ceux des céréales ne remontent pas, l’élevage est en crise. Les producteurs cherchent les productions qui marchent », a souligné Alain Dequeker.

Frais : marché concurrentiel en Italie

Alors que la consommation française intérieure tend à s’éroder, la situation est concurrentielle en Italie sur le frais. « Nos offres sont discutées en Italie, sans doute du fait des offres de nos collègues allemands, qui ont montré leur capacité à exporter vers l’Italie et l’Espagne », selon Arnaud Delacour.
À ce propos, la profession a commandé à FranceAgriMer et au cabinet Idari une étude pour expertiser l’état de la demande européenne. Jusque-là, la profession disposait de données sur l’offre mais peu sur la demande. « Nous voulons nous inscrire dans une stratégie de la demande », a souligné le président de l’UNPT. L’étude devrait être publiée dans le courant du premier semestre de l’année.

Au congrès de l’UNPT : les producteurs et la RSE

Outre les sujets économiques, le congrès de l’UNPT traitera du thème des producteurs de pommes de terre et de la RSE, la responsabilité sociale et environnementale : « Les producteurs de pommes de terre, des acteurs économiques responsables, en région ». Arnaud Delacour a expliqué les grandes lignes de ce thème : « acteurs », car engagés dans les interprofessions pour la performance des filières ; « économiques », car pas de durabilité des exploitations sans compétitivité ; « responsables, en région » car chacun des producteurs s’investit à l’échelon local, régional, national. « Les producteurs de pommes de terre font de la RSE sans le savoir, ils veulent maintenant le faire savoir », a déclaré Arnaud Delacour.
La présence du président de la nouvelle région Nord Pas de Calais-Picardie, Xavier Bertrand, est prévue, ainsi que celle de Xavier Beulin, président de la FNSEA.