Deux élevages porcins appartenant au même agriculteur ont été « suspendus » par la préfecture du Morbihan, après une vidéo de L214 alertant sur leur « état catastrophique ». Ces élevages fournissaient Kermené (Leclerc), qui dit les avoir évincés avant l’enquête de l’ONG.
Le préfet du Morbihan Pascal Bolot a suspendu l’activité de deux élevages de porcs d’un même exploitant, visés par une plainte de l’association L214 pour « mauvais traitements » sur animaux, a annoncé la préfecture le 8 mars. Comme le rappelle l’AFP, une enquête judiciaire a été ouverte après une récente plainte de L214 concernant ces deux élevages qui appartiennent au même éleveur, à Malansac et Trédion ; selon l’association, « [leur] état catastrophique laisse penser qu'[ils sont] à l’abandon ». Sur les images diffusées par L214 le 7 mars, on peut voir des cochons aux plaies béantes, des morceaux de cadavres gisant dans une mangeoire, mais aussi des truies cohabitant avec leurs porcelets morts et portant encore des sondes d’insémination artificielle dans leur système reproducteur.
« La préfecture [du Morbihan] est au courant de la situation depuis presque deux ans », accuse L214, qui exige la fermeture immédiate de l’exploitation. « Cette exploitation a déjà fait l’objet, depuis le mois de mai 2023, de plusieurs inspections par les services de l’État spécialisés », qui avaient été « alertés de la situation de ces élevages » – la dernière visite datait de « novembre 2023 » –, précise la préfecture dans un communiqué. Ces inspections avaient permis d’y constater des « irrégularités » qui, à l’époque, « ne justifiaient pas de mesures de fermeture administrative mais des mises en demeure ». « Afin de vérifier la correction des irrégularités constatées, et indépendamment de la diffusion de la vidéo par L214, une nouvelle visite des sites de Malansac et de Trédion était programmée », ajoute la préfecture. « Menée ce jeudi (7 mars, NDLR) », celle-ci a « fait état de nombreux manquements », tant pour la protection animale que pour la protection de l’environnement, poussant le préfet à suspendre leur activité.
« Une exception », pour la chambre de Bretagne
Les cochons de ces élevages étaient abattus entre autres à l’abattoir Kermené, filiale de E.Leclerc. Michel-Édouard Leclerc, président du comité stratégique des centres E.Leclerc, a dit sur X le 7 mars que l’abattoir a arrêté de travailler avec cet éleveur « depuis plusieurs semaines [à la suite d’une] alerte des responsables de la protection animale de l’abattoir », se félicitant que « les processus internes de détection d’anomalies [aient] été efficaces ». Une décision que « les images de L214 viennent conforter », souligne-t-il. Avant de regretter que « ce type d’élevage sabote le travail de tous les éleveurs » porcins et en « bousille l’image ». « C’est toute la filière viande qui est en train de se mobiliser, ajoute encore le patron de Leclerc. Il faut encore renforcer les contrôles et Kermené va s’y employer. »
Restez au courant en temps réel !
Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.
Lire aussi Porc : lourdes amendes contre un important élevage breton pour maltraitance animale
De son côté, la chambre d’agriculture de Bretagne a réagi dans un communiqué le 7 mars, estimant que l’exploitation mise en cause constitue « une exception » et « n’est en aucun cas le reflet des élevages porcins bretons ». La chambre consulaire « déplore qu’une telle situation puisse exister », tout en insistant sur le fait que « les images diffusées ne doivent […] pas jeter l’opprobre sur l’ensemble des éleveurs ni sur une filière ».
La chambre rappelle qu’il existe des « cellules opérationnelles de prévention de la maltraitance en élevage », qui sont « composées entre autres de la DDPP (préfecture, NDLR), des chambres d’agriculture, des GDS, de la MSA, du conseil départemental ». Leur mission est « d’identifier les situations de détresse des éleveurs et des conséquences sur les conditions d’élevage, la santé et le bien-être des animaux ». La chambre de Bretagne admet que, « dans ce cas précis, la cellule n’a pas été en capacité d’identifier suffisamment tôt la situation dégradée dans cet élevage ». Elle promet « d’en identifier les raisons et d’en tirer les enseignements de façon concertée entre les acteurs concernés par ce dispositif ».