L’interprofession porcine pourrait se prononcer prochainement sur la création de cotisations volontaires obligatoires (CVO) pour remédier aux désengagements récents de la Cooperl, principal opérateur français. Les relations de la coopérative de Lamballe avec le reste de la filière sont au plus bas. Culture viande a notamment déterré une « vieille polémique » réglementaire sur les carcasses odorantes.
Après avoir claqué la porte de l’interprofession porcine en novembre, puis signifié qu’elle ne souhaitait plus être associée au dispositif d’équarrissage ATM Porc géré par Inaporc, la Cooperl a quitté, ces dernières semaines, deux autres organisations professionnelles dont elle était membre, la Fict (salaisonniers) et Culture Viande (abatteurs), a-t-on appris auprès de ces deux structures. Ces départs interviennent alors que l’interprofession discute actuellement de la mise en place de contributions volontaires obligatoires (CVO) en réaction aux désengagements de la coopérative de Lamballe, et à la menace du collège distribution d’Inaporc, qui finance 80 % du dispositif d’équarrissage, d’en faire de même. La première CVO porte sur les cotisations de l’aval (industriels et distributeurs) à l’interprofession. La seconde porte sur l’équarrissage.
Ces projets obligeraient, de fait, la Cooperl à cotiser de nouveau à ces deux structures. Un vote est attendu en conseil d’administration d’Inaporc mercredi 23 juin, qui doit rassembler l’unanimité des collèges pour être validé. Les regards se tournent désormais vers le collège des producteurs. Après avoir quitté la Fict et Culture Viande faute d’y avoir pu faire entendre son avis, la Cooperl est toujours membre de l’union des groupements bretons (UGPVB). Selon son président Michel Bloc’h, cette dernière devrait se positionner d’ici quelques jours. Mais l’éleveur breton confie qu’il a « peu d’espoir » que les groupements votent contre la CVO : « Je comprends que la Cooperl demande des comptes, mais envoyer le dispositif d’équarrissage dans le fossé, ça passe moins bien ». Selon Culture viande, les cotisations liées à l’équarrissage s’élèveraient à 22 millions d’euros, et celles dues par l’aval à Inaporc à 4 millions d’euros.
Dans cette affaire, le président de la Fict, Bernard Vallat regrette que les pouvoirs publics ne soient pas intervenus comme « médiateur ».
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Une « vieille polémique »
Ce contexte tendu explique sûrement en grande partie le contenu du courrier adressé le 8 juin par Culture viande au ministre de l’Agriculture. Alors qu’une partie de la filière porcine a arrêté de castrer les porcelets, et notoirement la Cooperl, occasionnant des odeurs sur environ 1 à 2 % des carcasses, le syndicat de l’abattage-découpe pointe du doigt le fait que, dans les abattoirs concernés, « les viandes issues de ces carcasses [odorantes] ne sont pas aujourd’hui retirées du circuit de la consommation humaine alors qu’elles devraient l’être ». Une « vieille polémique », commente Bernard Vallat, ancien de l’OIE et de la DGAL. Culture Viande fait référence à la réglementation européenne (UE2019-627) sur les contrôles vétérinaires en abattoirs, qui considère les viandes fraîches « impropres à la consommation humaine » si elles présentent « des altérations pathologiques ou organoleptiques, notamment une odeur sexuelle prononcée ».
Dans une lettre datée du 17 février, la DGAL confirme aux abatteurs que cette disposition s’applique bien aux cas liés à l’absence de castration des porcs mâles. Mais « en pratique, en France, cette obligation n’est pas appliquée », commente Bernard Vallat. « Comme les textes font état d’une concentration, se pratique un principe de dilution » des viandes odorantes dans d’autres lots. « C’est ce qui semble être largement pratiqué », estime le patron des salaisonniers. Interrogé par Agra Presse, Patrice Drillet, le président de la Cooperl, estime être dans la légalité : « Nous les retirons uniquement de la viande fraîche, car cela peut générer une odeur lors de la cuisson. » Et d’évoquer un courrier qui « n’est pas à la hauteur des enjeux ». Selon le service de communication de la Cooperl, la majorité de ces carcasses sont destinées à l’alimentation animale et à l’export. Mais selon Culture viande, aucune viande de mâles castrés n’est actuellement commercialisée sur le marché du pet food. Suite au prochain épisode.