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Porc : la Chine réveille les marchés

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En berne depuis plusieurs mois, les cours du porc grimpent en flèche chez les principaux pays exportateurs, sous la pression des acheteurs asiatiques. Comme attendu, le ministère de l’agriculture chinois rapporte un cheptel en chute en février, en raison des dégâts de la peste africaine porcine (PPA). L’administration américaine prévoit une hausse des importations chinoises de 33 % sur 2019.

Ce qui était annoncé depuis plusieurs mois se manifeste enfin. La demande chinoise augmente sous la pression de la PPA, devenue incontrôlable dans l'Empire du milieu. L'effet se fait ressentir au cadran de Plérin, où la cotation hebdomadaire a subi, le 28 mars, une troisième hausse consécutive de 5 cents/kg, le maximum permis par son règlement, pour atteindre 1,333 euro le kilo. Même s’il faut rappeler que les cours du porc repartent chaque année à la hausse à la faveur du printemps, ce redémarrage est exceptionnel, d’autant qu’il suit plusieurs mois de complète stagnation des cours.

Le même phénomène s’est produit partout en Europe cette semaine (« + 10 cents en Allemagne, +8 cents aux Pays-Bas, + 10 cents en Autriche, +7 cents au Danemark »), mais également aux États-Unis, malgré les tarifs douaniers. Le marché au comptant américain a affiché une hausse de 15,3 %, ce qui « ne s’était pas vu depuis 2002 », estiment les analystes québecois du CDPQ. Ils rappellent tout de même que ce prix demeure « bien en deçà de la moyenne 2013-2017. »

Des besoins « semble-t-il impressionnants »

La raison est simple : les Chinois, qui consomment et produisent la moitié du porc mondial, sont aux achats. « Les besoins en viande de porc du géant chinois sont, semble-t-il, impressionnants », constatent les analystes du marché du porc breton, dans leur note du 1er avril. « L’ampleur des volumes pousse d’autres grands pays importateurs (Corée du Sud, Japon…) à augmenter leurs propres achats afin de constituer des stocks dans la crainte d’une éventuelle pénurie mondiale. » Une crainte d’autant plus forte que les stocks chinois ne sont pas bien connus des experts.

Il faut dire que la PPA semble faire des ravages en Chine. Selon le ministère chinois de l’Agriculture, en février 2019, le cheptel porcin de la Chine aurait chuté de près de 16,6 % par rapport au même mois en 2018, rapporte le CDPQ. Une baisse qui se retrouve également dans le nombre de truies (-19 %). Selon les prévisions de l’administration américaine (USDA), les inventaires de porcs chinois à la fin de 2019 se chiffreraient à 374 millions de têtes (-13 % par rapport à 2018).

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Des importations chinoises attendues en hausse de 33 %

« Toute la question réside dans la consommation chinoise. À court terme, les Chinois mangeront-ils moins de porc en raison des prix ? À long terme, cela va-t-il accélérer le transfert vers la volaille ? », analyse Elisa Husson, en charge du suivi des marchés à l’Ifip. C’est en effet le solde entre la consommation, la production et les stocks, qui déterminera le niveau des importations chinoises. Selon l’USDA, la production chinoise de viande de porc sera en recul de 5 % en 2019, et la consommation reculerait de 4 %. Sont prévues des importations de plus de deux millions de tonnes (+ 33 %) d’ici la fin de 2019, soit des niveaux comparables à ceux de 2016.

À condition que la France reste indemne de PPA, ou qu’elle conclue à temps un accord de zonage régional avec la Chine, les producteurs de porcs français sont bien partis pour vivre un second semestre 2019 radieux, du même type que celui qu’ils avaient vécus au second semestre 2016. D’autant que la production européenne est en baisse en 2018, en particulier en Allemagne, mais à l’exception de l’Espagne, ce qui n’est pas nouveau, et de la France, ce qui n’est plus arrivé depuis le début des années 2000.

Aux États-Unis, une hausse des cours qui « ne s’était pas vue depuis 2002 »

La consommation chinoise devrait reculer de 4 % en 2019 selon l’USDA