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Porc : la PPA à nouveau aux portes de la France

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Détectée à l’ouest de l’Allemagne le 25 mai, la peste porcine africaine (PPA) n’est plus qu’à 6 km de la France. Si elle venait à passer la frontière, la maladie aurait de graves conséquences pour une filière porcine déjà en difficulté.

Rebelotte ! Après la frontière belge il y a quatre ans, la peste porcine africaine (PPA) réapparait cette fois à la frontière allemande. Un foyer a été détecté dans un élevage en Allemagne, à 6 km de la France, a annoncé le ministère de l’Agriculture le 26 mai. Cette ferme se trouve à Forchheiem am Kaiserstuhl, à moins de 40 km de Colmar, et compte 35 porcs élevés en plein air. Après des premières mortalités à partir du 19 mai, la maladie a été confirmée par le laboratoire allemand de référence le 25 mai. Les animaux restants ont été abattus le même jour.

C’est le « premier cas mis en évidence à la frontière occidentale de l’Allemagne […] de l’autre côté du Rhin », précise le ministère, qui a ouvert une cellule de crise avec « l’ensemble des professionnels et services de l’État ». Aucun autre cas n’était recensé à l’heure où ces lignes sont écrites, y compris dans la faune sauvage, sous surveillance.

Les activités humaines suspectées

Ce nouveau foyer est très éloigné des autres cas recensés en Allemagne (plus de 2 400 depuis juillet 2021), presque tous situés près de la frontière avec la Pologne, à l’est du pays. Vu cette distance, une transmission par les activités humaines est « l’hypothèse la plus probable », rapporte la plateforme française d’épidémiosurveillance en santé animale (ESA). D’autres éléments plaident pour ce postulat. D’après le média spécialisé Top Agrar (article en allemand), l’élevage touché est « exemplaire » en termes de biosécurité : il est par exemple équipé d’une double clôture et d’un sas d’hygiène. « C’est une ferme qui fait de la vente directe de viande et de légumes, précise Jeff Trébaol, vice-président de la FNP (producteurs de porcs, FNSEA). Elle est donc ouverte à la population et aux salariés. » D’après cet éleveur finistérien, le foyer est situé dans un important bassin de production d’asperges, qui draine de nombreux saisonniers en provenance notamment d’Europe de l’Est.

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Dans les zones de protection (3 km) et de surveillance (10 km) mises en place par les autorités allemandes, on compte 56 fermes avec un total de 700 cochons, d’après le site spécialisé Pig Progress (article en anglais). Les mouvements d’animaux et de produits porcins y sont interdits. Mais les pouvoirs publics redoutent aussi une contamination des sangliers alentour, qui pourraient gagner la France en traversant le Rhin.

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Recenser les petits détenteurs

Dans l’Hexagone, le ministère de l’Agriculture a déclenché le plan de prévention de la PPA élaboré en février. « Dans un premier temps, on va répertorier tous les élevages des départements frontaliers, à savoir le Haut-Rhin et le Bas-Rhin », explique Jeff Trébaol. D’après l’élu de la FNP, « on a la même difficulté qu’en Paca », proche de l’Italie, également touchée par la PPA : « recenser tous les petits détenteurs qui ont un, deux ou trois porcs pour leur consommation personnelle. » Autre mesure : la vérification du respect des règles de biosécurité, qui « sont généralement suivies dans les élevages professionnels en filières organisées », selon M. Trébaol.

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Avec 1,3 % des abattages nationaux (309 000 porcs en 2020), la région Grand Est constitue un bassin de production modeste à l’échelle hexagonale. Toutefois, comme l’avaient montré les simulations de l’Ifip, les conséquences économiques se comptent en centaines de milliers d’euros pour un élevage foyer, et en dizaines de milliers pour les exploitations soumises aux restrictions de mouvements d’animaux. La plus grosse crainte pour la filière reste une migration de la maladie vers l’ouest, sachant que la PPA peut faire des « bonds » de plusieurs centaines de kilomètres quand elle est véhiculée par les activités humaines (p. ex. déchets alimentaires consommés par les sangliers). En cas de progression de maladie, le vice-président de la FNP appelle à « instaurer une clôture », comme en 2018 à la frontière franco-belge.

Choc amorti par l’accord de zonage

Si la France est touchée par la peste porcine africaine, « le scénario de la régionalisation pour les exportations vers la Chine s’appliquera immédiatement », rappelle Jeff Trébaol. Fin 2021, Paris et Pékin ont signé un accord permettant aux départements indemnes de continuer à exporter, même en cas de survenue de la maladie sur le territoire français. La Chine, premier débouché français à l’export (59 % des exportations en 2021), est le seul État à avoir signé un tel avec accord. Ce n’est pas le cas pour les autres pays asiatiques (20 % des exportations). L’accord de régionalisation devrait donc amortir le choc, mais « il peut y avoir des conséquences » sur le marché et le revenu des producteurs, craint Jeff Trébaol. Alors que les éleveurs de porcs subissent déjà depuis plusieurs mois une flambée de l’alimentation animale, exacerbée par la guerre en Ukraine, « on n’a pas besoin de ça maintenant », souffle-t-il.

Un élevage de 35 porcs plein air, à la biosécurité « exemplaire »

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