La peste porcine africaine (PPA) s’est faufilée cet été en Chine, pays qui produit un porc sur deux dans le monde. Quatre cas ont été recensés depuis le 3 août, dont trois dans le grand Est du pays, où se situe la production porcine. La PPA est dans le monde l’une des maladies animales les plus difficiles à contrôler.
C’est désormais acté, la peste porcine africaine (PPA), maladie très contagieuse et mortelle pour les porcs – sans danger pour les humains – a fait une percée éclair dans l’Empire du milieu, où est consommé et élevé un cochon sur deux dans le monde. C’est la première incursion connue en Chine de cette maladie virale, depuis sa première description au Kenya dans les années vingt.
Une arrivée redoutée depuis plusieurs mois par les autorités chinoises pour ses conséquences socio-économiques potentiellement ravageuses, mais attendue depuis le saut du virus de l’Afrique vers le continent européen en 2007, d’abord en Géorgie, puis en Europe de l’Est et dans toute la Russie, d’où il a probablement atteint la Chine. La France est exempte de cette maladie, contenue aux portes orientales de l’Allemagne. Mais les éleveurs de porc français la connaissent bien pour avoir subi un embargo russe sur les porcs européens en 2014, après l’arrivée de ce virus dans les pays baltes.
« C’est l’une des maladies animales les plus difficiles à contrôler », selon une récente étude de chercheurs européens en santé publique vétérinaire. Le taux de mortalité parmi les animaux contaminés peut atteindre 100 % selon les souches. Et il n’existe ni vaccin efficace, ni médicament vétérinaire contre cette maladie, selon cette même étude. La maladie se transmet de « groin à groin » par les tiques ou par les déchets de cuisine à base de porc contaminé. Une fois détectée, le moyen de lutte connu implique la mise à mort des animaux. En Chine, quelque 24 000 porcs ont déjà été abattus.
« Il est possible qu’il soit déjà trop tard pour bloquer l’expansion »
Son périple dans l’Empire du milieu a commencé par un premier cas le 3 août, dans une province de l’extrême nord-est du pays, non loin de la frontière nord-coréenne. Ce cas aurait pu rester isolé. Mais Pékin en a déjà signalé trois nouveaux, à plusieurs centaines, voire milliers, de kilomètres au sud du premier cas. Ce qui fait pencher les spécialistes pour une dispersion du premier cas par les routes commerciales – même si nul ne sait encore si ces trois cas sont liés. D’autres signalements de ce type à travers le pays confirmeraient cette hypothèse.
« C’est une phase très délicate, commente Timothée Vergne, maître de conférences en santé publique vétérinaire. Il est possible qu’il soit déjà trop tard pour bloquer l’expansion des premiers cas à d’autres régions chinoises. » Pour cet expert de la PPA, « sa progression en Chine dépendra de la densité de production et de l’efficacité des mesures sanitaires ». La densité de la production porcine chinoise, concentrée essentiellement dans l’est du pays, est « très importante », sans commune mesure avec celle de la Russie voisine, et fait craindre une extension rapide.
Mais jusqu’ici, « les services sanitaires chinois ont été très réactifs, et ils sont capables de mettre en place des mesures sanitaires draconiennes ». Une analyse partagée par les économistes du CDPQ au Canada. Pour preuve, suite au troisième cas, quelque 14 500 porcs auraient été abattus dans une zone de quarantaine. Et les autorités locales ont inspecté quatre millions d’autres porcs dans les alentours de la ville.
« Tout dépendra du montant des indemnités et de la confiance des éleveurs »
Pour Timothée Vergne, « tout dépendra du montant des indemnités versées aux éleveurs chinois et de la confiance que ceux-ci accordent aux autorités ». C’est notamment le problème qu’a rencontré la Russie, dont les producteurs auraient souvent tardé à signaler cette maladie. Voire pire, rapporte le vétérinaire : dans certains pays d’Afrique où le virus est devenu endémique, les producteurs ont parfois vendu leurs animaux aux premières suspicions de maladie, au lieu de les signaler aux autorités vétérinaires.
En Chine, deux inconnues importantes subsistent : la présence mal connue des sangliers, potentiels vecteurs et réservoir sauvage de la PPA. Mais aussi l’importance du commerce de porcs entre provinces chinoises, autre vecteur important de dissémination, dont les chercheurs en santé publique vétérinaire connaissent peu de chose. Le deuxième cas, celui de vendredi, laisse penser que d’importantes routes commerciales existent entre les différentes régions chinoises productrices de porc, toutes situées dans la moitié orientale du pays ; la trentaine de cochons déclarés morts de PPA avait parcouru plus de 2000 kilomètres, depuis la frontière nord orientale, non loin de Vladivostok, avant de se faire abattre dans la province du Henan, dans le centre-est du pays.
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Comme souvent, les épidémies de maladies animales assurent des revenus confortables aux pays producteurs qui en sont exempts. C’est le cas de la France qui pourrait profiter des remous causés par la PPA sur le marché mondial. Jusqu’ici, le virus menaçait deux des principaux pays producteurs mondiaux de porc, la Chine et l’Allemagne. Des deux, c’est la Chine qui a été contaminée la première, et c’est potentiellement une bonne nouvelle pour les éleveurs français, si le virus continue à se disséminer. À l’inverse, la contamination de l’Allemagne aurait des conséquences beaucoup moins prévisibles pour les éleveurs français.
Il n’existe ni vaccin efficace, ni médicament vétérinaire contre cette maladie
« Les services sanitaires chinois ont été très réactifs »
Une présence très mal connue des sangliers en Chine
Titre commun pour les deux graphiques : "Des cas concentrés à l’est, dans la zone de production porcine chinoise"
« Il est très difficile de faire des scénarios de prix » (Robert Hoste, économiste)
« Il est très difficile de faire des scénarios de prix, analyse l’économiste de l’université de Wageningen, Robert Hoste. Faisons l’hypothèse – cela reste une hypothèse – d’une baisse de production de 5 % en Chine. Alors les prix chinois pourraient atteindre les niveaux de 2016. L’Europe pourrait alors jouer un rôle d’autant plus important dans l’approvisionnement que les États-Unis ont entamé une guerre commerciale avec la Chine. Cela signifie que les prix pourraient atteindre en Europe le même niveau qu’au second semestre 2016 et au premier semestre 2017 ». À long terme, « ces foyers pourraient être utilisés comme une incitation très positive à améliorer la situation sanitaire en Chine », prédit Robert Hoste. « En définitive, cela devrait aboutir à une industrialisation plus profonde de la production porcine chinoise ».
Plus de 110 000 porcs atteints de PPA abattus en Roumanie
En Roumanie, la PPA a justifié l’abattage de 110 000 porcs ces dernières semaines. Au total, 645 foyers de cette maladie ont été recensés, selon un rapport officiel diffusé le 10 août. « Le problème le plus grave est qu’on n’arrive pas à prendre les devants et que nous agissons uniquement après qu’un foyer est détecté », a indiqué Mary-Eugenia Pana, responsable de l’Association des éleveurs de porcs de Roumanie.