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Porc : l’arrivée de la PPA en Allemagne serait un « Fukushima du cochon »

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L’arrivée de la peste porcine africaine (PPA) en Allemagne provoquerait un effondrement des cours du porc en Europe. Un scénario probable, et même attendu par les professionnels, mais pas « inéluctable », selon le ministère de l’Agriculture qui va bientôt lancer, à l’instar de l’Allemagne, une campagne de sensibilisation des chauffeurs routiers.

Reprenant l’expression d’un analyste allemand, le directeur du marché du porc breton (MPB), Pascal Duot, estime que l’arrivée de la peste porcine africaine (PPA) en Allemagne engendrerait un « Fukushima du cochon » en Europe. Venue de Géorgie, la maladie progresse vers l’ouest en Pologne, et menace le 2e producteur européen, l’Allemagne. « Ce serait une très mauvaise nouvelle, notre cours dévisserait, car les Allemands ne pourraient plus exporter vers les pays tiers ». Et de préciser : « On pourrait se dire que les industriels français prendraient la place des Allemands à l’export, mais ils n’en ont ni les moyens, ni l’envie, ils ne voudront pas perdre leurs clients en France. En revanche, les Espagnols pourront le faire ». Une analyse corroborée par les abatteurs de Culture viande : « Ce serait un cataclysme, un raz-de-marée, analyse Paul Rouche. L’Allemagne exporte 800 000 tonnes de porc vers les pays tiers. Personne ne peut reprendre ces tonnages du jour au lendemain, tout le monde est presque à son maximum. Même l’Espagne ne pourrait pas envoyer beaucoup plus ; eux aussi ont leurs clients habituels en Corée, ou au Japon, qu’ils ne lâcheront pas comme ça. »

Le scénario n’est pas « inéluctable »

« Quand on parle avec les responsables sanitaires, ils ne disent pas qu’ils ne savent pas si ça arrivera ou non, mais qu’ils ne savent pas quand ça arrivera, avertit Paul Rouche. Nous avons demandé à l’Union européenne de renforcer les choses, mais c’est compliqué ». Au ministère de l’Agriculture, on est un peu moins alarmiste : « Aucun scientifique ne se risquera à dire si oui ou non la maladie arrivera en Allemagne. Il est difficile de dire que la progression est inéluctable, ce serait très pessimiste ; la peste porcine ne se propage pas comme la fièvre aphteuse. Mais nous ne nous risquerons pas à dire qu’il n’y a aucun risque ». La filière porcine française demande notamment l’arrêt des importations de sangliers en provenance de pays contaminés. Mais le ministère de l’Agriculture s’y refuse, arguant que la réglementation européenne n’autorise de restrictions qu’en provenance des régions précisément concernées.

Les filières européennes peuvent nourrir un espoir un peu cynique : celui que la maladie contamine la Chine avant qu’elle ne contamine l’Allemagne. Cela pourrait provoquer à l’inverse une flambée des prix mondiaux.

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Les industriels français n’ont ni l’envie ni les moyens de prendre la place des Allemands à l’export

La filière porcine française demande l’arrêt des importations de sangliers en provenance de pays contaminés

PPA : Paris prépare une campagne pour sensibiliser les chauffeurs routiers

À l’instar de la campagne qu’a présentée le ministère de l’Agriculture allemand cette semaine, le ministère de l’Agriculture français prépare une campagne d’affichage sur les voies autoroutières pour prévenir l’introduction de la peste porcine africaine (PPA) par les déchets de cuisines. Cette campagne vise à sensibiliser les chauffeurs routiers, en particulier les chauffeurs originaires d’Europe de l’Est, au risque de contamination de la faune sauvage (sangliers) par les déchets de cuisine contenant des produits porcins. Cette campagne devrait être diffusée d’ici un mois en plusieurs langues. Depuis quelques années, la peste porcine africaine (PPA) progresse, depuis l’est de l’Europe vers l’ouest, de plusieurs façons : de « groin à groin », par les tiques et par les déchets de cuisine, explique le ministère. Les déchets de cuisine sont le mode de contamination soupçonné d’avoir permis l’arrivée de la maladie en Géorgie, et plus récemment en République Tchèque.