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Porc : les principales baisses de cheptel se trouvent en Europe de l’Est

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Après plusieurs années de hausse de production portée par l’Espagne, le cheptel européen de truies s’oriente à la baisse depuis l’été et un premier bilan peut être tiré de cette séquence de surproduction ; les principales diminutions du cheptel se trouvent en Europe de l’Est, et dans le sud de l’Allemagne. À la suite du répit de 2016, l’année 2017 s’annonce périlleuse pour les producteurs européens : tous les regards sont tournés vers la Chine, qui représente désormais près de la moitié des exportations de viande porcine de l’UE.

Comme prévu, le cycle du porc européen change de phase ; l’heure est bientôt à la décrue de la production – même si la demande chinoise ralentit le phénomène. Le cheptel européen de truies commence à diminuer, premier signe d’une baisse de production à venir. Il baisse à la faveur d’arrêts (ou de diminutions) d’activité partout en Europe, décidés par des éleveurs qui ne peuvent plus supporter les prix bas de ces dernières années. « C’est la suite logique de l’absence de rentabilité, notamment sur la partie naissage, résume le directeur du marché du porc breton (MPB), Jean-Pierre Joly. La demande de la Chine qui a soutenu les prix depuis le début de l’année arrive trop tard par rapport à la décapitalisation ». Selon le recensement du mois de mai (collecté par Eurostat sur 92 % du cheptel européen), le nombre de truies reculerait de 3,9 % sur l’année 2016.

L’Europe de l’Est en recul

À regarder l’évolution des cheptels, les principaux perdants se trouvent en Europe de l’Est ; la Pologne perdrait 15,8 % de son cheptel de truies et la Hongrie 7 %. « Avec les informations limitées dont nous disposons, nous observons que ce sont encore les pays de l’Est qui réduisent le plus leur cheptel de truies », observe l’économiste néerlandais Robert Hoste. Dans des pays qui n’ont pas encore actualisé leurs cheptels comme l’Estonie ou la Slovaquie, ceux-ci avaient baissé respectivement de 27 et 19 % entre décembre 2015 et décembre 2014. Le phénomène n’est pas nouveau, explique-t-il : entre 2004 et 2015, la part des treize nouveaux pays membres dans le cheptel de truies européen est passée de 22,6 à 16,4 %.

Le sud de l’Allemagne en souffrance

L’Allemagne est également un des gros perdants en 2017 ; elle perdrait 4,8 % de ses truies sur 2016 (contre -2,7 % en France), principalement dans les régions de naisseurs-engraisseurs au sud du pays (Bavière et Bade-Wurtemberg). « Le cheptel s’effondre notamment dans le sud où il y a encore des petits producteurs », observe l’économiste de l’Ifip Estelle Antoine. Même l’Espagne est en baisse de 1,4 % mais surtout par des arrêts de petits producteurs indépendants, et non d’ateliers fonctionnant en système d’intégration qui ont nourri la hausse ces dernières années, rapporte Jean-Pierre Joly.

Meilleure productivité par truie

Toutefois, ces fortes baisses de cheptel sont à relativiser pour deux raisons, expliquent les économistes du porc : la première, c’est qu’elles sont généralement compensées par l’augmentation de la productivité des truies, estimée entre 1,5 et 2,5 % par an en fonction des sources, et qui s’accélère traditionnellement en période de prix bas ; ainsi une baisse du cheptel de truie de 3,9 % en Europe n’induira pas forcément une baisse de production équivalente six mois plus tard. La production européenne est d’ailleurs annoncée stable sur l’ensemble du premier semestre 2017 (-0,2 %) ; elle augmente en Espagne (+4 %) et aux Pays-Bas (+1 %) et baisse en Pologne (-4 %), au Danemark (-1,5 %) et en Allemagne (-3 %), où cependant un retour à la hausse est déjà prévu pour le second semestre 2017.

Augmentation des flux de porcelets

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En France, le ministère de l’Agriculture annonce une baisse de 2,5 % de la production porcine française (en têtes) au dernier trimestre 2016 et de 2,9 % au premier semestre 2017, dans une note de conjoncture parue le 12 octobre. Une prévision jugée pessimiste par certains analystes, justement parce qu’elle n’intégrerait pas assez les gains de productivité. Ainsi le néerlandais Robert Hoste ne s’attend pas « à une réduction sérieuse de la production européenne en 2016 », alors que le cheptel de truies est annoncé en baisse de 3,9 %.
La deuxième raison qui doit faire relativiser les baisses de cheptel dans certains pays, c’est que les porcelets peuvent être importés d’un pays étranger. C’est notamment le cas de la Pologne et de l’Allemagne qui importent de plus en plus de porcelets depuis le Danemark ou les Pays-Bas. Ainsi, une baisse du cheptel impressionnante comme en traverse la Pologne n’induira pas forcément une baisse de production de la même ampleur.

Les cours s’orientent à la baisse

Pour Jean-Pierre Joly, cette baisse de cheptel en Europe explique en partie la très bonne tenue des cours depuis le printemps ; la surprenante demande chinoise ne commande pas encore complètement les cours européens. D’ailleurs, le cours du marché du porc breton de Plérin (MPB) a fini par reprendre son cycle annuel rythmé par les fluctuations de la consommation européenne, en prenant une orientation baissière depuis trois semaines (-10,5 centimes depuis fin septembre). Cette baisse est par ailleurs accentuée par la concurrence accrue des Nord-Américains. Traditionnellement le cours du porc se replie à partir du mois de septembre avant de repartir à la hausse au printemps ; en 2016, la forte demande asiatique a permis de maintenir des cours élevés plus longtemps que les années précédentes.

Les principaux exportateurs mondiaux en hausse

Selon les éléments connus aujourd’hui, l’année 2017 ne promet pas d’être aussi clémente que 2016. Pour une première raison, c’est que les principaux pays exportateurs dans le monde sont en phase de croissance de leur production. « 2017 sera une année d’offre forte », résume Estelle Antoine. En Amérique du nord, l’offre de porc atteint des records et est annoncée en hausse de 2,5 % pour 2017, tandis que le cheptel canadien poursuit en 2016 sa croissance engagée depuis 2013, rapporte l’Ifip dans sa note de conjoncture du mois d’octobre. Les cheptels russes et brésiliens étaient également en hausse respectivement de 6 et 2 % en 2016. Le hasard fait que l’Europe est actuellement le seul grand continent producteur en phase de décapitalisation, bien que légère.

La Chine représente près de la moitié des exportations de l’UE

La deuxième raison de craindre 2017 est évidente, c’est l’évolution de la demande chinoise qui a pris une place prépondérante dans les débouchés de l’Union européenne (47,7 % des exports de l’UE sur le premier semestre 2016, en progression de +106 %). La Chine a pris une si grande importance qu’elle « gomme toute analyse sur les cheptels européens », résume Jean-Pierre Joly. Les observateurs s’accordent pour dire que la demande chinoise en Europe a atteint un plateau – elle a reculé en juillet pour la première fois depuis le début de l’année. « Les exportations de porc vers la Chine ne dureront pas », a lancé Paul Rouche directeur délégué de Culture Viande, lors de l’assemblée générale du syndicat des industriels de la viande, le 11 octobre. Mais personne ne se risque à prédire la vitesse de leur décrue.