Les exportations brésiliennes de porc continuent leur progression grâce à la demande affermie du marché russe. La dévaluation du real brésilien à la mi-2015 y contribue aussi. Les États du sud du Brésil se spécialisent dans l’export tandis que le nouveau bassin de production situé au Centre-Ouest du pays fournit surtout le marché intérieur.
Selon l’association brésilienne de la protéine animale (ABPA), qui représente les industries avicole et porcine du pays latino-américain, la production de porc y a augmenté de 1,44 % en 2015 pour atteindre 3,52 millions de tonnes (Mt), tandis que la production de poulet a stagné à 10,26 Mt (+ 0,29 %). L’ABPA note aussi un plus grand dynamisme à l’export de la filière porcine (+ 4 %, à 520 000 t) que du côté de la filière avicole (+ 1 % à 1,9 Mt). L’embargo imposé par Moscou sur les aliments issus de l’Union européenne et des États-Unis dans le contexte du conflit armé en Ukraine a favorisé les exportateurs de porc brésiliens. Ouvert à eux depuis 2001, le débouché russe a signifié, l’an dernier, près de la moitié de leur commerce extérieur : 44,6 % avec des importations de 243 600 t sur un total de 550 000 t. La demande russe de porc brésilien a ainsi été en hausse de 30,6 % par rapport à l’année précédente et ne faiblit pas en ce début d’année. Selon l’ABPA, les achats russes, en janvier dernier, ont compté pour 35 % des 47 100 t de porc exportées depuis le Brésil ce mois-là, un volume lui-même en hausse de 63 % par rapport à janvier 2015.
Franchir la barrière des 600 000 t
Les exportations de porc du Brésil sont relativement stables autour d’un demi-million de tonnes depuis une décennie. À trois reprises seulement, en 2005, 2007 et 2009, le Brésil a exporté plus de 600 000 t. De 2012 (581 000 t) à 2013 (517 300 t), puis en 2014 (505 000 t), les envois ont diminué, mais ont connu un regain en 2015 (550 000 t) qui devrait se poursuivre en 2016 et permettre à la filière de franchir à nouveau la barre symbolique des 600 000 t. « Les exportations vers la Russie continuent d’augmenter en février, informe Dirceu Talamini, le directeur du centre de la recherche agricole publique Embrapa-Concôrdia, spécialisé dans l’élevage de porc, à Santa Catarina. La dévaluation du real brésilien depuis août dernier favorise les exportateurs qui, malgré la baisse du prix du porc à l’export en dollar, ont conservé leur rentabilité ».
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« La Chine est devenue cette année un autre débouché intéressant pour le porc brésilien suite aux accords bilatéraux noués avec le pays asiatique, ces dernières années, qui lui donnent un accès préférentiel au soja et au maïs produit au Brésil, en contrepartie de quoi le Brésil a un accès direct au marché chinois des viandes », explique Dirceu Talamini. Les chiffres de l’ABPA le confirment : si les exportations de porc vers Hong-Kong ont progressé de 88 % en janvier pour atteindre 13 800 t, celles destinées à la Chine restent modestes à 1 600 t mais sont en hausse de 4 000 % par rapport à janvier 2015. En revanche, Dirceu Talamini se fait peu d’illusion sur une éventuelle ouverture du marché européen au porc brésilien. « La Politique agricole européenne continuera d’être protectionniste en justifiant ses barrières douanières par des raisons de bien-être animal et de sécurité alimentaire, même si la raison véritable tient à l’écart des coûts de production de part et d’autre de l’Atlantique », dit-il. Les ambitions du Brésil à l’exportation de porc s’affichent surtout en Asie. Les accords bilatéraux axés sur le commerce agricole signés avec la Chine le prouvent, tout comme l’accord sanitaire scellé le 5 janvier dernier avec la Corée du Sud qui a autorisé l’importation de porc provenant de l’État de Santa Catarina, une première au Brésil. Le statut sanitaire de zone indemne de fièvre aphteuse sans vaccination dont jouit Santa Catarina, à la différence des autres États du Brésil, lui permet déjà d’exporter vers le Japon.
Le Centre-Ouest pour le Brésil, le Sud pour l’export
Selon Dirceu Talamini, l’offre brésilienne a trouvé un certain équilibre avec une meilleure répartition des rôles des deux grands bassins de production que sont le Sud et le Centre-Ouest du pays. « Ce dernier, qui englobe notamment les États du Mato Grosso et de Goias, fournit surtout le marché intérieur, tandis que les États du Sud (Rio Grande do Sul, Santa Catarina et Paraná) se spécialisent dans l’exportation, au premier rang desquels Santa Catarina dont les quelque dix mille élevages de truies ont apporté l’an dernier 27 % de la production nationale et 37 % des exportations avec 190 000 t, selon l’ABPA. Les autorités russes encouragent la production nationale de porc avec le projet de devenir autosuffisant, à l’instar de la filière avicole russe qui a réussi à dégager des excédents pour l’export l’an dernier. Mais selon Dirceu Talamini, ni la Russie ni la Chine ne disposent des ressources naturelles et du climat pour produire régulièrement des viandes blanches au niveau de leurs besoins et à un coût comparable à celui produit sur le territoire brésilien.