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Porc : l’interprofession envisage une charte pour rassurer les consommateurs

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L’interprofession porcine est à l'initiative d'une charte pour mettre en avant les pratiques des éleveurs de porcs français et rassurer les consommateurs sur les thématiques du bien-être et des antibiotiques. À l’occasion de son assemblée générale, la filière a continué de débattre de l’opportunité de faire monter en gamme les porcs sous logo Porc français, pour imposer des barrières à l’entrée sur le marché français, à la manière du cahier des charges allemand QS. Il faudra trouver le bon dosage. Deux scénarios opposés font peur aux opérateurs : une montée en gamme collective trop forte, comme le fut celle du porc anglais, ou absente, comme pour l’agneau français. Dans les deux cas, la production nationale s’est trouvée marginalisée sur son territoire.

À l’occasion de son assemblée générale le 27 juin, l’interprofession porcine (Inaporc) a annoncé le lancement prochain d’une charte intitulée Porc respect confiance, visant à rassurer les consommateurs, dans un contexte de baisse de la consommation de viande et de scandales sur le bien-être animal. La démarche a été validée par le conseil d’administration d’Inaporc il y a environ un mois. Elle « a pour objet de mettre en valeur les bonnes pratiques du porc français », précise à Agra presse son président Guillaume Roué. Pas de montée en gamme donc.

Cette charte pourra faire l’objet d’un étiquetage (« labelling »), et sera « complémentaire » du Contrat d’avenir sociétal construit par les groupements de producteurs de porcs bretons (UGPVB) avec Coop de France, et qui avait jusqu’ici échoué à mobiliser la grande distribution. La charte pourrait couvrir des thématiques larges, allant du bien-être des animaux à l’alimentation.

Le secrétaire général de la FNP Mickael Guilloux a salué cette initiative, et demandé quelles valorisations pouvaient en attendre les éleveurs. La Fédération des distributeurs (FCD), qui est visiblement partie prenante, a répondu qu’il s’agissait surtout de mettre en avant les pratiques existantes. « Cette charte constituera un socle plutôt qu’une segmentation, a commenté le directeur agriculture de la FCD, Hugues Beyler. Elle n’a pas vocation à segmenter, car cela peut être sans fin, mais à répondre à la demande des consommateurs. Il faudra aller vite, car d’autres initiatives pourraient émerger ».

De l’opportunité de faire monter en gamme le Porc français

Durant l’assemblée générale, la filière a également débattu de l’opportunité d’aller plus loin pour satisfaire les consommateurs. Faut-il faire monter en gamme l’ensemble de la production porcine française sous logo Porc français, et tenter de créer une barrière à l’entrée sur le marché français, comme le firent les Allemands en 2001, au lendemain de la crise de la vache folle, avec leur cahier des charges de sécurité sanitaire QS (Qualitat und Sicherheit) ?

La Fédération nationale porcine (FNP) est favorable à une telle initiative qu’elle porte depuis de nombreux mois. Elle la voit comme un moyen plus efficace que l’ensemble des initiatives privées qui fleurissent aujourd'hui (sans antibiotique, sans OGM…) de maintenir le niveau de la production française à son niveau actuel.  « Les demandes des entreprises sont davantage d’ordre marketing que différenciantes », estime Paul Auffray, le président de la FNP, qui s’est fait l’adversaire de ces démarches durant toute l’assemblée générale : « Toute démarche qui ne serait pas collective a moins de chance de faire évoluer positivement la filière ».

La FCD semble également ouverte à l’idée de « mettre du contenu derrière le logo Porc français », a expliqué Hugues Beyler même si, contrairement à la FNP, la FCD défend les démarches privées, notamment celles venant de ses rangs, comme le jambon issu de porc "Nourri sans OGM" de marque distributeur Carrefour.

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Deux scénarios à éviter : le porc anglais et l’agneau français

L’ensemble des intervenants semble s’accorder sur le fait que la France doit trouver une stratégie défensive face à son manque de compétitivité – même si le président d’Inaporc s’est montré optimiste face aux récentes prises de positions d’Emmanuel Macron sur les travailleurs détachés. Mais faut-il en passer par une montée en gamme imposée à tous ? Toutes les démarches collectives n’ont pas eu le succès de la démarche QS. Le scénario catastrophe mis en avant par les éleveurs comme les entreprises, est celui d’une segmentation collective trop forte, parfaitement illustrée par le porc anglais, à qui le gouvernement avait imposé des normes de bien-être très restrictives, et qui a vu ses parts de marché s’effondrer face à des porcs étrangers moins chers qui ne respectaient pas les mêmes règles.

Mais des entreprises, comme la Fipso, mettent en avant le scénario inverse et tout aussi risqué, celui d’une absence de segmentation collective dans une situation de manque de compétitivité, que son directeur général, Patrick Le Foll, illustre avec l’agneau français : une filière où foisonnent les démarches de segmentation individuelles, mais où le gros du marché - le produit standard - est largement issu des importations, faute de compétitivité. « Il faut défendre l’idée que notre porc n’est pas produit en France comme ailleurs », a lancé Patrick Le Foll. Un vœu qui pourrait être la feuille de route de la filière porcine pour les États généraux de l’agriculture qui doivent débuter en juillet.

« Toute démarche qui ne serait pas collective a moins de chance de faire évoluer positivement la filière »

Le porc français, plus de 30 % des références en grande distribution

Même s’il ne s’agit aujourd’hui que d’une indication d’origine, le logo porc français « s’est imposé en moins de deux ans », dans les rayons des supermarchés français, souligne le directeur boucherie chez Carrefour, Gérard Cladière. Une étude conduite par l’interprofession met en évidence que 30,5 % des références de viande et charcuterie présentes en grande distribution portent le logo Porc Français. « C’est la première segmentation du marché du porc », estime l’interprofession. Viennent derrière les signes officiels de qualité et d’origine (Siqo), qui représentent dans leur ensemble 11,2 % des références (bio en tête). Mais, précise Gérard Cladière, « nous ne savons pas mesurer la croissance du porc frais bio, car nous sommes en rupture en permanence ». L’étude met également en évidence une « diversité » d’expression de la segmentation « sans antibiotique », qui ne fait pour l’instant pas l’objet d’une réglementation, bien que les pouvoirs publics travaillent sur ce sujet depuis plusieurs mois.