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Porc mâle entier : témoignage d’un éleveur convaincu

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Comme la grande majorité des éleveurs du groupe coopératif Cooperl, Alain Bernard ne castre plus ses mâles. Il n’y voit que des avantages et ne retournerait en arrière pour rien au monde.

Le Gaec de Kerneuden se situe sur la commune de Lothey, à l’est de Châteaulin (Finistère). Employant deux salariés, l’élevage d’Alain Bernard et de son frère Stéphane se place dans la moyenne des élevages bretons en termes d’animaux (250 truies naisseur engraisseur), et dans la partie haute pour les terres : 162 hectares semés en maïs humide, blé, orge et une partie en jachère. Cette surface est destinée à l’alimentation des animaux après transformation et assemblage sur place (fabrique d’aliments à la ferme, ou Faf) à tous les stades, « sauf au premier âge », précise Alain Bernard.

Ce qui distingue leur élevage de leurs collègues non adhérents à Cooperl, c’est l’absence de castration des mâles (la moitié des animaux présents). Dans le plus important bassin de production en France, seul le groupement leader de la production porcine en France – 2 950 éleveurs, 5,7 millions de porcs produits pour 2,4 Mrd€ chiffre d’affaires en 2019 – s’est engagé collectivement sur cette voie, à partir de 2013. « Aujourd’hui, plus de 80 % des éleveurs de la coopérative ne castrent plus leurs animaux », précise Stéphane Jouanno, technicien de secteur.

Pas de changement de conduite ni de génétique

Alain Bernard ne cache pas avoir un peu hésité avant d’entrer dans la démarche proposée par la Cooperl. Adhérent du groupe coopératif costarmoricain depuis 2008, il craignait, dit-il, « une forme d’intégration en s’engageant dans le mâle entier ». Tout éleveur Cooperl qui ne castre plus doit, en effet, distribuer à ses animaux une alimentation spécifique vendue par la coopérative, ou respecter une formulation dédiée quand il est fafeur (fabricant d’aliment à la ferme), avec un complémentaire de la coopérative. « Mon frère a fini par me convaincre. Il n’y voyait que des avantages. »

Six ans plus tard, Alain Bernard est définitivement convaincu. « Ne plus castrer, c’est gagner un peu de temps (4 h par mois environ), mais surtout s’épargner une tâche éprouvante qu’un éleveur pratique toujours à reculons. » Des contraintes ? Alain Bernard cherche, mais n’en voit aucune. Il n’a pas changé de génétique – Nucléus en lignée femelle, Large White Piétrain en lignée mâle –, ni de conduite. Il a bien observé quelques bagarres et chevauchements sur les premiers lots. Un problème qu’il a résolu par l’incorporation de « sel dans l’alimentation ».

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L’éleveur considère aujourd’hui que les mâles ne sont pas plus nerveux entiers que castrés. Les cochons disposent d’objets manipulables, ici des chaînes suspendues. Alain Bernard a réduit le meulage des dents, mais pas encore la caudectomie (coupe des queues pour éviter blessures et infections potentielles). À l’entendre, il n’y a que « des avantages à élever des mâles entiers », notamment sur le plan des performances technico-économiques. « La croissance des mâles est plus rapide. Un quart des mâles atteignent leur âge d’abattage à 150-155 jours et partent à l’usine les premiers. Le reste du lot (mâles et femelles) continue de grandir avec un peu plus de place et quitte définitivement l’élevage à un âge compris entre 150 et 170 jours. »

Gain de 5 à 6 € par porc

Assimilant mieux l’aliment, l’indice de consommation global (poids d’aliment nécessaire pour produire 1 kg vif) des porcs charcutiers de l’élevage de Kerneuden est plus bas : « 2,66 contre 2,82 auparavant. » La meilleure valorisation alimentaire entraîne la réduction de 25 à 30 % du volume d’effluents rejetés. Les mâles sont plus lourds de 2 kg que les mâles castrés (97 kg " chauds " rendu abattoir) et la plus-value technique, qui résulte du classement (taux de muscle et épaisseur de gras notamment) et du poids, « est supérieure de 2,77 ct d'€/kg (source Uniporc 2020). »

En faisant progresser l’indice de consommation et la plus-value technique, l’éleveur estime avoir gagné de l’ordre de 5 à 6 € par porc, soit environ 30 000 € pour 6 200 porcs produits par an. Reste la question que la filière se pose : comment limiter la proportion de carcasses odorantes (odeurs sexuelles) parmi les mâles entiers ? « Ces carcasses concernent 2,6 % des mâles entiers livrés à Cooperl et 1,7 % de ceux provenant de l’élevage des Bernard », précise le technicien Stéphane Jouanno. Pour limiter leur proportion et les pénalités appliquées par la coopérative sur les carcasses odorantes (décote de 31 ct d'€/kg), les éleveurs visent des animaux propres, pas stressés, pas trop gras, et pas trop âgés au départ de l’élevage.

Hésitant au début, Alain Bernard craignait « une forme d’intégration »

Des leviers en élevages pour limiter la part de carcasses odorantes