Abonné

Bruxelles Position divergente des syndicats agricoles sur l’avenir du secteur laitier

- - 6 min

Les syndicats agricoles européens ont présenté le 10 novembre à Bruxelles leur point de vue sur l’avenir du secteur laitier devant le groupe d’experts à haut niveau sur le lait mis en place par la Commission européenne. Transparence, contractualisation et organisation des producteurs sont les trois demandes des organisations majoritaires, le Copa et la Cogeca , pour renforcer la position des éleveurs sur le marché, en particulier face aux transformateurs et à la grande distribution. Les syndicats minoritaires ont, en revanche, une vision bien différente de l’avenir du secteur laitier. Pour l’EMB, l’UE doit conserver les moyens de limiter sa production pour offrir des prix équitables aux producteurs, tandis que la Coordination européenne va encore plus loin en réclamant le maintien et l’amélioration des quotas laitiers.

Les producteurs laitiers doivent accroître leur pouvoir de négociation dans la chaîne alimentaire, a déclaré le président du Copa, l’Irlandais Padraig Walshe, pour qui les producteurs « ont besoin d’un prix minimum ». « Les producteurs, a-t-il poursuivi, ont besoin d’un mécanisme de soutien pour éviter que les prix ne chutent au niveau que l’on a connu cette année ». Selon M. Walshe, il serait souhaitable que l’organisation commune de marché unique offre davantage de possibilités aux producteurs de se regrouper et aux acteurs principaux du secteur de s’organiser et même de signer des accords transparents entre eux.
Le président du Copa a aussi proposé de développer des relations contractuelles équilibrées, correctement négociées par les producteurs et les laiteries, incluant aussi les distributeurs, pour se protéger contre la volatilité des prix. La transparence du marché doit aussi être améliorée, a-t-il souligné.
Pour le Français Henri Brichart, président du groupe lait du Copa, il ne sert à rien de vouloir développer des contrats si, parallèlement, on n’est pas en capacité de renforcer l’organisation des producteurs et la transparence dans la chaîne alimentaire. La concentration est déjà forte dans la grande distribution et l’industrie et va continuer à s’accentuer, a-t-il prévenu. « Une reconnaissance à l’échelle européenne du rôle des organisations de producteurs et des coopératives, voire également des interprofessions est, semble-t-il, indispensable ». Pour ce faire, a expliqué M. Brichart, « le droit européen de la concurrence doit pouvoir évoluer ». Il est important que chacun puisse choisir librement le type d’organisation de producteurs qui lui convient.
Le Copa accueille avec satisfaction le débat qui est en train de s’ouvrir sur la contractualisation, a poursuivi M. Brichart qui se dit favorable à « une approche volontaire basée sur un ancrage légal communautaire ». Il y a un fort intérêt communautaire parce que les contrats peuvent en partie réduire la volatilité des prix du lait dans la mesure où ils peuvent permettre aux producteurs et aux acheteurs un certain degré de prévisibilité et de stabilité pour un certain laps de temps, a-t-il ajouté en substance. Un minimum d’équivalence entre les Etats membres en matière de contractualisation serait, selon lui, nécessaire . « Cette équivalence, a-t-il précisé, on la voit un peu sous la forme de bonnes pratiques communautaires qui contiendraient des spécifications communes sur la qualité du lait ou le système d’établissement du prix du lait ».
Plus les rapports seront équilibrés entre les différents maillons de la chaîne plus on aura de chance que le poids final ne se reporte pas uniquement sur le secteur de la production, a conclu M. Brichart.

Position de l’EMB et de la Coordination européenne
Pour la vice-présidente de l’EMB (European Milk Board), la Néerlandaise Sieta van Keimpema, « nous ne pourrons obtenir un prix équitable pour les producteurs de lait qu’en conservant aussi à l’avenir une limitation de la production (...) afin de permettre un équilibre entre l’offre et la demande ». Ce n’est pas avec la création de relations contractuelles entre producteurs et laiteries « que l’on obtiendra une amélioration concrète », a encore affirmé Mme van Keimpema. Le président de l’EMB, l’Allemand Romuald Schaber, demande, entre autres, l’instauration d’un cadre juridique qui permette aux producteurs au niveau européen de regrouper leur production au sein des coopératives.
Pour la Coordination européenne Via Campesina, remplacer la régulation européenne par une contractualisation privée entre producteurs et laiteries serait « une grave erreur ». Cette organisation fait notamment référence à la régression des droits des producteurs en Suisse, où des contrats existent déjà. Avant de discuter du cadre à mettre en place pour renforcer le pouvoir de négociations des producteurs, il faut garantir une politique publique régulant la production et encadrant les prix, souligne cette organisation qui prône « le maintien » et « l’amélioration » du régime des quotas. « Le secteur des fruits et légumes montre que les groupements de producteurs existent davantage pour obtenir les primes de l’UE que pour renforcer le pouvoir de négociation des producteurs », affirme la Coordination européenne.

Le point de vue des industriels et du commerce
Egalement consultés par la Commission, les industriels et transformateurs regroupés au sein de l’EDA (European Dairy Association) ont une nouvelle fois insisté sur le fait que la politique en place résultant de la réforme de 2003 et du bilan de santé de la Pac ne doit pas être modifiée. Une récente étude de l’EDA sur la volatilité des prix sur le marché laitier, a indiqué le président de cette organisation Werner Buck, a montré « qu’un système rigide de quotas accentue la volatilité des prix » et que « la détention de stocks tampon peut s’avérer utile dans certaines circonstances ».
De son côté, Eucolait (Union européenne du commerce des produits laitiers) estime qu’il serait préférable que les prix soient déterminés par les forces du marché plutôt que par des cartels. Mais si des organisations de producteurs doivent néanmoins voir le jour dans le secteur laitier, il faudra veiller à ce que les règles soient les mêmes d’un Etat membre à l’autre et que toutes les parties prenantes aient le même poids, précise Eucolait.

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.

Commission européenne
Suivi
Suivre
grande distribution
Suivi
Suivre