Abonné

Crise laitière Possible grève du lait européenne vers le 7 septembre

- - 7 min

Et si c’était vrai… La grève du lait européenne tant évoquée depuis 8 mois serait en passe de devenir une réalité vers le 7 septembre. C’est ce qu’espèrent tout haut l’Apli (Association nationale des producteurs de lait indépendants), la Coordination rurale et l’EMB (Enropean milk board) et ce que pense tout bas la Confédération paysanne. Reste que la réussite de cette grève est une équation à plusieurs inconnues en terme de mobilisation, de durée et d’impacts. Loin de banaliser ce type d’action, le syndicalisme minoritaire est d’accord pour y voir un « geste ultime » de responsabilité individuelle lourd de conséquences pour les producteurs. On devine même que certains aimeraient que la menace de cette grève suffise à « remettre l’Europe à l’endroit ».

«Les ministres européens de l’Agriculture se réunissent le 7 septembre, ce sera peut-être juste avant, peut-être après, mais la grève du lait ne va plus tarder », a expliqué Erwin Schöpges, le président du MIG, syndicat de producteurs belges créé au lendemain de la première grève du lait menée en mai 2008 en Allemagne et en Belgique. Cette annonce a été faite, le 25 août au soir en marge d’un meeting de l’Association nationale des producteurs de lait indépendants (Apli) française à Segré (Maine-et-Loire) qui a réuni près de 900 éleveurs. « On laisse encore quelques jours aux responsables politiques pour réagir et prendre les bonnes décisions. Ils en ont le pouvoir. S’ils ne le font pas, c’est nous qui retirons le lait du marché », a poursuivi Erwin Schöpges. « J’espère que cette grève restera à jamais une menace », ajoute François Lucas, président de la Coordinatiion rurale, le seul syndicat français appelant clairement à une grève européenne depuis près de 8 mois.
Un terrain désabusé
« Même si je retrouve l’état d’esprit des céréaliers à la fin 91, en réaction à la réforme de la Pac de 1992 (ndlr), faire la grève pour n’importe quel type de producteur est un choix difficile qu’on ne prend pas facilement », souligne-t-il. C’est vrai que le terrain semble « mûr » pour une grève. Un constat que partagent nombres de syndicalistes, même certains dont le syndicat est résolument contre le principe d’un grève. Le contexte psychologique est de plus en plus marqué : désarroi, ras-le-bol, colère. Les producteurs de lait ne semblent ne plus avoir rien à perdre. « Cette grève pour les producteurs de lait est un peu comme la menace des salariés de faire sauter des bouteilles de gaz », résumé Nicolas Coudray, animateur de l’OPL, branche laitière de la CR, adhérente à l’EMB. On se souvient de cet épisode de l’actualité récente mettant en lumière le désarroi de salariés devenus chômeurs. « Réunir entre 500 à 700 personnes dans une salle en ayant envoyé un seul texto » montre à quel point le mot d’ordre peut « faire boule-de-neige », estime François Lucas. Prudent, il sait que « les jours de grève sont longs. La traite, c’est deux fois par jour. Et il faut à chaque fois prendre la décision de jeter le lait ». « Entre s’engager en réunion à faire grève et ouvrir son tank : c’est difficile », renchérit Nicolas Coudray. « On ne fait pas cela de gaîté de cœur, explique-t-il. Mais, cela fait 8 mois qu’on s’y prépare avec l’EMB ».
Electrochoc
Ce geste « ultime » soit servir « d’électrochoc ». Avec au bout, espère-t-il « un retour sur investissement ».
Mais attention, le combat est européen. L’obtention d’un prix rémunérateur à 400 euros/ 1000 litres pour les producteurs français, ne peut passer que par une nouvelle donne européenne. « Il faut remettre l’Europe à l’endroit », lance François Lucas. Cela passe par une politique européenne de gestion des volumes avec l’implication des États membres. Même si le mouvement fait mouche, le « retour sur investissement » risque d’être long.
François Lucas a confiance dans la « capacité de nuisance » d’une telle grève qui ne se limitera pas à nos frontières hexagonales. Si l’Allemagne a décidé d’y aller ce n’est pas pour faire de la figuration mais « aller jusqu’au bout », assure l’animateur de l’OPL. « Tout dépend aussi de l’attitude de la représentation officielle de la filière », ajoute le président de la CR. « Les GMS ont été presque complices de la grève de l’an passé en Allemagne », rappelle-t-il.
Ce mouvement, s’il prend, dépasse largement les enjeux syndicaux, ajoute François Lucas. Et « le syndicalisme majoritaire qui a perdu quelques attributs dans la crise laitière en France devra cesser le double jeu avec les producteurs », estime le président de la CR. Un François Lucas qui amusé voit déjà José Bové, nouveau député européen, favorable à la grève du lait, ayant « aiguisé ses couteaux » … L’enjeu politique de cette grève sera incontestablement déterminant. Elle s’inscrit dans un calendrier politique plutôt favorable.
Pression politique
Au niveau européen Mariann Fischer Boel, commissaire à l’agriculture inflexible sur la question laitière, risque de ne plus faire partie de la nouvelle Commission Européenne. Ce qui laisserait peut-être un peu de marge de manœuvre aux partisans de la régulation. Le Space (salon international de l’élevage) qui s’ouvre à Rennes le 15 septembre est le domaine réservé de son président Jean-Michel Lemétayer, éleveur laitier et opposant farouche au principe de grève. Un salon où le ministre de l’Agriculture Bruno Le Maire tiendra son premier discours agricole, le 15 septembre devant un parterre d’éleveurs qui, sans être grévistes, peuvent êtrer sympathisants. Un ministre de l’Agriculture qui ne peut laisser un tel mouvement prendre de l’ampleur au risque de toucher d’autres secteurs de l’agriculture. « Le premier bassin laitier que représentent la Bretagne et les Pays de Loire est aujourd’hui mobilisé » assure l’animateur de l’OPL. Ce qui n’était pas vrai il y a encore quelques mois dit-il.
Tenir 10 jours
Difficile malgré tout de parier sur la réussite de cette action. Pour Nicolas Coudray, s’il manque 30 à 40 % de lait en France, les laiteries pourraient commencer à être perturbées. « Il n’est alors plus rentable de faire tourner certaines machines », explique-t-il. Il faudrait tenir 10 jours. 10 jours qui pour certains producteurs à la trésorerie exsangue pourraient se révéler être les derniers. C’est l’un des arguments qui maintiennent FNSEA et FNPL dans le camp des opposants à cette grève. Sous oublier les risques de divisions entre les producteurs. « Cette grève du lait laissera des traces comme celle de 1972 en France », admet Nicolas Coudray. Cette grève du lait si elle n’est en aucun cas « dénigrée » par la Confédération paysanne reste « un geste ultime d’ordre individuel », résume André Bouchut, secrétaire national. Le syndicat qui souhaite « la réussite de cette grève » enclenchera conjointement d’autres actions syndicales pour « changer la donne au niveau de l’Europe ».
« Notre heure arrive »
La Confédération paysanne n’est pas très à l’aise sur le sujet et ne s’en cache pas. « On n’a pas à juger ce genre d’actions d’autant que des adhérents de la Confédération paysanne vont la faire », prédit André Bouchut. « On crée pas mal de soucis à pas mal de monde », analysait Pascal Massol, le président de l’Apli, lors d’une récente intervention. La FNSEA, farouchement opposée au principe de grève du lait, sait qu’un mouvement massivement suivi ne sera pas neutre. Si la grève laisse des traces pour les producteurs, elles ne sera pas sans conséquence pour le syndicalisme. C’est ce qu’espère Jacques Lepeltier, secrétaire général de la CR dans une récente lettre aux adhérents. « L’heure de la gesticulation est finie, notre heure arrive », promet-il.

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.

Coordination rurale
Suivi
Suivre