La directive nitrates européenne a 23 ans. Et pourtant, la France semble toujours dans l'urgence pour l'appliquer ! Chaque année, ou presque, les agriculteurs voient poindre des mesures de rigueur supplémentaires qu'ils estiment injustes. Injustes surtout parce que le temps imparti est court et que les investissements paraissent d'autant plus lourds. Si l'on avait commencé à appliquer cette directive dès son adoption en 1991, bon nombre d'éleveurs – puisque c'est eux que cela concerne surtout – se seraient installés en en respectant les normes et l'esprit. Et puis, on n'en serait peut-être plus à devoir, comme depuis des années, expliquer que la pollution, dénommée eutrophisation (excès de végétation dans l'eau), est autant le fait de phosphates urbains que de nitrates agricoles.

Il faut bien reconnaître que les gouvernements successifs, quelle qu'en soit la couleur politique, ont laissé traîner le dossier faute de courage. On croyait toujours pouvoir faire lanterner les autorités de Bruxelles. Mais les fonctionnaires européens sont têtus. Et ils ne croient plus en la bonne volonté de la France. Du coup, ils demandent, comme on demande des garanties, des critères extraordinairement sévères. Et partiels. D'où le paramètre des 18 milligrammes de nitrate par litre au-dessus duquel la zone est classée vulnérable. Là encore, les éleveurs paient aujourd'hui le manque de courage politique d'hier.

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Il faut dire que le syndicalisme a largement sa part de responsabilité dans l'absence d'application de la directive nitrates. Mais si on peut comprendre un syndicat pour vouloir retarder les potions amères on peut moins comprendre le pouvoir politique de n'avoir pas pris les décisions au moment où cette potion était encore buvable.