Pour l’année 2019, Biolait paiera ses adhérents à un prix de quelques euros inférieurs à ceux observés sur le marché. Sur ce segment très porteur, où la demande ne fléchit pas, cette différence de prix reflète avant tout le besoin pour les laiteries concurrentes de se montrer plus généreuses pour limiter le risque de voir leurs producteurs partir.
« Tous les adhérents auront en moyenne perçu pour leur production 2019 un prix annuel de 470,59 €/1 000 litres TPC (toutes primes comprises), soit 22 €/1 000 litres de plus qu’en 2018 », se félicite le collecteur de lait bio, Biolait dans un communiqué du 28 janvier. « Ce prix est le résultat de l’activité de l’année de Biolait. Il est très transparent », explique Ludovic Billard, président de l’entreprise, interrogé par Agra Presse. Il représente « le résultat positif de son exercice comptable qui sera redistribué dans quelques jours aux 1 300 fermes adhérentes ».
Pourtant, le prix annoncé par Biolait est légèrement inférieur aux prix observés sur le marché. Selon la note de conjoncture présentée par FranceAgriMer le 22 janvier lors du conseil spécialisé Ruminant lait et viande, sur les onze premiers mois de l’année, le prix réel du lait bio payé au producteur (incluant les primes qualité) a atteint 473,50 €/1 000 litres en moyenne. Il avait été de 467,60 euros/1 000 litres en 2018. Des transformateurs payent donc mieux leurs producteurs de lait bio que Biolait.
À titre de comparaison, en février 2019, le groupe Lactalis et l’organisation de producteur Lait bio Seine et Loire ont signé un accord pour un prix de base (n’incluant pas les primes qualité) du lait bio moyen de 473 €/1 000 litres.
Revendiquant 30 % de la collecte de lait bio en France, Biolait est l’exemple même de l’organisation de producteur commerciale (OPC) aboutie. Elle achète le lait de ses adhérents pour le revendre aux laiteries en veillant à « développer une filière équitable et transparente ». Bien que sous statut de société par action simplifiée (SAS), elle fonctionne comme une coopérative. À ce titre, elle est souvent érigée comme exemple de commerce équitable et de reprise en main d’une filière par les producteurs.
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Pourquoi alors Biolait payerait moins ses éleveurs que des entreprises telles que Sodiaal et Lactalis régulièrement taclées pour leurs prix bas et leur manque de transparence ? Du côté de Biolait on l’assure : la valorisation du lait bio a été « bonne ». Le déclassement du lait bio sur des circuits conventionnels ne semble pas non plus avoir particulièrement grevé les résultats de l’entreprise. « Il y a eu peu de déclassements cette année : moins qu’en 2018 et beaucoup moins que ce que nous craignions pour 2019 », observe Ludovic Billard, son président.
Une première explication provient de ce que Biolait appelle les « coûts politiques », à savoir la solidarité entre les zones de collecte et sa gouvernance. « Chez Biolait, nous avons fait le choix de collecter partout en France, afin de permettre à tous les producteurs de se convertir en bio quand d’autres collectent uniquement près de leurs usines », défend-il. La transparence de la gouvernance a aussi un coût. « L’assemblée générale annuelle qui regroupe 700 producteurs pendant deux jours représente un coût de deux à trois euros les 1 000 litres, détaille Ludovic Billard. Mais c’est le coût de la transparence ! »
La gouvernance du collecteur explique donc certains surcoûts pour Biolait, mais c’est surtout le besoin pour ses concurrents de sécuriser leurs approvisionnements qui les poussent à pratiquer des prix plus élevés. « Si les autres font le choix d’être au-dessus de Biolait, c’est qu’ils souhaitent garder leurs producteurs », glisse Ludovic Billard. Une analyse que partage André Bonnard, secrétaire général de la FNPL (producteurs de lait, FNSEA).
« Le passage au bio est le seul événement qui permette de partir de sa laiterie, qu’elle soit privée ou coopérative, explique le syndicaliste. Or, Lactalis sait que la demande est forte, ils ne vont pas prendre le risque de voir partir des producteurs chez Biolait ». Et il complète : « Mais comme Biolait est prêt à prendre tous les producteurs bio, les autres laiteries, pour pouvoir maintenir leurs producteurs directs, ont mis plus de prix. »
Ses concurrents ont besoin de sécuriser leurs approvisionnements