L'Agence internationale pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) réfute l'affirmation selon laquelle les biocarburants basés sur des plantes comestibles s'opposent forcément à la sécurité alimentaire. Son coordonnateur pour le thème de l'énergie, Olivier Dubois, a livré, le 8 octobre sur le pavillon français de l'exposition universelle de Milan, la vision de la FAO au sujet des biocarburants.
« Évitons les généralisations sur la durabilité des biocarburants ». Les biocarburants n'entraînent pas une soustraction systématique de nourriture, a expliqué Olivier Dubois. Telle est la position de l'agence internationale pour l'alimentation et l'agriculture, qui n'était pas connue jusqu'alors. Une position d'autant plus intéressante à connaître que les discussions sur le changement d'affectation des sols reprennent et que la Commission européenne prépare sa directive Iluc (Indirect land use change – Changement indirect d'usage des sols) pour 2017. Cette directive devrait contribuer à la définition future de la politique européenne des biocarburants pour après 2020.
LES BIOCARBURANTS PEUVENT RÉDUIRE LA PAUVRETÉ
Dans ses explications, le coordonnateur de l'énergie de la FAO cite les exemples de la canne à sucre au Brésil pour l'éthanol, et de l'huile de palme pour le biodiesel en Indonésie, qui font vivre des milliers de petits agriculteurs. En revanche, la compétition est plus vive dans l'utilisation des intrants. De même, l'éthanol de canne à sucre et de manioc en Tanzanie qui peut réduire la pauvreté de 1,1 à 2,4 % sur le plan national entre 2007 et 2015. Olivier Dubois a détaillé le cas tanzanien. L'agriculture contractuelle pour la production de manioc « a le plus d'effet sur la réduction de la pauvreté ». De plus, la pauvreté y est réduite « tant en zones rurales qu'urbaines ».
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Les cultures duales (aliments/énergie) ne concurrencent pas la sécurité alimentaire si la production de biocarburants s'ajoute à celle d'aliments. C'est possible à travers l'augmentation (soutenable) des rendements ou de systèmes intégrés aliments-énergie. Dans ces derniers systèmes, les cultures alimentaires et énergétiques cohabitent sur la même terre, comme en agroforesterie, l'exemple cité par Olivier Dubois étant celui des Maldives.
AU MAXIMUM 5 % DES TERRES ARABLES EN 2030
La FAO a étudié le cas des biocarburants de deuxième génération, ceux qui sont produits à partir de plantes non comestibles. Selon elle, ils ont un meilleur taux de conver-sion en énergie car toutes les parties de la plante sont valorisées et ils réduisent la compétition directe avec les plantes alimentaires. Mais ils exercent une « possible compétition indirecte avec la sécurité alimentaire » : par l'emploi des terres et par la mobilisation des sous-produits agroalimentaires comme matières premières pour biocarburants. À propos de ces sous-produits de l'industrie agroalimentaire, l'Agence internationale de l'énergie (AIE) prévoit qu'ils monteront en puissance, et que leur utilisation pourra réduire le besoin en terres de 10 à 30 % d'ici 2050. Au total, la FAO estime que la planète contiendra « assez de terres » : les biocarburants sollicitent environ 2 % des terres arables. « Cette proportion pourrait parvenir à un maximum de 5 % en 2030 », selon Olivier Dubois. Pour conclure, le représentant de la FAO considère que le caractère durable ou non des biocarburants dépend des réalités de terrain « et non des modèles globaux ». Et pour analyser la situation au cas par cas, « des outils sont maintenant disponibles », a-t-il souligné.