Pour la filière protéagineuse, c’est le moment ou jamais de relancer la production de graines protéagineuses (pois, féveroles et lupin), avant le point de non-retour, car la production est devenue insuffisante pour capter l’intérêt des fabricants d’aliments du bétail.
L’Unip, interprofession des protéagineux, a organisé le 29 avril à Chartres une journée de réflexion sur les moyens de relancer la production, devenue insuffisante au fil des dernières années, en raison d’un déclin des surfaces, tant dans l’UE qu’en France (voir encadré).
La filière compte, d’ici le 20 mai, présenter au ministre de l’Agriculture les propositions prêtes pour la présidence française de l’UE, a déclaré Pierre Cuypers, président de l’Unip. « Si l’on ne maintient pas l’aide spécifique de 55,57 euros/ha aux cultures protéagineuses, la production européenne sera morte en 2010 », a-t-il souligné. Cette aide spécifique risque de disparaître, si le découplage total est appliqué. En effet, en ne distinguant plus les cultures les unes des autres, le soutien découplé ne permettrait plus de soutenir efficacement les cultures qui demandent plus de soins que les autres. En clair, les cultures protéagineuses seraient complètement délaissées par rapport au blé. Les centres de gestion, cités par l’Unip, indiquent qu’un hectare de protéagineux génère 160 euros de moins de marge brute qu’un blé, en moyenne, en régions de grandes cultures.
La production en-dessous du seuil critique
Le problème du marché des protéagineux est que la production n’est plus suffisante pour attirer des utilisateurs réguliers, notamment en aliments du bétail. Si la production baisse, l’utilisation aussi. « Contrairement au lieu commun qui dit que la pénurie entraîne la hausse des prix, l’insuffisance de la production a détourné les utilisateurs » de leur intérêt pour le produit, a démontré Olivier de Gasquet, directeur de l’Unip.
C’est ainsi que l’Espagne, la Belgique, les Pays-Bas l’Italie et l’Allemagne importent annuellement près de 1,5 million de tonnes de pois et plus de 200 000 tonnes de féveroles, principalement du Canada. Ce pays, ainsi que les États-Unis, a décidé d’investir des marchés asiatiques… et européens.
L’UE semble ne plus avoir la volonté de sécuriser ses approvisionnements protéiques, selon Pierre Cuypers. « L’UE à 27 est la région du monde où le taux de légumineuses dans les assolements est le plus faible », a poursuivi Olivier de Gasquet : moins de 3 %, contre 7 à 8 % en Australie, plus de 10 % en Inde, 12 % aux États-Unis. « Tout système de cultures un tant soit peu équilibré sur le plan agronomique réserve une place correspondant à 10-15 %, au lieu des 3 % en Europe », a-t-il précisé. On rappelle à l’Unip que les légumineuses ont la capacité de fixer l’azote de l’air, et donc d’éviter l’épandage d’engrais azotés, dont les prix ont grimpé de 80 % depuis octobre 2007.
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L’initiative de la coopérative Noriap
La filière protéagineuse compte relancer l’intérêt des fabricants d’aliments du bétail en augmentant la production et en poursuivant la recherche variétale. Un programme quinquennal de 700 000 euros par an, fournis par l’ONIGC (Office national interprofessionnel des grandes cultures), principalement pour l’amélioration des variétés, arrivera à échéance fin 2008. L’Unip demande sa reconduction en 2009. Il s’agit d’obtenir des variétés plus résistantes aux parasites, comme la bruche, car en améliorant la qualité, on pérennise le débouché.
Des collecteurs, comme la coopérative Noriap, dans la Somme, ont fait le choix, en décembre 2007, de relancer la culture de pois, en versant à ses adhérents producteurs une prime de 70 euros par tonne au-dessus du prix du blé, pour inciter à produire, a témoigné Jacques de Villeneuve Bargemont, président délégué de Noriap. La coopérative amortit ainsi davantage ses installations de stockage et de transport, tandis que ses adhérents diversifient leurs débouchés ainsi que leurs assolements. Pour un écoulement garanti, Noriap a contractualisé avec des industriels.
Pendant ce temps, la consommation de protéagineux pour l’alimentation humaine se développe dans le monde. « La récolte égyptienne de féveroles a été décevante cette campagne », selon Pierre Duclos, trader spécialisé chez InVivo. Pour lui on ne peut se borner à dire que l’Australie ou le Canada pourront approvisionner les pays qui, comme l’Égypte, n’arrivent pas à boucler leur programme d’approvisionnement alimentaire. « Pour faire venir des pois d’Australie, il faut des navires de 20 000 tonnes. Or les coûts du fret pour les gros navires ont beaucoup augmenté. L’origine européenne offrira l’avantage de la souplesse dans les années qui viennent », a-t-il souligné.
Même en France, le débouché pour l’alimentation humaine présente un potentiel de hausse. Alain Bertoux, de chez Roquette Frères, a indiqué que son entreprise transforme déjà 100 000 tonnes de pois, mais que cette transformation « peut augmenter d’un facteur deux ou trois ».