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Coopération Pour la FNCuma, l’emploi est un véritable champ de bataille

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À une semaine de l’assemblée générale de la FNCuma qui se tiendra le 30 mai prochain, Stéphane Gérard, son directeur, nous explique les nouveaux enjeux de la coopération en agriculture, dont les enjeux socio-économiques dépassent le seul domaine du matériel.

Un des chevaux de bataille du nouveau président de la République est la décentralisation. La FNCuma est-elle prête à suivre les évolutions éventuelles de l’administration ?
Le réseau fédératif des Cuma est basé sur un principe très pyramidal. Aujourd’hui, 13 400 Cuma forment un maillage extrêmement dense et ancré sur le territoire. À l’échelle d’un département, le nombre de Cuma peut varier de 100 à 300. On a partout des fédérations départementales qui animent, qui stimulent les Cuma de France. Au-dessus de cet échelon départemental, il y a les fédérations régionales et depuis trois ans, nous avons créé les PCA (pôle de coordination et d’appui), qui sont des regroupements interrégionaux. Les PCA sont au nombre de cinq sur le territoire national. Il y a quelques années, nous nous sommes rendu compte que la priorité est plus que jamais l’animation de proximité. Ce nouvel échelon permet de fluidifier la transmission des dossiers et des préoccupations, tant sur la transmission verticale qu’horizontale. De fait, les coordinateurs au sein des PCA animent les échanges sur les pratiques des uns et des autres.
Au-delà de l’optimisation de l’organisation du réseau fédératif, ce nouvel échelon permet d’anticiper sur la réorganisation des régions. Tout un tas de modifications vont s’inscrire dans les années qui viennent dans le paysage administratif. On a voulu en quelque sorte lever les barrières des départements et faire en sorte que les fédérations départementales se donnent un petit peu plus de volume et d’envergure.
Le mouvement de fond est aussi basé sur l’idée que les régions montent en puissance sur un certain nombre de sujets. L’idée de décentralisation est là depuis une dizaine d’années. Des décisions pourraient être prises et il faut qu’on puisse être armé et en phase avec cela. Je pense notamment à la régionalisation des aides de la Pac et de la décentralisation des décisions.

Dans quelles mesures les Cuma peuvent-elles participer au redressement économique et social des activités agricoles ?
L’emploi est un des champs de bataille prioritaires de la FNCuma. Le facteur limitant, ce n’est plus forcément la machine. C’est l’homme. On a un vrai souci de main d’œuvre qui a des conséquences sur les schémas d’organisation des Cuma. La mutualisation du matériel est un support pour créer un bassin d’emploi. L’embauche de salariés au sein des Cuma permet à l’agriculteur de se dégager du temps pour des tâches au quotidien. Notre volonté, c’est que les Cuma soient reconnues comme un véritable dynamiseur d’emploi en agriculture. C’est un enjeu fort pour les années à venir. Vous savez, c’est assez dramatique. On a tout un tas de gens, les melonniers par exemple qui ne trouvent personne pour le travail saisonnier. On a un taux de chômage record en France. Et ils ne trouvent personne. Dans les semaines qui viennent, ils prendront contact avec des agences intérimaires espagnoles. Aujourd’hui, la main d’œuvre est limitante. Il faut qu’on ait un levier d’encouragement à l’embauche via des mesures incitatives.
Ensuite, on en est là pour plusieurs raisons. Et je ne pense pas que ce soit seulement un problème de rémunération. Il y a une image à revaloriser. Comme le font les artisans en ce moment. Il y a des messages à faire passer auprès de l’opinion publique. Quand on compare les salaires à niveaux d’activité équivalents entre nous (artisans, commerçants…), on n’a pas à rougir. En particulier, dans les Cuma où on est plutôt reconnu comme une organisation qui rémunère le personnel de manière cohérente.

Le nouveau gouvernement de François Hollande a été dévoilé la semaine dernière. Qu’attendez-vous de cette nouvelle équipe et en particulier du nouveau ministre de l’agriculture ?
Nous avons d’ores et déjà entamé une procédure de rencontres avec la nouvelle équipe du ministère de l’Agriculture. Il faut savoir qu’historiquement, on tapait à la porte et jamais, jamais ça ne s’ouvrait. Mais depuis trois ans, quelques entrées se sont faites. À l’échelon européen, il y a eu un effet crise sur les décisions des commissaires. On se penche vers un mode alternatif au capitalisme qu’est la coopération. Et il y a une écoute de plus en plus favorable à la coopération. Pour la Pac post-2013, nous avons eu des exigences sur le second pilier pour amener des moyens au développement et à la dynamique des territoires ruraux. Ce n’est pas acté, mais nous avons obtenu une augmentation de 20% de l’accompagnement financier des actions collectives. Alors, ce n’est pas un bonus Cuma, car les Cuma sont une exception française, mais un bonus aux actions collectives.
Pour la suite, nous allons avoir un chantier avec la nouvelle équipe de François Hollande pour que l’idée soit reprise à l’échelle nationale. On ne peut pas imaginer avoir un levier à Bruxelles qui ne soit pas utilisé en France et décliner en régions.

L’AG 2012 de la FNCuma est de nouveau placée sous le signe de l’ouverture à l’international avec une table ronde au titre évocateur « L’agriculture en Europe, demain ». Au-delà des négociations Pac, quelles actions la FNCuma mène-t-elle concrètement ?
Il y a deux choses. D’une part, il y a une organisation européenne des coopératives. À la fois, le Copa-Cogeca pour le volet agricole, mais aussi Coop Europe pour l’ensemble des coopératives. C’est l’organisation européenne des coopératives sur laquelle on s’appuie. Il y a des programmes d’actions pour faire des échanges avec des organisations agricoles, en particulier bulgares et roumaines, sur le modèle Cuma. Il s’agit de voir comment ce modèle est transposable. On ne peut pas faire de copier-coller, surtout que l’histoire a marqué la notion de coopératives dans ces pays avec les coopératives d’Etat.
Donc l’idée, c’est d’envoyer des délégations et de travailler avec les syndicats agricoles localement. C’est un travail de long terme. Ensuite, à court terme, pour les administrateurs et les salariés, aller expliquer ce que sont les coopératives dans un contexte complètement différent est formateur. Il y a un effet miroir et cela nous a incité à inscrire cette démarche dans les programmes de formation. Je crois de toutes mes forces que la voie coopérative sera une voie privilégiée pour l’agriculture de demain. C’est un schéma économique unique, extrêmement sûr et qui rassure. Un des défis agricoles aujourd’hui, c’est aussi de transposer ce modèle en Europe et à d’autres secteurs d’activités.

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