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Table ronde « fruits et légumes » Pour les producteurs, « il faut concrétiser et aller plus loin »

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Quelques heures après la table ronde sur la compétitivité des fruits et légumes, les principales fédérations de producteurs ont estimé qu’il « faut concrétiser et aller plus loin » que les orientations annoncées le 22 septembre, qui tendent vers une réduction des charges patronales sur le travail saisonnier (voir dans ce numéro). La Confédération paysanne met quant à elle l’accent sur un autre levier de compétitivité que le coût du travail salarié, celui de la rémunération des producteurs, à travers l’interdiction de la vente à perte. Les syndicats de salariés estiment de leur côté que les salariés n’ont pas à faire les frais du « tout marché » et que s’il faut modifier la règlementation sociale, ce ne peut être que dans le sens de l’harmonisation sociale européenne.

«Il faut concrétiser et aller plus loin pour conserver un verger et un potager français ! », ont commenté la Fédération nationale des producteurs de fruits (FNPF) et les Producteurs de légumes de France le 22 septembre. Pour les deux fédérations de producteurs, « les réponses sont partielles et largement insuffisantes ».

FNPF et Légumes de France : « des demandes claires » à la distribution
Dans un communiqué commun, la FNPF et la fédération des maraîchers énumèrent les « éléments de réponse à la crise » qu’ont apporté le ministre de l’Agriculture et le secrétaire d’État aux PME et au Commerce. Elles notent « l’effort » qui sera mis en œuvre pour réduire les distorsions de concurrence sur le travail saisonnier. Elles font état de « demandes claires » formulées par les deux ministres au commerce et à la distribution pour une suppression des remises, rabais et ristournes en 2009. En outre, « des orientations claires ont été prises » en faveur de la contractualisation (en particulier des promotions) ainsi que de la suppression des prix après vente (Pav). Elles mentionnent qu’un groupe spécifique « fruits et légumes » sera mise en place pour préparer la loi de modernisation agricole.
En revanche, les questions de la valorisation de l’origine France (pour identifier les fruits et légumes produits aux conditions françaises), de coût de l’énergie et d’harmonisation européenne des phytosanitaires « restent entières ». Elles « feront l’objet d’une autre réunion courant octobre ».

Les producteurs attendent une année blanche
Pour les deux organisations, le gouvernement doit « prendre ses responsabilités pour aller plus loin », et notamment « compenser véritablement les distorsions de concurrence sur le coût du travail ». Les mesures conjoncturelles aujourd’hui sont « trop limitées et pourtant nécessaires pour permettre aux entreprises de passer le cap de 2009 ». Des choix politiques « doivent être faits, rapidement, pour donner un signe vrai et fort aux producteurs de la volonté du gouvernement de vouloir un verger et un potager en France ».
De son côté, Jean-Bernard Bayard, secrétaire général adjoint de la FNSEA, a souligné que les propositions présentées « ne concernent qu’une exonération supplémentaire » sur les charges patronales des travailleurs occasionnels. « Un premier pas nécessaire mais insuffisant ». Comme tous les exploitants en crise, les producteurs de fruits et légumes « attendent une année blanche ».

Confédération paysanne : plafonner les allègements par exploitation
Pour la Confédération paysanne, l’allègement de cotisations doit prendre en compte un maximum de producteurs : « Elle devra comporter un plafond mais pas de plancher, si l’on souhaite que le plus grand nombre soit éligible à cette mesure ». Pour le syndicat, si la réduction de charges est accordée sans plafond, la mesure favorisera les exploitations les plus spécialisées, qui sont souvent les plus industrielles dans leur mode de fonctionnement, et ce au détriment des exploitations de polyculture, qui recourent en grande partie à la main d’œuvre familiale. En outre, pour lui, la notion de coût du travail est certes un élément de compétitivité, mais il ne faut pas perdre de vue la rémunération des producteurs, à travers des prix suffisants. Or, « pourtant c’est à partir d’un prix que le revenu sera assuré », rappelle la Confédération paysanne… « Il faut interdire la vente à pertes et qu’un juste équilibre soit trouvé à chaque maillon de la filière », conclut-elle, visant la grande distribution.

FGA-CFDT : non à la réduction du coût du travail, oui à l’harmonisation sociale
Mécontente de la tenue d’une « réunion sur le coût du travail organisée sans les salariés », la FGA-CFDT désapprouve l’orientation prise dans le sens d’une réduction du coût du travail : « Non, la solution ne passe pas par une réduction du coût du travail. Depuis plus de 15 ans, les réductions de cotisations sociales se sont empilées, avec des assiettes plus larges sans aucune diminution de la précarité ».
En revanche, elle met en avant une solution : l’harmonisation sociale européenne. « Oui, il existe des solutions : l’harmonisation des conditions de travail au niveau communautaire pour les saisonniers, en particulier les migrants. Dans tous les pays de l’UE, les États membres doivent avancer vite pour que les saisonniers aient les mêmes droits que les salariés permanents, et aussi les mêmes cotisations santé, famille et retraite », souligne-t-elle. Saluant la proposition de directive pour l’harmonisation sociale, évoquée par Bruno Le Maire au Space, elle indique qu’elle sera « vigilante sur ce dossier ».

FNF-CGT : les salariés n’ont pas à faire les frais du « tout marché »
Pour la FNF-CGT, « le gouvernement et le patronat pointent du doigt les salariés, voulant les culpabiliser », et ils « omettent sciemment d’aborder les profits réalisés par les grandes exploitations agricoles de type capitaliste en développement rapide dans les fruits et légumes ». Le problème de fond est le suivant, selon le syndicat : « En faisant des salariés le bouc émissaire de la crise dans les cultures spécialisées, le gouvernement entend jeter le voile sur les responsabilités qui sont à chercher dans les politiques de mise en concurrence et du tout-marché érigé en principe intangible par le gouvernement et l’UE ».

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