Marc Fesneau a présenté, le 19 décembre, une version mise à jour du plan de prévention contre la peste porcine africaine (PPA), lancé début 2022. Principale nouveauté : des audits de biosécurité obligatoires pour les élevages.
« Des audits Pig Connect Biosécurité seront rendus obligatoires à l’été 2024 par accord interprofessionnel », prévoit le plan de prévention contre la peste porcine africaine (PPA), présenté le 19 décembre par le ministère de l’Agriculture. « Une communication sur cet accord sera faite en amont », précise la Rue de Varenne, ajoutant que « les résultats de ces audits seront mis à disposition du vétérinaire sanitaire d’élevage ». Cette obligation répond à une demande de la FNP (éleveurs de porcs, FNSEA), qui notait en septembre que le taux d’audits était « trop faible », notamment dans les trois régions de l’Est, qui sont « pourtant les plus exposées ». Au niveau national, en septembre, 48 % des exploitations avaient été auditées, représentant 81 % de la production. Des chiffres qui masquent d’importantes disparités régionales : en Bretagne, où la production est la plus organisée, 81 % des élevages ont été inspectés, contre 16 % dans les régions Grand Est, Bourgogne-Franche-Comté et Auvergne-Rhône-Alpes. « Il faut rendre ces audits obligatoires d’autant que si un site atteint est non conforme, il n’y aura pas d’indemnisation », martelait la FNP dans son bulletin Franc de porc de septembre 2023.
Une enveloppe de 2,3 M€
Le 19 décembre, le ministère de l’Agriculture a présenté aux parties prenantes son « plan national d’action rénové » contre la PPA, qui met à jour le premier plan présenté début 2022. Le plan prévoit notamment 2,3 M€ « pour le développement de la biosécurité en élevage et le renforcement de la surveillance dans la faune sauvage ». Ce budget fait partie de l’enveloppe de 20 M€ pour les sujets sanitaires annoncée au dernier Sommet de l’élevage. Parmi les vingt actions du plan de prévention, la Rue de Varenne met notamment l’accent sur la préparation de la filière à la gestion de crise (abattage des animaux indemnes issus des zones réglementées). Un axe vise aussi à « anticiper les perturbations de marché ». Au niveau français, il s’agira de réfléchir aux « leviers mobilisables » pour « valoriser les porcs sains » qui ne pourraient être exportés. Le gouvernement veut « aboutir à des accords de régionalisation avec la Corée, les Philippines et le Japon notamment ». Fin 2021, un tel accord (aussi appelé « accord de zonage ») a été conclu avec la Chine ; en cas de foyers de PPA, il doit permettre aux départements indemnes de continuer à exporter. Dans son plan, l’exécutif compte aussi préparer une « stratégie de communication de crise » pour « anticiper le risque de défiance des consommateurs ». Sans oublier les autres volets : renforcement de la surveillance, « amplification » de la communication sur les bonnes pratiques, soutien aux travaux de l’Anses sur le vaccin, etc.
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La Rue de Varenne entend enfin renforcer sa coopération avec l’Italie, qui compte de nombreux cas (15 en élevage, 953 en faune sauvage depuis le 1er janvier), dont certains à une cinquantaine de kilomètres de la frontière avec la France. Autre pays voisin touché : l’Allemagne, avec un cas en élevage et 839 sur des sangliers en 2023. L’Europe – au sens géographique – est largement contaminée : la maladie est présente dans plus de vingt pays, de la Russie à la Suède, en passant par la Grèce. Les cas, eux, se comptent en milliers : 4 527 en élevage, 7 231 en faune sauvage, selon le dernier décompte de la plateforme ESA. À l’heure où ces lignes sont écrites, la France est toujours indemne de cette maladie inoffensive pour l’homme, mais souvent mortelle pour les suidés.
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« Pression » sur l’élevage plein air
De son côté, la Confédération paysanne estime, dans un communiqué du 20 décembre, que le plan de prévention « vise surtout à renforcer la pression exercée sur les élevages plein air ». Le gouvernement « sacrifie l’élevage plein air », déplore le syndicat minoritaire, alors que « la réglementation actuelle – doubles clôtures, marche en avant, désinfection chimique… – est déjà incompatible avec ces systèmes d’élevage ». Au contraire, note la Conf’, « le risque que représentent les nombreux flux (d’animaux, de matériel, de personnel, d’aliment…) entre les élevages industriels est quasiment occulté ». Par ailleurs, le plan de prévention « prévoit aussi d’abattre préventivement tous les élevages d’un territoire dès lors qu’un sanglier infecté y sera retrouvé, et ce dans l’unique objectif de préserver le statut sanitaire de la France », regrette le syndicat.
Quant à la Fnab (producteurs bio), elle estime que « l’accompagnement prévu n’est toujours pas à la hauteur ». Le syndicat réclame « l’éligibilité automatique des demandes d’aides liées à la biosécurité » dans les PCAEA), avec des taux de financement à 60 % en plaine et 80 % en montagne, ainsi qu’un « plancher d’aide à 2 000 € ». Quelque 50 % des truies bio sont élevées en plein air, rappelle la Fnab. Par ailleurs, les deux organisations pointent un manque de mesures de chasse pour lutter contre la prolifération des sangliers, qui constituent, selon la Fnab le « risque principal de diffusion de cette maladie ». Le plan présenté par Marc Fesneau « ne prévoit quasiment rien de contraignant pour le secteur de la chasse et les filières : ni pour contrôler les populations de sangliers, qui ont été multipliées par cinq en 20 ans, ni pour limiter les flux d’animaux entre élevages industriels », conclut la Conf’.