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Timothée Vergne, maître de conférences en santé publique vétérinair PPA : en Belgique, « la situation devient préoccupante »

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Pour ce spécialiste de la peste porcine africaine (PPA), l’éradication du virus pourrait prendre plusieurs mois en Belgique. Dans les pays baltes, où le virus est largement répandu chez les sangliers, les chances d’une éradication sont minces.

Quelles sont les chances que le foyer de PPA Belge soit éradiqué dans la zone actuelle ?

Plus d’une cinquantaine de cas de PPA ont déjà été détectés chez les sangliers (89 une semaine après l'entretien, NDLR). Ce nombre élevé témoigne du fait que le virus a commencé à bien s’implanter dans la population de sangliers de la zone touchée. En conséquence, la probabilité que le foyer perdure est élevée. La situation devient vraiment préoccupante. L’objectif des mesures actuelles mises en place dans la zone touchée, c’est que le virus ne se disperse pas, et qu’au bout d’une certaine période, le nombre de sangliers devienne insuffisant pour que le virus se maintienne. C’est un objectif difficile à atteindre, qui peut prendre du temps, plusieurs mois. Le taux de succès dépend beaucoup de la densité de sangliers dans la zone, des densités élevées pouvant ralentir la vitesse d’éradication. Des clôtures pourraient permettre de limiter la dispersion des sangliers, à condition qu’elles soient adaptées. Il faut qu’elles soient hautes, renforcées et bien enfoncées profondément dans le sol car les sangliers sont des animaux agiles et robustes, qui peuvent sauter, creuser et détruire les barrières.

Cela fait plusieurs mois que les pays de l’Est sont contaminés. La situation peut-elle s’y améliorer, la menace d’un cas comme celui de Belgique va-t-elle devenir permanente pour l’Europe de l’Ouest ?

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Si le foyer belge arrive finalement à être éradiqué, il serait possible de passer à nouveau plusieurs mois ou années sans contamination en Europe de l’Ouest. Mais la menace d’une introduction, telle qu’observée en Belgique, sera toujours présente et deviendra de plus en plus importante tant que la situation ne sera pas maîtrisée en Europe de l’Est. Cela dit, je suis assez pessimiste sur l’évolution de la maladie en Europe de l’Est car le virus semble être implanté à la fois dans les populations de sangliers et dans la filière porcine. Notamment en Roumanie. Je pense que la question n’est pas de savoir si le virus émergera un jour en France, mais bien quand. Cependant, l’histoire a montré qu’il est possible de se débarrasser de cette maladie. Dans la deuxième moitié du XXe siècle, le virus a émergé au Portugal, en Espagne, en Amérique latine ou aux Caraïbes et a par la suite disparu suite à la mise en place d’actions de lutte intensives. Aussi, bien que de juin 2017 à avril 2018, plus de 200 sangliers infectés aient été découverts en République Tchèque, aucun cas n’a été reporté depuis avril, suggérant que le virus a probablement disparu de ces populations

Quels sont les moyens de lutte dans les populations de sangliers ? Sans intervention humaine, le virus peut-il venir à bout d’une population et disparaître de lui-même ?

On ne peut pas les vacciner car il n’existe pas de vaccin, ni les abattre au risque de diffuser le virus sur de longues distances. Par ailleurs, ce virus est très résistant dans l’environnement. Il peut ainsi survivre plusieurs mois dans une carcasse, surtout l’hiver quand les températures sont propices à la conservation du virus. C’est donc très difficile de lutter contre cette maladie chez les sangliers. Une mesure efficace consisterait à trouver et enlever les carcasses de sangliers morts dans les zones infectées ce qui permettrait d’éliminer la source principale de virus dans les habitats naturels des sangliers. Cependant, les carcasses peuvent être difficiles à trouver, et leur recherche nécessite des moyens importants.