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PPA : la Cooperl presque « prête » pour la compartimentation

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La Cooperl travaille depuis deux ans sur la compartimentation, qui consiste à isoler une chaîne de production pour pouvoir continuer à exporter en cas de peste porcine africaine (PPA) sur le territoire. Le n°2 porcin en appelle désormais aux pouvoirs publics et au reste de la filière.

« Nous sommes prêts à présenter un cadre théorique pour la compartimentation » en cas de peste porcine africaine (PPA), a indiqué le vice-président de la Cooperl Bernard Rouxel lors d’une table ronde organisée le 12 septembre par l’Afja (journalistes agricoles). La compartimentation consiste à isoler, du point de vue sanitaire, une chaîne de production (alimentation animale, élevages, abattoirs, équarrissage) qui pourra continuer à exporter même si la PPA atteint des élevages environnants. Ce dispositif est prévu dans l’accord de zonage signé avec la Chine en décembre 2021. Cet accord prévoit aussi le dispositif de régionalisation, fixé sur une base géographique : si un cas se déclare en France, seul le département concerné serait privé d’exportation vers la Chine. Un système qui « ne fonctionne pas pour les zones denses », comme la Bretagne, estime M. Rouxel, les quatre départements bretons représentant 60 % de la production porcine française.

Concrètement, la Cooperl indique à Agra Presse travailler sur « trois compartiments de cent élevages chacun ». « Si on sécurise 15 à 20 % de la production avec la compartimentation, cela permettrait d’équilibrer la filière et d’éviter une chute du prix du porc en cas de PPA », estime son vice-président. Pour atteindre ce seuil, « il est urgent qu’une ou deux autres entreprises se penchent sur le sujet », martèle Bernard Rouxel, qui en appelle à l’interprofession Inaporc (que la Cooperl a quittée en 2020).

Clôture externe, sas d'entrée

La Cooperl – qui a réalisé « 98 % des audits biosécurité chez ses adhérents » – a « sélectionné ses meilleurs élevages en matière de biosécurité », ajoute Bernard Rouxel. Au niveau des élevages, la compartimentation implique notamment de disposer d’une clôture externe, d’un sas d’entrée (avec douche avant d’entrer dans l’élevage) et d’un quai de chargement. « Ce n’est pas excessif par rapport à nos clients étrangers, explique cet éleveur des Côtes-d’Armor. C’est le genre de niveau de biosécurité que l’on trouve en Chine ou en Russie. » S’y ajoutent, pour les autres maillons de la filière, une réorganisation du ramassage des animaux, une segmentation dans le temps dans les abattoirs, ainsi que des accords avec les prestataires de services pour l’équarrissage. Le principe étant toujours de ne pas mélanger les animaux issus d’élevages compartimentés et ceux des autres élevages.

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Pour pouvoir être appliquée, la compartimentation doit encore faire l’objet d’un cahier des charges rédigé par le ministère de l’Agriculture, puis validé par la Commission européenne. Selon M. Rouxel, « l’administration a pris conscience de l’importance du sujet ». Toutefois, la compartimentation est « très compliquée à faire admettre à nos partenaires, car elle implique une réciprocité », note Jean-Luc Angot, président de la section Prospective, société, international du CGAAER (ministère de l’Agriculture). Par ailleurs chef du corps des inspecteurs de santé publique vétérinaire (ISPV), M. Angot appelle de ses vœux une « approche européenne » sur le sujet. « Il faut que l’Europe soit plus active dans les discussions à l’Omsa (ex-OIE, NDLR), car aujourd’hui les normes internationales sur la compartimentation sont assez générales. »

« Travail de très longue haleine »

« Une fois qu’un compartiment est validé, il faut le défendre auprès des pays tiers », explique Ségolène Guerrucci, directrice du SNA (accouveurs). En filière volailles, le maillon sélection-accouvage a déjà mis en place la compartimentation. « Cela implique des analyses internes, d’autres réalisées par l’administration, et donc des moyens humains », rappelle-t-elle. Avec néanmoins des résultats à la clé. Comme l’indique Ségolène Guerrucci, « la compartimentation a permis à une entreprise du Sud-Ouest de continuer à exporter vers la Malaisie malgré l’influenza aviaire, après un travail de très, très longue haleine. »

Un cahier des charges à écrire, puis à faire valider par Bruxelles