Il faut se méfier des apparences et des idées reçues. La suppression des quotas laitiers avait pour objectif de « libéraliser » le marché du lait. En fait, elle risque de livrer le marché européen à quelques grandes structures du nord de l’Europe. Elles s’y sont préparées en se regroupant jusqu’à atteindre des positions de quasi-monopole, débordant d’ailleurs d’un pays sur l’autre, comme le montre l’exemple du danois Arla Foods. En fait de libéralisation, on risque d’entrer dans une ère d’oligopole : le marché sera géré par quelques grandes entités de statut coopératif. Mais le sont-elles encore dans leur esprit ?

Autre idée reçue, la dérégulation laitière devait, par définition, déboucher sur le désengagement des Etats et surtout de l’Union européenne. Moyennant quoi, cette Union européenne est en train de reconstituer des stocks de poudre de lait et de beurre comme rarement elle en a eu dans le passé. Et ces stocks sont incapables malgré cela, de redresser efficacement les prix payés aux éleveurs. Il faut se souvenir que ces stocks géants avaient motivé la grande réforme de la Pac qui avait notamment conduit à… l’instauration des quotas laitiers. Quant aux Etats, ils sont obligés de jouer les ambulanciers, comme en France, pour sauver le soldat producteur de lait.

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Tout ceci montre à quel point les paradoxes sont forts sur ce type de marché : le libéralisme est souvent invoqué par ceux qui le pratiquent le moins dans leur pays ; les défenseurs du laissez-aller / laissez-faire sont souvent pris à leur propre piège. Cela vaut avertissement : on ne gère pas une économie à coup d’idéologie, qu’elle soit celle d’une droite libérale ou d’une gauche interventionniste. On la gère par une régulation pragmatique.