Abonné

Premier bilan mitigé du plan d’urgence pour l’élevage

- - 7 min

Si le prix du lait a tendance à se stabiliser, la situation s’aggrave pour le porc, a constaté le Conseil agricole de l’UE, qui a procédé à un premier bilan du plan d’urgence pour l’élevage annoncé en septembre. Bruxelles compte déclencher au début de l’année prochaine l’aide au stockage privé dans le secteur du porc.

Les ministres de l’agriculture de l’UE ont constaté une certaine stabilisation des prix du lait et une détérioration continue pour le porc lors d’un échange de vues, le 16 novembre à Bruxelles, sur l’évolution des marchés et l’application du plan d’urgence pour le secteur de l’élevage. La présidence luxembourgeoise du Conseil a toutefois plaidé, comme la France, pour une « évaluation plus complète » au début de l’année prochaine, compte tenu du « manque de recul » sur la mise en œuvre des mesures annoncées en septembre par la Commission européenne. Celle-ci a par ailleurs présenté aux Vingt-huit un nouvel outil lancé pour fournir aux agriculteurs et opérateurs une meilleure information sur les évolutions de plusieurs secteurs.

Porc : aide au stockage privé…

Le projet d’aide au stockage privé du porc, élément du plan d’urgence pour l’élevage, sera soumis le 1er décembre au vote des experts des États membres pour une mise en œuvre début janvier 2016, a annoncé Phil Hogan aux ministres. « Il est temps maintenant d’agir », a déclaré le commissaire européen à l’agriculture, alors que la Belgique soulignait, tout comme l’Autriche, la situation « catastrophique » du secteur. Ces deux États membres et d’autres (France, Pays-Bas, Pologne, Irlande, Espagne, République tchèque) ont toutefois demandé que cette mesure soit déclenchée plus rapidement.

Phil Hogan a précisé que l’aide serait supérieure de 20 % à celle instaurée en mars dernier, que le lard frais serait inclus dans la liste de produits éligibles et que la viande pourrait être déstockée prématurément après deux mois pour l’exportation, moyennant une réduction proportionnelle de l’aide.

Les Pays-Bas ont souligné que l’aide au stockage privé est une réponse à court terme et que le secteur du porc nécessite aussi une réponse structurelle.

… et embargo sanitaire russe

Les discussions se poursuivent avec la Russie sur les conditions d’une reprise des exportations de produits du porc frappés par l’embargo sanitaire que ce pays a instauré en liaison avec la peste porcine africaine, a par ailleurs confirmé la Commission européenne en réponse à l’impatience manifestée par la Belgique et douze autres délégations. Moscou ne reconnaît pas le principe de régionalisation de l’Union, a-t-elle rappelé, insistant sur la nécessité d’éviter une solution qui provoquerait une discrimination entre les États membres.

Les produits en question – porcs vivants, graisses, lard, abats – ne sont pas couverts par l’embargo politique décrété par la Russie sur les produits agroalimentaires de l’UE.

Lait : des prix stabilisés, un plan qui doit encore fait ses preuves

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.

Commission européenne
Suivi
Suivre

L’ensemble des ministres a reconnu le 16 novembre, comme le soulignait la note préparée par la présidence luxembourgeoise, que les prix du lait s’étaient globalement stabilisés depuis quelques mois. Mais il est encore difficile de déterminer si les mesures du plan d’urgence de 500 millions € de Bruxelles ont réellement eu un impact à ce stade, la plupart étant entrées en vigueur depuis moins d’un mois.

Pour l’EMB (European Milk Board) qui a tenu une conférence de presse en marge du Conseil, le marché du lait continue de souffrir « de déficits structurels qui ne peuvent être résolus à l’aide d’une petite injection d’argent. Les fonds doivent être utilisés à bon escient afin d’endiguer la surproduction sur le marché ». Même constat de la part de Via Campesina qui, dans un communiqué, prévient que la situation du secteur laitier reste « critique dans toute l’Europe à cause des faibles prix auxquels les producteurs doivent faire face » et qu’il faut par conséquent mettre en place « de nouveaux outils de régulation publique du marché qui assurent un modèle de production durable et une rémunération juste des producteurs ». S’il se montre moins critique sur le plan d’urgence, le Copa-Cogeca (organisations et coopératives agricoles de l’UE) souligne quand même que, « avec l’approche de l’hiver, le problème de liquidités s’aggrave et les producteurs sont sous pression », et demande qu’une réflexion soit engagée « sur la valeur du prix du filet de sécurité européen ».

Au sein du Conseil, seule la Belgique a estimé que le plan de la Commission n’avait pas eu d’impact sur le marché et plaidé, une nouvelle fois, pour la hausse du prix d’intervention sur la poudre de lait écrémé. La France a demandé à la Commission de présenter au Conseil une évaluation de l’efficacité de ces mesures début 2016 afin d’adapter, si nécessaire, le plan d’action. Certains États membres comme l’Espagne, l’Irlande et la République tchèque, ont souligné le risque d’une nouvelle dégradation du marché qui pourrait intervenir au printemps au moment du pic de production de lait.

Un outil de suivi quotidien des marchés pour les agriculteurs

Le commissaire européen Phil Hogan a également présenté aux ministres un nouvel outil lancé par Bruxelles pour le suivi des marchés agricoles. Disponibles depuis une page unique (http://ec.europa.eu/agriculture/dashboards/index_en.htm) et mis à jour quasi quotidiennement sur la base des dernières données nationales, européennes et internationales, ces « tableaux de bord de l’agriculture » doivent permettre aux agriculteurs et opérateurs du secteur une meilleure information sur les évolutions des marchés des produits laitiers, de la viande bovine, porcine et de volaille, du sucre et des céréales. Objectif : mieux tirer parti des possibilités du marché et faire face la volatilité des cours, a souligné le commissaire. Ces données comprennent des chiffres sur la production et le commerce, mais aussi sur les stocks, les taux de change, les conditions météorologiques, etc.

(1) Voir n° 3520 du 16/11/2015

Une « task force » pas encore en place et déjà critiquée

Un certain nombre d’États membres ont demandé, lors du Conseil agricole le 16 novembre, à la Commission européenne d’accélérer les travaux de la « task force » sur les marchés agricoles, annoncée par Bruxelles pour surveiller et améliorer leurs fonctionnements, soit accéléré (1).

La Commission a lancé le 6 novembre un appel à candidatures pour des experts souhaitant participer à ce groupe de travail dont les conclusions sont attendues pour fin 2016. Un délai trop long, estime notamment le Royaume-Uni. Les délégations avaient déjà émis de critiques sur le nombre restreint d’experts (une quinzaine au plus) composant ce groupe lors du Comité spécial agricole le 9 novembre.