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France Près de 40% des essais autorisés en 2006 ont déjà été détruits

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Selon le ministère de l’Agriculture, près de 40 % des parcelles d’expérimentation d’OGM autorisées en 2006 en France ont déjà été détruites par les opposants aux cultures transgéniques. Le dernier fauchage en date est intervenu dans la nuit du 30 au 31 juillet sur une parcelle expérimentale située sur la commune de Daux (Haute-Garonne), quelques heures à peine après l’opération de fauchage menée dans le même département sur une culture OGM commerciale.

Le ministère de l’Agriculture l’affirme : « Des instructions très fermes ont été données aux préfets afin de garantir la sécurité des parcelles d’OGM ». Vœux pieux ? Deux mois et demi après avoir autorisé une nouvelle série d’essais OGM, la rue de Varenne évalue à 14 sur 35, soit un peu moins de 40 %, le nombre de parcelles d’essais OGM détruites au 1er août. Le dernier fauchage d’une expérimentation a eu lieu en Haute-Garonne sur une parcelle mise en culture par la société Pioneer (commune de Daux).

Surtout, pour la première fois, une culture commerciale de maïs OGM a été détruite, dans le même département, par deux cents opposants aux OGM emmenés par José Bové. Les deux fauchages ont été revendiqués par le collectif des Faucheurs volontaires. Et pour José Bové, « ce n’est qu’un début, il y aura d’autres rendez-vous ».

Cinq interpellations

Ces opérations de destruction ont été vivement condamnées par les pouvoirs publics. « Des poursuites contre les auteurs de destructions d’OGM seront systématiquement engagées », a déclaré le ministre de l’Agriculture au lendemain de ces actions, condamnant « avec la plus grande fermeté ces actes de vandalisme contraires à l’Etat de droit et au principe du respect de la propriété privée». Les gendarmes ont d’ailleurs interpellé cinq faucheurs lors du fauchage sur la commune de Daux. Ils ont été remis en liberté après 36 heures de garde à vue le 1er août, soulagés d’échapper à la comparution immédiate requise par le parquet. Ils ont été laissés en liberté par le juge des libertés et de la détention et seront convoqués le 19 septembre en correctionnelle.

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Du côté du monde agricole, le clivage classique entre pro et anti-OGM s’est à nouveau exprimé. Dénonçant « les actes intolérables » qui ont mené à la destruction de la parcelle de maïs transgénique de Pascal X, l’AGPM (Association générale des producteurs de maïs) a appellé au « respect du droit » et à « ne pas céder à l’extrémisme et aux méthodes de voyous ».

15 000 euros de préjudice

Deux à trois cents agriculteurs sont même directement venus apporter leur soutien à l’exploitant de Haute-Garonne dont la culture de maïs a été partiellement détruite le 30 juillet. Pascal X, qui a porté plainte, évalue à 15 000 euros le préjudice lié au fauchage (voir interview ci-après). Les Jeunes agriculteurs, par voie de communiqué, ont fait part de leur solidarité envers l’agriculteur. Le Modef, le quatrième syndicat agricole français, a lui aussi estimé que les opposants aux OGM étaient allés trop loin. « Certains (faucheurs) sont sûrement sincères mais d’autres ont plus des arrières-pensées électorales en faisant du médiatique sensationnel » estime le syndicat.

Du côté des semenciers et des industriels de la protection des plantes (GNIS, UIPP, Oleosem et Seproma), les professionnels jugent qu’il n’est plus possible de tolérer cette situation. « Nous devons sortir de l’impasse, sinon notre place de deuxième puissance agricole mondiale ne sera plus qu’un lointain souvenir », affirment-ils. A l’inverse, la Confédération paysanne renvoie la balle dans le camp des pouvoirs publics. La détermination des faucheurs est « la résultante de la surdité de Dominique Bussereau qui ne tire aucune leçon des décisions d’annulation et de suspension de différentes autorisations d’essais de 2004, 2005 et 2006 prononcées ces derniers mois par la justice administrative », indique le syndicat dans un communiqué. Le ministre est appelé à « ne pas laisser s’installer la division entre producteurs » et à « mettre en place les conditions démocratiques (…) d’un véritable choix paysan et citoyen en retirant le projet de loi actuel et en mettant en place un moratoire ».