Reprenant tous la notion de « souveraineté alimentaire », les six candidats auditionnés le 30 mars par le Conseil de l’agriculture française (Caf) se sont surtout distingués sur la forme.
Lors du « Grand oral agricole », le 30 mars à Besançon, un observateur non averti aurait pu croire que le cœur des agriculteurs penchait largement à gauche, tant la prestation du candidat communiste Fabien Roussel a été applaudie. Défenseur du « modèle agricole familial » et de « l’élevage herbager », le représentant du PCF était le seul candidat de gauche à avoir accepté l’invitation du Conseil de l’agriculture française (Caf), qui a auditionné six prétendants (1) à l’Élysée au lendemain du congrès de la FNSEA. Comme les autres candidats, Fabien Roussel a insisté notamment sur la nécessité de renouveler les générations d’agriculteurs : « Avec moins de 350 000 fermes en 2030, nous ne serons pas en capacité de nourrir la population ». Un enjeu rappelé en préambule par Christiane Lambert, présidente de la FNSEA et du Caf : « 48 % des agriculteurs seront en âge de prendre leur retraite à la fin de la prochaine mandature. »
Zemmour peine à convaincre
Remise en avant par la guerre en Ukraine, poussée par la profession agricole, la notion de « souveraineté alimentaire » a été reprise par tous les candidats. Avec assez peu de différences sur la manière d’y parvenir : favoriser la transmission des fermes, freiner les importations de produits ne respectant pas les normes européennes, ou encore stopper les sur-transpositions de ces normes (y compris pour le PCF). Les candidats se sont surtout distingués sur la forme : humour et origine nordiste revendiquée pour Fabien Roussel, pédagogie pour Valérie Pécresse, en vidéo pour Emmanuel Macron – finalement absent pour cause de Conseil de défense consacré à la guerre en Ukraine. L’actuel chef de l’État, qui entend « consolider notre indépendance alimentaire », a rappelé vouloir lancer une « loi d’orientation » au début du quinquennat, avec l’objectif d’atteindre 20 000 installations par an (contre 14 000 aujourd’hui).
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Présents à Besançon, les représentants de l’extrême droite sont apparus moins convaincants. Pourtant attendu sur le détail de ses mesures, Éric Zemmour a peiné à préciser ses propositions, notamment sur l’installation des jeunes non issus du milieu agricole. Avant de surprendre son auditoire avec une proposition d’ordre sécuritaire destinée à rassurer des agriculteurs « de plus en plus agressés » : assouplir la légitime défense sur le modèle de la « défense excusable » en vigueur en Suisse. De son côté, Marine Le Pen a jeté un froid avec sa proposition de créer un statut de l’animal dans le Code civil. Une prestation à mille lieues d’un Jean Lassale en terrain conquis, abondamment applaudi par une salle hilare avant même de prendre la parole. Les organisations agricoles n’ont « pas de candidat préféré », a rappelé Christiane Lambert, présidente de la FNSEA, à l’issue du « Grand oral ». Satisfaite de voir les candidats s’approprier les revendications de la profession, elle les a appelé à « le dire plus fort et surtout hors des cercles agricoles ».
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M. Macron largement en tête du vote agricole
La veille du Grand oral, la FNSEA diffusait un sondage commandé à l’Ifop, montrant que 30 % des agriculteurs interrogés voteraient pour Emmanuel Macron au premier tour de la présidentielle (si celui-ci se tenait ce dimanche). Le chef de l’État devance largement les trois candidats suivants en termes d’intentions de vote agricole : Valérie Pécresse (13 %), Éric Zemmour (12 %) et Marine Le Pen (11 %). Les résultats de cette enquête auprès de 1 500 agriculteurs diffèrent d’un autre sondage Ifop dévoilé en février à l’occasion des Controverses de l’agriculture et de l’alimentation (évènement Réussir-Agra), qui donnait Éric Zemmour deuxième (avec 24 %) et Valérie Pécresse quatrième (avec seulement 7 %).
D’après le sondage Ifop/FNSEA du 29 mars, les candidats suivants sont aussi dans un mouchoir de poche, avec 9 % pour Jean-Luc Mélenchon, 8 % pour Jean Lassalle et 7 % pour Yannick Jadot. Nicolas Dupont-Aignan serait à 3 %, tandis que les derniers candidats de gauche ne dépassent pas 1 % (Philippe Poutou, Fabien Roussel et Anne Hidalgo). Au deuxième tour, les agriculteurs répondants choisissent largement M. Macron quel que soit son opposant : 65 % contre Valérie Pécresse, 70 % contre Marine Le Pen, 74 % contre Éric Zemmour. Une opposition à l’extrême droite plus tranchée que pour le reste de la population française.
Fabien Roussel et Jean Lassale copieusement applaudis
D’après l’Ifop, 30 % des agriculteurs choisiraient M. Macron au premier tour
Les ONG dénoncent la « dépendance » de l’agriculture aux intrants importés
Alors que le Grand oral du Caf s’achevait, une trentaine de militants, membres de 24 ONG (dont Greenpeace, la Confédération paysanne, la Fnab, les Amis de la Terre ou encore FNE), ont mené une action pour dénoncer la « dépendance » de l’agriculture aux intrants importés (engrais, alimentation animale). « Plan de résilience ou plan de dépendance ? », interrogeait une banderole déployée en face du palais des congrès de Besançon. Dans un communiqué du 30 mars, les organisations se disent inquiètes de certaines mesures du plan de résilience. Ces aides constituent, selon elles, « une nouvelle perfusion, à hauteur de 550 millions d’euros, à un modèle dysfonctionnel » et « renforcent encore la dépendance des agriculteurs et agricultrices aux intrants chimiques (engrais de synthèse et pesticides) et à l’importation d’alimentation animale ». Les organisations portent une vingtaine de mesures de long terme pour réduire ces dépendances via la transition agroécologique. Par ailleurs, elles pointent un « rétropédalage environnemental de la Commission européenne et du gouvernement français », alors que l’exécutif a annoncé sa volonté d’augmenter la production et de modifier le Pacte vert dans ce sens.